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Alice In Chains est un des groupes mythiques des années 90. Et vraisemblablement LE groupe grunge par excellence, malgré que Nirvana et Pearl Jam (qui partagent avec AIC leur appartenance à Seattle, la ville du mouvement grunge) soient plus connus des masses populaires. Il faut dire que Would ? et Heaven Beside You exceptés, Alice In Chains n'a pas eu de tubes. Pas de vrai équivalent à Alive ou Jeremy (Pearl Jam) ou Smells Like Teen Spirit et Come As You Are (Nirvana), chansons datant d'ailleurs toutes de 1991 (celles de Nirvana et de Pearl Jam, hein). Mais AIC a compensé l'absence de hit fédérateur (Would ? excepté) par une puissance de feu grunge hors du commun. Et une discographie quasiment parfaite : si on excepte Facelift, leur premier opus (1990) qui contient quand même de très bons trucs (Wie Die Young...) mais est dans l'ensemble très moyen, rien à dire : Dirt (1992), les EPs Jar Of Flies (30 minutes) et SAP (20 minutes), leur album sans titre de 1995 (Alice In Chains, donc), leur live acoustique (Unplugged), sont de grands albums. Le live électrique (Live, peut-on trouver un titre de live plus con ?) l'est moins, mais rien de mauvais non plus. Il est juste sans originalité. Un groupe culte, mené par un chanteur charismatique à la coupe de cheveux courte (cheveux blonds), au perpétuel et unique gant de cuir noir, à la posture robotique, aux tourments bien mis en avant : Layne Staley. Camé jusqu'à l'os de son petit frère, Layne est mort dans la misère et la solitude (on retrouvera son corps plusieurs semaines après...dans son appartement, où il vivait seul et oublié de quasiment tous), en 2002. On pense que la mort de Kurt Cobain, en 1994, a tué le grunge, mais c'est faux : ayant livré son plus grand manifeste en 1995 avec l'éponyme d'AIC, le grunge est mort en 2002 en même temps que Staley. 

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Sept ans après la mort du chanteur, alors que tout le monde croit qu'un retour d'Alice In Chains est aussi probable que la nomination de Jean-Luc Mélenchon à la tête de l'UMP, le groupe surprend tout le monde en annonçant son retour, avec un nouveau chanteur, William DuVall, d'origine haïtienne. Les autres membres du groupe sont là (Jerry Cantrell : guitare, chant, composition, le co-leader du groupe originel et le vrai leader du nouveau AIC ; Mike Inez : basse ; Sean Kinney : batterie). Le retour se fait grâce à un disque interprété en grande majorité par Cantrell (et ce, afin de ne pas surprendre trop les fans, qui connaissent bien la voix de Cantrell mais pas celle de DuVall, et ne veulent pas oublier Layne), sorti donc en 2009, Black Gives Way To Blue. Un disque sur lequel Elton John collabore au piano sur le magnifique morceau-titre. Un disque sombre, du pur AIC des familles, un disque qui rappelle de bons souvenirs tout en se plongeant dans l'avenir. Les morceaux réussis abondent, quasiment tous en fait : la chanson-titre, When The Sun Rose Again, Private Hell, Check My Brain, Your Decision, les deux cavalcades A Looking In View et Acid Bubble... En 54 minutes, le disque (clairement devenu mon préféré du groupe devant celui de 1995 et Jar Of Flies) est une réussite implacable. Alice In Chains est de retour, la mort de Layne n'a pas entraîné celle du groupe, contre toute attente. Un nouvel album est attendu, et il sortira début juin 2013, tout récemment donc. Long de 67 minutes (le plus long du groupe, de peu cependant) pour 12 titres, il s'appelle d'un titre étrange, The Devil Put Dinosaurs Here, et sa pochette est à la fois blanche et rouge. Blanche, car le livret et l'insert sous le CD sont blancs ; rouge car le boîtier plastifié est teinté couleur sang. Sur la pochette, deux crânes de tricératops, en superposition, en reflet, symbolisent une sorte de tête de diable, d'où le titre.

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Musicalement, Jerry Cantrell (encore une fois vocalement bien en avant ici, malgré DuVall qui chante bien) l'a bien dit (mais pas avec les mêmes mots que ceux que je vais utiliser, vous vous en doutez bien), c'est du AIC pur jus de fruits pressé avec amour par votre grand-mère, autrement dit, c'est du AIC, quoi. Pas de grande recherche sonore, pas d'ambiances progressives ou psychédéliques. Si vous aimez ce que fait le groupe, vous serez ici en terrain connu et quasiment conquis ; car si The Devil Put Dinosaurs Here est riche en grands moments (Scalpel, Hung On A Hook, Phantom Limb, la chanson-titre, les singles Hollow et Stone, Pretty Done, Choke... faudrait, encore une fois, tout citer), il est aussi moins accessible que Black Gives Way To Blue, il faut deux-trois écoutes pour bien l'assimiler, surtout qu'en plus, il est long, et pas mal de ses morceaux aussi. Mais l'évidence se fait ultra rapidement, entre sa production (signée du groupe et de Nick Raskulinecz, un illustre inconnu pour moi, mais il est compétent à écouter le disque) féroce, son interprétation bluffante, ses chansons tuantes, son atmosphère creepy et bien grunge, sa générosité (plus d'une heure, je le redis), The Devil Put Dinosaurs Here est un nouvel opus qui ne fait absolument pas honte comparé à Black Gives Way To Blue (si vous avez aimé celui-ci, vous aimerez celui-là) et aux précédents, du vivant de Layne Staley. Un Layne Staley qui, de là où il zieute tout ça, doit être sacrément fier, et ému, de voir ses anciens comparses (un autre de ses anciens comparses, le premier bassiste du groupe, Mike Starr, l'a rejoint il y à quelques années, d'ailleurs) se démerder avec autant de réussite et de panache. A moins d'être totalement réfractaire au gros rock bien sombre (les paroles ne parlent pas de la lune en juin ou de pâquerettes dans une vallée ensoleillée), vous devriez aimer voire adorer (c'est mon cas) ce disque qui ne cache pas ses intentions : le grunge, le grunge, encore le grunge, toujours le grunge, et si c'est possible, peut-être même un petit peu de grunge par-dessus, histoire de. Le disque de 2013, sans doute pas (dans un tout autre registre, Jacco Gardner, David Bowie ou Nick Cave & The Bad Seeds volent plus haut encore qu'Alice In Chains selon moi, cette année), mais un grand disque de 2013, nul doute.

