JL1

Quoi ? Vous dites-vous en vous étouffant avec votre pain au chocolat ou en buvant votre café de traviole. Une autre compilation de John Lennon sur le blog ? Mais il a déjà fait Shaved Fish récemment, l'enfoiré ! Ben oui, une autre compilation lennonienne sur Rock Fever. Et pas des moindres, car voici Imagine : John Lennon. Ce n'est pas la première compilation consacrée à Lennon (c'est Shaved Fish, 1975, unique compilation sortie de son vivant), ni la première sortie après sa mort (c'est The John Lennon Collection, en 1982). Mais c'est une des plus réputées, et elle est toujours commercialisée à l'heure actuelle, malgré que d'autres, plein d'autres compilations, l'ont depuis des lustres remplacée. Mais Imagine : John Lennon, double à sa sortie en vinyle et tenant sur un seul CD (de 74 minutes, 21 titres) a quelque chose en plus : ce n'est pas qu'une compilation résumant la carrière solo (et au sein des Beatles) de Lennon, c'est aussi la bande-son d'un film sorti en même temps, réalisé par Andrew Solt, utilisant des images d'archives filmées par Lennon et son entourage, imagées narrées par Lennon lui-même. Ce film documentaire (conçu pour contrebalancer une biographie dégueulasse signée Albert Goldman, The Lives Of John Lennon, sortie en 1988) et sa bande-son datent de 1988, justement, et les deux seront un gros succès à leur sortie. L'album est une des rares compilations d'un ex-Beatles (avec The Best Of George Harrison de 1976) à inclure aussi bien du matériel de la période Beatles que de la période solo de l'artiste concerné. En l'occurence, ici, si on excepte le premier et le dernier titre, tout est issu de la période Beatles pour l'intégralité du premier disque vinyle (les 11 premiers morceaux).

JL2

L'album s'ouvre sur un titre alors inédit (et qui sera reproposé en 1996 sur le volume 2 des fameuses Anthology des Beatles, dans une version un peu remodelée) : Real Love. Ici a l'état de démo inachevée, ce morceau date de 1979 et était vraisemblablement prévu pour se retrouver sur Double Fantasy. Entre 1979 et 1980, pas moins de six versions différentes existent de ce titre. Celle présente sur Imagine : John Lennon fut la première commercialisée, pas forcément la meilleure, mais ce morceau est très beau. Un autre titre inédit, qui n'en est pas vraiment un en même temps, se trouve plus loin, il s'agit d'une très courte (1,25 minute) version démo d'Imagine, on y entend Lennon chanter le début de la chanson (couplet, premier refrain), utilisant d'ailleurs par moments une voix plus profonde et grave, ça fait un peu étrange, et on est en droit de préférer la version définitive, qui achève d'ailleurs judicieusement la compilation (au détriment d'un vague ordre chronologique pour le reste de la compilation, ordre qui fout le camp vers le second disque). En effet, l'ordre chronologique, dès le deuxième titre, est assez respecté : Twist And Shout, Help !, In My Life, Strabwerry Fields Forever, A Day In The Life, Revolution (version rock, version single donc), ont été commercialisées dans cet ordre. Puis The Ballad Of John And Yoko, qui déboule avant Julia (pourtant faite avant), puis Don't Let Me Down, afin de finir la période Beatles de la compilation. Le disque 1 original se finissait sur le sympathique mais très redondant Give Peace A Chance, dont seul une version très écourtée était présente en album jusque là (sur Shaved Fish), et ici présent dans sa version complète de quasiment 5 minutes. 5 minutes de All we are saying is give peace a chance en choeur, c'est parfois trop ! Mais la chanson est mélodiquement très bonne. Le second disque vinyle concerne la période solo de Lennon (en fait, Give Peace A Chance ouvrait cette période solo, en final du précédent volume de la compilation), et c'est à partir de là que l'ordre chronologique part un peu en couilles de castor : How ? (de 1971) puis la version démo d'Imagine sont placées avant God (1970), c'est pour le moins étrange. En revanche, Mother (qui date de 1970 à la base) est plus à sa place, la version présente ici étant celle, live, de 1972 (et qui sera commercialisée en 1986 sur le controversé Live In New York City), une très belle version. On notera un son un peu inférieur au reste, mais rien de grave. C'est le son du live cité, sorti en 1986 et capté en 1972. Après, on a Stand By Me, le fameux standard de Ben E. King, que Lennon a repris sur son Rock'n'Roll (disque de reprises) en 1975 (morceau enregistré entre 1973 et 1974, la geenèse de Rock'n'Roll ayant été longue et pour le moins compliquée). Autre bouleversement de chronologie, Jealous Guy (1971) suit après. Puis, après, la chronologie reprend ses droits, via trois extraits du sublime Double Fantasy : Woman, Beautiful Boy (Darling Boy) dédié à Sean et (Just Like) Starting Over. Imagine, dernier changement de chronologie, achève la compilation, et c'est le seul bouleversement de chronologie qui semble logique, ce morceau étant le plus fédérateur de Lennon en solo.

JL3

Comme toute compilation, surtout celles tenant sur un seul disque (je parle de CD), Imagine : John Lennon est imparfaite, cependant. On critiquera l'énorme absence de certains titres fédérateurs, de certains classiques : comment oublier Working Class Hero, #9 Dream, Mind Games, Whatever Gets You Thru The Night, Watching The Wheels, Love, Isolation, Cold Turkey, Woman Is The Nigger Of The World, Instant Karma ! et, concernant la période Beatles, Tomorrow Never Knows, I Am The Walrus, Across The Universe, Come Together, Dear Prudence, Happiness Is A Warm Gun, pour ne citer qu'elles ? Car il y en à d'autres, plein d'autres. Mais, comme je l'ai dit, une compilation est toujours frustrante, même la plus parfaite concernant Lennon (Working Class Hero : The Definitive, en 2005, double, bien complète, mais seulement sur Lennon en solo, pas pendant les Beatles) est frustrante. Imagine : John Lennon, à la base bande-son d'un documentaire (qui permet d'entendre des morceaux absents ici, comme Love Me Do, From Me To You, Lucy In The Sky With Diamonds, Hold On, Across The Universe ou Medley : Rip It Up/Ready Teddy), est donc une compilation un peu frustrante, comme il se doit, mais elle n'en demeure pas moins une des meilleures concernant Lennon. Une des rares essentielles, concernant Lennon, avec Working Class Hero : The Definitive et Shaved Fish. Et puis, même s'il manque des trucs, et même si on possède déjà les morceaux (sauf Real Love) sur les albums studio, ce que l'on y entend reste intouchable et grandiose.

FACE A

Real Love

Twist And Shout

Help !

In My Life

Strawberry Fields Forever

A Day In The Life

FACE B

Revolution

The Ballad Of John And Yoko

Julia

Don't Let Me Down

Give Peace A Chance

FACE C

How ?

Imagine (reheasal)

God

Mother (live)

Stand By Me

FACE D

Jealous Guy

Woman

Beautiful Boy (Darling Boy)

(Just Like) Starting Over

Imagine