GH1

Trois ans. Trois ans d'attente entre le précédent album de George Harrison (Thirty-Three And 1/3, 1976) et celui-ci, sorti donc en 1979. Pas mal de choses ont changé, en trois ans. Harrison, plutôt mal dans sa peau auparavant (sa femme Patti l'a quitté pour vivre le grand amour avec son pote de toujours Eric Clapton, les deux hommes sont cependant restés amis jusqu'à la mort d'Harrison en 2001), a retrouvé le grand amour en 1975 avec Olivia Arias, devenue sa femme (jusqu'à la fin, aussi) en 1978, et mère de leur fils Dhani (né la même année que leur mariage). Paix retrouvée, paix de l'esprit. Harrison, qui plus est, a retrouvé l'inspiration, il faut dire que ses trois précédents albums, sans être mauvais, contenaient à chaque fois des chansons un peu moyennes, on sentait qu'il avait du mal à tenir le coup sur un album entier. En 1979, sous une belle pochette représentant son visage en gros plan dans de la verdure, sort le neuvième album solo (et sixième album de chansons) de l'artiste, un disque sobre et sobrement intitulé : il s'appelle, en effet, George Harrison. 39 minutes (10 titres) qui, à leur sortie, marcheront plutôt bien, bien qu'étant à contre-courant des modes musicales (punk, disco, new-wave) de l'époque). Harrison, pendant les trois ans de pause qu'il s'est attribué, s'est découvert une nouvelle passion, présente ici via une chanson qui sortira en single (Faster) : les courses automobiles. Il suivra, de part le monde, diverses courses, et composera une bonne partie des chansons de l'album au cours de ses voyages. D'autres chansons ont été composées au cours d'un séjour familial à Hawaï, histoire de se ressourcer. Et une des chansons est bien connues des Beatlemaniaques, Not Guilty. Elle date des sessions du mythique Double Blanc, 1968, et Harrison l'écartera à l'époque (on peut en entendre une version épurée dans un des Anthology, le dernier volet). 11 ans plus tard (10, en fait : l'album a été enregistré en 1978, il sortira en début 1979), il a décidé de lui filer une seconde chance, et il a bien eu raison. Une version assez jazzy, largement meilleure que l'épurée démo que l'on entendra bien des années après dans Anthology III.

GH3

L'album (présent en totalité plus un bonus-track dans le long clip ci-dessous ; le bonus-track est une version démo de Here Comes The Moon) s'ouvre sur le son de la guitare de Clapton, sur Love Comes To Everyone, magnifique chanson. Clapton, cependant, est absent (du moins, sauf erreur de ma part) du reste de l'album, c'est Harrison lui-même qui tient les guitares par la suite. Not Guilty suit, puis une chanson dont le titre est vraisemblablement une allusion à une des plus fameuses chansons beatlesiennes d'Harrison : Here Comes The Moon, chanson qui fut composée, construite, à Hawaï, et qui est une pure petite merveille mélodique. C'est un fait, peu d'albums d'Harrison (on peut citer évidemment All Things Must Pass, et aussi Cloud Nine en plus de George Harrison, mais ça s'arrête là) s'ouvrent sur une telle triplette de grandes chansons. Fatalement, la suivante est moins forte, Soft-Hearted Hana ; c'est une chanson sympa comme tout, mais pas géniale. Blow Away, qui achève la face A, est bien meilleure, mais il faut attendre encore un titre, le sixième, et premier de la face B, pour avoir à nouveau un chef d'oeuvre : Faster. Avec ses effets sonores (moteurs de F1, vrombissements), la chanson est une ode à ce sport automobile dont Harrison est devenu friand, ayant cotôyé, sur les meetings, des personnalités telles que Nicky Lauda, et par la suite, Damon Hill (une dizaine voire plus d'années plus tard). La chanson sortira en single, un single qui sera, une première pour Harrison (mais pas pas l'industrie musicale en générale), un picture-disc (vinyle entièrement recouvert d'une illustration peinte sur ses sillons), en l'occurrence une voiture de F1 en pleine action. Après ce sommet, Dark Sweet Lady et Your Love Is Forever sont de belles chansons, un peu moins percutantes, mais tout de même. L'album en finit en beauté, cependant, avec Soft Touch et If You Believe.

GH2

George Harrison a livré, avec ce George Harrison sobre et élégant, un disque vraiment excellent. Son meilleur depuis Living In The Material World (1973), et il faudra attendre 1987 et Cloud Nine pour avoir à nouveau un disque de ce niveau (entre temps, seuls deux albums sortiront : le moyen Somewhere In England en 1981 et le très mauvais Gone Troppo en 1982). Cet album éponyme sera, en 1979, un assez beau succès, pas un triomphe absolu, mais tout de même une très belle vente. On le cite cependant peu fréquemment quand on parle des meilleurs albums de l'artiste, il faut savoir, quand même, que pour le commun des mortels et quelques rock-critics assez cons, Harrison n'aurait rien fait de bien depuis All Things Must Pass en 1970, et ce, jusqu'à son album posthume de 2002, Brainwashed. Entendre ou lire pareilles choses me révulse jusqu'à mes poils de cul, je dois le dire. Comment faire l'impasse sur ce George Harrison certes pas totalement parfait, mais offrant quand même une série de chansons absolument magiques, ces Faster, Here Comes The Moon, Soft Touch ou Not Guilty ? Bref, un fan de l'artiste se doit de ne pas passer à côté. A la rigueur, il peut sauter les deux albums suivants (même si Somewhere In England offre le sublime et émouvant All Those Years Ago en hommage à Lennon), mais pas celui-là.

FACE A

Love Comes To Everyone

Not Guilty

Here Comes The Moon

Soft-Hearted Hana

Blow Away

FACE B

Faster

Dark Sweet Lady

Your Love Is Forever

Soft Touch

If You Believe