Chronique d'Alice In Oliver (anciennement EELSOliver) :

Dire que le dernier album d'Alice In Chains, The Devil Put Dinosaurs Here, est attendu au tournant est un doux euphémisme. Le titre de ce nouvel album a déclenché une petite polémique sur le net. Avec un titre pareil, pour le moins mystérieux, le groupe de Seattle nous propose un retour à l'ère Paléolithique via cette étrange pochette teintée de rouge, sur laquelle figurent deux tricératops. D'ailleurs, la couleur rougeâte de ce nouveau disque (le second sous l'ère William Duvall, je ne rappelle pas le drame qui a touché le groupe en 2002 avec la mort de Layne Staley, leur chanteur emblématique) contraste avec celle (couleur noire) de l'album précédent, Black Gives Way To Blue. A l'époque de la sortie de Black Gives Way To Blue, tout le monde se moquait du retour d'Alice In Chains, et moi le premier. Pourtant, la surprise était au rendez-vous. Fort d'une carrière solo courte mais exemplaire, Jerry Cantrell a décidé de continuer l'aventure Alice In Chains. Beaucoup de fans étaient sceptiques, d'autant plus avec l'arrivée de William Duvall pour remplacer l'icône Layne Staley. Oui, mais voilà, la richesse d'Alice In Chains tient (entre autres) sur un duo vocal de talent. Ensuite, la voix de Duvall ressemble beaucoup à celle du défunt Staley. Clairement, ce dernier ne cherche pas à imiter son modèle et fait ce que l'on attend de lui. Force est de constater que sa voix se marrie parfaitement à celle de Jerry Cantrell. The Devil Put Dinosaurs Here s'est fait attendre et sort quatre ans après l'excellent Black Gives Way To Blue. Sur la forme, The Devil Put Dinosaurs Here reprend peu ou prou la même formule que son prédécesseur, à savoir cette alternance entre des morceaux metal et des titres beaucoup plus calmes. De ce fait, The Devil Put Dinosaurs Here apparaît comme la suite logique de Black Gives Way To Blue.

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 Paradoxalement, ce nouvel album est très différent de son prédécesseur et contient à nouveau de nombreuses pépites dont le groupe a le secret. Visiblement, Alice In Chains a fait le deuil de Layne Staley. Il est donc temps de passer à autre chose, sans pour autant faire table rase du passé.
Plus que jamais, Alice In Chains reste Alice In Chains. N'attendez donc pas de surprises flagrantes sur ce nouveau disque. Par là, comprenez que le groupe ne tente pas d'incursion dans le rap ou encore dans le disco ! D'ailleurs, la conception de cet album a été frappé par un nouveau drame et une nouvelle tragédie (une de plus pour Alice In Chains...), à savoir la mort de Mike Starr, leur ancien bassiste. Visiblement, le superbe Phantom Limb et son riff monstrueux lui sont dédiés. Il suffit de lire les paroles pour s'en rendre compte: I'll just haunt you like a phantom limb, gonna wear you like a second skin, my regrets are many, true. Plus posé et plus calme que son prédécesseur, The Devil Put Dinosaurs Here contient de nombreux morceaux qui ne sont pas sans rappeler Sap/Jar Of Flies. C'est par exemple le cas du superbe Pretty Done, Voices,Scalpel ou encore Hung On A Hook. Le disque s'ouvre sur Hollow, premier single à avoir été proposé sur internet.

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Clairement, Alice In Chains a le chic pour composer des mélodies entêtantes et qui restent longtemps en mémoire. Hollow n'échappe pas à la règle. Même remarque concernant Stone, second single du disque. Certes, comme je l'ai déjà souligné, The Devil Put Dinosaurs Here est plus calme que son prédécesseur. Il est aussi moins torturé. Ce qui ne signifie pas qu'il soit inintéressant pour autant. Il règne dans ce disque une très grande mélancolie, une tristesse marquée au fer rouge, à l'image de la chanson-titre, réellement superbe mais aussi très sombre. Inutile d'attendre ici de l'espoir, de la joie ou encore de la bonne humeur générale. Comme je l'ai déjà dit, Alice In Chains reste lui-même. Bref, The Devil Put Dinosaurs Here tient les promesses annoncées, tout en se démarquant de son prédécesseur, et finalement, des précédentes livraisons du groupe de Seattle. Désormais, pour Jerry Cantrell et les siens, le ciel semble moins obscur et un peu plus lumineux.

Hollow

Pretty Done

Stone

Voices

The Devil Put Dinosaurs Here

Lab Monkey

Low Ceiling

Breath On A Window

Scalpel

Phantom Limb

Hung On A Hook

Choke