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 Sauf erreur de ma part, il n'y à que deux années où tous les ex-Beatles sortirent chacun au moins un disque solo (et je ne parle que des albums studio, pas des compilations) : 1970 et 1973. S'il fallait aussi inclure les best-ofs, alors 1975 entrerait aussi en ligne de compte. Pourquoi je dis ça ? Pour rien, enfin, quasiment pour rien. Sauf ce que disque, que je vais maintenant aborder, se trouve être le premier album solo d'un ex-Beatles en 1970, année de la fin officielle du groupe et de l'envol (au sens figuré) de ses membres, chacun ayant livré un disque solo en cette année. En 1973 aussi, comme je l'ai dit, mais c'est moins marquant, le groupe étant 'mort' depuis déjà trois ans...  Il existe un jeu rigolo qui consiste, pour un fan, à prendre le meilleur des quatre albums solo des Beatles en 1970 pour voir ce qu'aurait pu être un éventuel et virtuel nouvel album studio du groupe. Histoire de se faire un peu plus mal que nécéssaire. On imagine donc un album avec des chansons telles que Ballad Of Sir Frankie Crisp (Let It Roll), My Sweet Lord, Isn't It A Pity, All Things Must Pass (du All Things Must Pass de George Harrison), Mother, God, Working Class Hero, Love (du John Lennon/Plastic Ono Band de John Lennon), Maybe I'm Amazed, Junk, Singalong Junk, That Would Be Something (du McCartney de Paul McCartney) et...et quoi de l'album de Ringo Starr, au fait ? Oh, ça vous dirait : rien ? Non parce que vraiment... Croyez-moi, je ne sais pas comment le classer, ce disque. En rock ? Non, ça n'en est pas. En pop ? C'est ce que j'ai fait, mais là aussi, ça n'en est pas, en réalité. En 'ratages musicaux' ? J'ai limite envie, mais même en le classant dedans, comment le définir autrement ? En fait, ce disque, qui porte le nom de Sentimental Journey d'ailleurs, est inclassable. C'est, surtout, un album entièrement constitué de reprises. Il est sorti en mars 1970, soit un mois avant l'album de Macca. Ceux d'Harrison et de Lennon étant sortis en novembre et décembre, ça fait donc de Sentimental Journey le premier album solo officiel d'un Beatles en 1970. Ringo, six mois plus tard (en septembre, donc), alors que Lennon et Harrison n'avaient pas encore livrés leurs opus, récidivera avec Beaucoups Of Blues (je l'aborde bientôt ici), il est donc, non seulement le Beatles ayant le premir offert un disque solo en 1970, mais le seul à en avoir offert deux. Dire que peu de monde croyait au potentiel de Ringo Starr ! Bon, c'est vrai qu'à l'écoute de son premier album, c'est pas évident de croire en son potentiel, et difficile, même en le sachant, de se dire que trois ans plus tard il livrera un album anthologique (Ringo)...

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Comme je l'ai dit, Sentimental Journey est un disque de reprises, de vieilles chansons datant des années 20, 30, 40 et 50, des standards. Chose amusante et même fondamentale quand on parle de l'album : Ringo a tenu à ce que les 12 chansons (pour 34 minutes) de son album soient arrangées, orchestrées, par quelqu'un de différent. Soit des gens très connus (environ la moitié) soit des gens peu connus (sauf, sans doute, des amateurs de ce genre de musique un peu orchestrale et easy listening, et de l'époque, mais en tout cas, des noms qui, à moi, ne me disent rien du tout). Les moins connus : Les Reed, John Dankworth, Oliver Nelson, Chico O'Farrill, Ron Goodwin (et encore, ce nom me dit vaguement quelque chose). Le reste : Richard Perry (futur producteur de Ringo sur quelques albums dont Ringo en 1973), Elmer Bernstein (compositeur de musiques de films), Maurice Gibb (des Bee Gees), George Martin, Quincy Jones, Klaus Voormann et Paul McCartney (sous l'assistance de George Martin). L'album est, dans son ensemble, produit par George Martin et a été enregistré à Abbey Road. Les critiques furent, dans l'ensemble, correctes pour la sortie de l'album, on s'étonnera juste du projet, assez inhabituel, surtout pour un premier album (c'est le genre de disque qu'on fait quand on commence à 'avoir de la bouteille' artistiquement parlant, et qui est toujours assez risqué à faire). Aucun single ne sera tiré du disque, aucune chanson n'en sera tirée pour le best-of Blast From Your Past de 1975. Ringo a toujours dit que ce disque, il l'a fait pour faire plaisir à sa maman, l'histoire ne dit pas ce qu'en a pensé sa maman (et son beau-père), qui aimait énormément ces chansons d'antan, qui devaient sans doute beaucoup passer à la radio et sur les tourne-disques familiaux durant l'enfance de Richard 'Ringo Starr' Starkey, à Liverpool. Au sujet de son enfance, sachez que la maison sur la pochette est un pub, l'Empress, situé à quelques rues de la maison d'enfance de Ringo. Les visages que l'on voit sur les fenêtres sont des amis et membres de la famille de Ringo.

