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Ce disque, quand je l'ai abordé pour la première fois il y à 5 ans, je l'avais placé dans les ratages. Ce n'est plus le cas (enfin presque : je laisse le tag quand même), car j'ai appris à mieux l'aimer, mais je tiens quand même à préciser que ce n'est quand même pas un grand cru de Paul McCartney, ni en général. Voilà, c'est dit. D'ailleurs, Macca doit le savoir aussi, car il n'a, de mémoire, jamais interprété le moindre morceau de ce disque en live. Et s'il l'a fait, c'est alors vraiment récemment, au cours de sa dernière tournée (celle de New), mais je n'en suis pas sûr. Bien qu'ayant été réédité en CD en 2015 en même temps que Tug Of War dont il est, il est vrai, totalement indissociable, Pipes Of Peace ne doit pas faire partie des meilleurs souvenirs de Paul McCartney. Ce n'est d'ailleurs pas un album pour lequel il a des souvenirs d'enregistrement spécifiques, l'album étant intégralement constitué de morceaux enregistrés en même temps que ceux ayant fini sur Tug Of War, entre 1981 et 1982, dont ses souvenirs d'enregistrement sont ceux de Tug Of War, tout simplement. Et ces souvenirs, entachés par celui de la mort de Lennon quelques mois avant le début des sessions, sont forcément délicats, un peu douloureux. Les musiciens ayant bossé sur ce disque sont, donc, exactement les mêmes (Ringo, Steve Gadd, Eric Stewart, Linda, le producteur George Martin, Denny Laine, lequel ne collaborera plus du tout avec Macca par la suite, les deux hommes sont même brouillés suite à des déclarations cinglantes de Laine), que pour l'album best-seller (et remarquable) de 1982.

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La pochette de Pipes Of Peace, dont rien que le titre est en allusion à Tug Of War (et un morceau s'appelle Tug Of Peace !), est assez réussie et montre Paul, debout, tenant une flûte de pan, et entouré de divers becs de flûtes, ainsi que de deux calumets de la paix (titre de l'album et de la chanson-titre) dont un monté sur un trépied. On y voit aussi une chaise, et la sous-pochette (proposant les paroles) montre aussi une reproduction du fameux tableau de Van Gogh dont la chaise de la pochette s'inspire. La pochette intérieure montre plusieurs photos des musiciens (Linda, Ringo, Stewart, Gadd...et Michael Jackson, qui a enregistré, en duo, deux chansons durant les sessions ; Stevie Wonder aussi, mais les siennes sont sur l'album de 1982). 1983 est l'année Michael Jackson. Son Thriller, toujours l'album studio le plus vendu de tous les temps à l'heure actuelle (et vu les chiffres, ça ne risque pas de changer), est sorti en octobre ou novembre 1982 et tout le long de 1983, ses singles vont se succéder dans les charts, au point qu'à mon avis, on n'en pouvait plus à la fin de l'année ! Macca avait gentiment offert son Girlfriend à Michael, qui l'a chanté sur Off The Wall (la chanson est à la base issue du London Town des Wings, 1978), son excellent album de 1979. Les deux ont chanté, ensemble, une chanson sur Thriller (The Girl Is Mine) et, donc, deux titres sur celui de Paul. L'une des deux s'appelle The Man et, sincèrement, pas de quoi se relever la nuit pour s'éviter de pisser dans le lit, ce n'est pas génial du tout, le refrain est même ultra énervant et insipide. Si Bambi l'avait mis sur Thriller à la place de The Girl Is Mine, l'album aurait été nettement moins réussi, The Man est vraiment moyenne à ce point. L'autre chanson, en revanche, sera un hit du tonnerre, et est vraiment réussie : Say, Say, Say

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L'album s'ouvre sur une pure merveille, Pipes Of Peace, dont le clip montrera Paul en soldat de la Grande Guerre, au front, lisant son courrier. Une chanson antimilitariste qui compte parmi les plus belles du genre, mais elle nécessite quelques écoutes, la première pouvant, à tort, faire passer la chanson pour une bluette sans intérêt à la mélodie facile. Say, Say, Say suit, toujours très efficace dans son genre. Et puis...l'album commence lentement mais sûrement à s'essouffler. Déjà. Au bout du troisième titre. The Other Me n'est en effet pas particulièrement remarquable, et Keep Under Cover est à peine meilleure. So Bad, calme, achève bien la face A, mais à ce moment précis, le fait de retourner le disque (notons que le label de la face A reproduit l'antique label Parlophone du début des années 60) n'est pas accompagné d'une excitation particulière, plus du sens du devoir, histoire d'écouter la suite et fin (qui offre 6 titres ; l'album dure 38 minutes pour 11 titres en tout et pour tout) de l'album. The Man ouvre la face B, ce qui n'est pas terrible vu le niveau de la chanson (très moyenne et datée). Sweetest Little Show, un peu rétro, n'améliore pas le ressenti de l'auditeur, qui a vraiment l'impression d'avoir affaire à un disque de rogatons. Le fait est que c'est vraiment le cas, vu que Pipes Of Peace, je l'ai dit, est constitué de chutes de studio de Tug Of War. Mis à part les deux titres avec Bambi, que Macca a mis dessus pour profiter probablement du phénomène Michael Jackson (à la rigueur, il aurait pu mettre un duo avec Jackson et un duo avec Wonder sur chaque album, histoire d'équilibrer), et mis à part la chanson-titre, du niveau de celles de Tug Of War et qui lui a servi à ouvrir magnifiquement l'album qui lui doit son nom, le reste de Pipes Of Peace est constitué de chansons que Macca n'avait pas dû juger suffisamment bonnes pour aboutir sur Tug Of War, donc, franchement, pas de miracle, elles ne sont pas devenues grandioses un an plus tard. 

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Average Person, Hey Hey, Tug Of Peace (qui reprend un peu les paroles de...Tug Of War) sont des chansons au pire anodines, au mieux correctes, mais dans la catégorie il y à encore de la place pour du progrès. Seul le morceau final, Through Our Love, permet de vraiment remonter le niveau, mais à ce moment précis, c'est trop tard, Pipes Of Peace est fini. Et avec un album aussi inintéressant (sauf les deux premières et la dernière chanson, qui totalisent 11 minutes sur les 38 de l'ensemble...), c'est rien de dire que Paul McCartney a foiré son coup. Pipes Of Peace est le premier album d'une série de trois qui (même si rien ne sera abominable parmi ces trois albums) vont faire passer un sale quart d'heure à la carrière de l'ex-Beatles dans les années 80. Il ne sera pas le seul à morfler durant cette décennie (Stones, Dylan, Neil Young, Bowie, Lou Reed, Iggy Pop, Harrison, Ringo, Clapton...), heureusement pour lui. Le pire coup viendra de son ami Michael Jackson qui, après avoir demandé conseil à Macca sur la meilleure manière de se faire de l'argent, se verra entendre, de la bouche de son ami, d'investir dans les catalogues de chansons, les copyrights rapportant un paquet d'argent. Et Bambi achètera le catalogue des Beatles, laissant un Macca médusé qui, on le comprend sans peine, se sentira financièrement enculé par ce coup en traître. Ne jamais dire des choses pareilles, Macca, ça se retourne toujours contre soi ! 

FACE A

Pipes Of Peace

Say, Say, Say

The Other Me

Keep Under Cover

So Bad

FACE B

The Man

Sweetest Little Show

Average Person

Hey Hey

Tug Of Peace

Through Our Love