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Bon, c'est pas tout ça, mais je n'ai pas encore parlé du niveau de l'album. Soyons clairs, malgré tout le capital sympathie, toujours très élevé, de Ringo Starr, son Sentimental Journey n'est pas vraiment réussi. En tant qu'ouverture de la carrière solo de l'ex-batteur du plus grand groupe de rock du monde, cet album sur lequel collaborent Billy Preston (claviers) mais surtout un orchestre dirigé par George Martin est vraiment mineur, et on ne l'écoutera que pour avoir au moins la satisfaction d'avoir écouté toutes les livraisons studio solo des Beatles en 1970 (et constater que, décidément, rien de ce disque ne saurait être utilisé pour un éventuel virtuel album des Beatles constitué du meilleurs des quatre livraisons solo de cette année ; ou alors, on puise dans Beaucoups Of Blues, disque de country par ailleurs). Rien, ici, n'est à chier, mais à moins d'être un grand fan de ces chansons bien rétro, arrangées ici avec moult sucre et niaiserie, difficile d'apprécier ce disque. On sent la sincérité, Ringo aime vraiment ces chansons, et il ne les massacre pas (il n'a jamais été, de son propre aveu, un grand chanteur, mais ça peut aller, quand même, il ne chante pas si mal que ça). Mais Sentimental Journey ('voyage sentimental', titre bien trouvé) fait un peu trop disque fait pour se faire plaisir. Pour moi, un disque qui ne compte pas trop, en fait. On a quand même quelques bons moments : Sentimental Journey, Stardust, Let The Rest Of The World Go By, Night And Day (de Cole Porter, gros standard), mais dans sa globalité, c'est un peu cul-cul-la-praline (comme on dit) et si vous cherchez du son pop à la Beatles, vous n'en trouverez absolument pas, rien ici n'est pop, c'est des chansons rétro comme ce qui se faisait dans les années 30/40/50, sans instruments rock, avec un piano et un orchestre. De la musique telle que ce que les parents des ados et jeunes adultes de 1970 écoutaient. Oui, Ringo avait raison, il a fait ce disque essentiellement pour faire plaisir à sa mère, il est bien gentil le monsieur. Mais à moins d'être un grand fan de ce genre de musique, difficile d'apprécier vraiment Sentimental Journey, dont le seul vrai intérêt est d'être le premier disque solo d'un Beatles en cette année ayant vu la 'mort' du groupe. Je ne le classe pas en 'ratages', parce que ça n'en est pas un, mais sachez que je ne l'aime pas, ce disque, et que s'il est dans la catégorie 'pop', c'est par défaut, je ne vais pas créer une catégorie 'chansons rétro' rien que pour lui.

FACE A

Sentimental Journey

Night And Day

Whispering Grass (Don't Tell The Trees)

Bye Bye Blackbird

I'm A Fool To Care

Stardust

FACE B

Blue, Turning Grey Over You

Love Is A Many Splendoured Thing

Dream

You Always Hurt The One You Love

Have I Told You Lately That I Love You ?

Let The Rest Of The World Go By