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Et on y est : le dernier album des Wings (mais pas le dernier du cycle, car je compte bien aller jusqu'à New en 2013, pour les albums solo de McCartney, du moins ses albums rock, je n'aborderai pas les incursions dans le classique). Il aura fait parler de lui, à sa sortie, cet album, en mal la plupart du temps. Rapide résumé de ce que les Wings sont devenus depuis 1976. Après la monumentale tournée américaine (qui a donné un triple live et un film musical tous deux d'enfer), le groupe enregistre, en 1977, London Town et le single Mull Of Kintyre. Durant les sessions, qui ont eu lieu en partie sur un bateau au large des îles Moustique, deux des membres du groupe claquent la porte : le batteur Joe English, qui se languit de son Amérique natale, et le guitariste Jimmy McCulloch, que la nouvelle direction musicale du groupe doit sans doute décevoir. Les Wings se retrouvent donc en trio, comme à l'époque de Band On The Run (et le même trio, de plus) et c'est en tant que trio que London Town (dont l'enregistrement sera ralenti par la grossesse de Linda, enceinte de James, né en 1977) sera achevé, et sortira en 1978. La pochette montrait même le trio, recto comme verso. plus tard dans la même année, la compilation Wings Greatest sort. A ce moment précis, le groupe s'est enrichi de deux nouveaux membres : le batteur Steve Holly et le guitariste Laurence Juber. Le groupe entre en studio en juin 1978 (la compilation précitée est, elle, sortie en novembre), y restera jusqu'à fin mars 1979, et l'album sortira en juin, sous un titre étrange : Back To The Egg.

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La pochette aussi est étrange, et belle : le groupe, autour du sol marqueté d'une belle maison, observant la Terre vue de l'espace, la maison étant en fait un vaisseau spatial (sur la cheminée, derrière le groupe, la statuette de la pochette de Wings Greatest). A la suite de cet album, le groupe entreprend une tournée mondiale, qui sera la dernière. En 1980 (début d'année), alors que le groupe arrive au Japon, Macca est arrêté par la police nipponne (non, je ne rajouterai pas 'ni mauvaise', je l'ai déjà faite deux fois celle-là) à l'aéroport, pour possession de drogue (cannabis, dont lui et Linda étaient de fervent consommateurs), et il restera emprisonné pendant une semaine au pays du soleil levant. Tournée asiatique annulée. Cet incident qui va le traumatiser quelque peu (à la même époque, Keith Richards, au Canada, pour une histoire de drogue aussi mais de la drogue plus sérieuse encore car il s'agissait d'héroïne, connaîtra des déboires sérieux lui aussi) va accélérer quelque chose qu'il sentait venir : la fin des Wings. Il rentre chez lui, et va enregistrer, seul, un album solo qu'il sortira en 1980, McCartney II, j'y reviens demain. Et les Wings, à ce moment-là, c'est fini. On peut le regretter ou en être infiniment soulagé, perso, je le regrette même si Macca a ensuite fait des albums remarquables, et qu'au sein des Wings, il a globalement livré des albums majestueux.

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Sous-pochette

 

Mais ce n'est franchement pas le cas de ce Back To The Egg des plus...comment dire...raté ? Inégal ? Voilà, inégal. Et surtout, le pire, me concernant, c'est que je ne sais pas quoi en penser, de ce disque ! Je sais que l'album divise les fans, il est un des plus clivants, avec McCartney II. Long de 42 minutes (et offrant, malgré cette durée lambda, un total  très généreux de 14 titres !), Back To The Egg, dont les deux faces sont sous-titrées "Sunny Side Up" et "Over Easy" (allusion à deux manières de cuire les oeufs au plat, et les labels de face sont, voir l'illustration plus bas, en accord avec ça), est en effet un authentique bordel qu'il est difficile d'aimer et facile de détester. Ou l'inverse. Ah, merde, je suis embarrassé, à l'idée de reparler de ce disque. Ma première chronique était du genre c'est de la daube. La seconde, du genre non, c'est vraiment un excellent disque sous-estimé et je l'adore. Celle-ci, sans aucun doute la définitive, est un peu un mélange des deux, car mon avis concernant ce disque, au fil des écoutes (c'est pas celui vers lequel je reviens le plus souvent, d'ailleurs), évolue beaucoup, c'est le seul album de Macca pour lequel, vraiment, je ne sais pas quoi dire de définitif. Un morceau qui ne me plaisait pas du tout avant (Baby's Request, chanson rétro comme Macca en a souvent mis dans ses albums, et même au sein des Beatles, voir Honey Pie ou Martha My Dear) me plaît beaucoup maintenant, et à l'inverse, le très rock, quasiment speedé Spin It On, que j'aimais bien, me sort un peu par les narines désormais tant je le trouve facile. 

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Et il y à le Rockestra, dont je ne sais que dire... Apparaissant ici sur deux titres (Rockestra Theme et So Glad To See You There), ce truc était une aberration imaginée par Macca : un assemblage de rock-stars jouant ensemble. Ils se produiront en concert en 1979 à l'occasion d'un concert des Wings donné dans le cadre d'une série de concerts en faveur du Cambodge (un double live collectif sortira en 1981, on a des prestations des Who, de Queen, des Clash, Specials, Pretenders, Rockpile (dont un titre avec Robert Plant), Ian Dury & The Blockheads, Elvis Costello...et donc, des Wings, sur l'ensemble de la dernière face, pour ce qui sera, il me semble, leur dernière prestation live). Le Rockestra comprenait notamment, accrochez-vous car ça va secouer, David Gilmour, Pete Townshend, John Paul Jones, John Bonham, Gary Brooker, Kenney Jones (batteur des Who à la suite du décès de Keith Moon qui, s'il avait toujours été en vie en 1979, aurait collaboré à Rockestra), Hank Marvin, Ronnie Lane, Bruce Thomas, Tony Dorsey, Howie Casey, Thaddeus Richard, Ray Cooper. Plus les Wings, évidemment. Un vrai monstre qui, sur deux titres studio et trois titres live (pas sur Back To The Egg, mais sur The Concerts For Kampuchea sorti en 1981 dont je viens de parler), offrent une prestation à la limite de la caricature. Une telle idée (une réunion façon big bazar de pointures du rock), sur la durée, ne pouvait pas marcher. Les deux titres du Rockestra, tous deux sur la face B de l'album, ne figurent pas parmi les meilleurs de Back To The Egg, mais le Rockestra Theme est sympathique. Cette face B est d'ailleurs, à l'exception d'un Baby's Request agréable, d'un To You bourrin mais efficace et d'un touchant Winter Rose/Love Awake, d'une platitude remarquable. L'inutilité de The Broadcast (un extrait sonore, sans musique, d'une lecture de texte à la radio) ne cesse de me sauter au paf. Ou comment rajouter 1,30 pour rien. 

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La face A, heureusement, c'est une autre paire de manches. Après un Reception instrumental et court (constitué de bruits de fond et d'une basse tout simplement gigantesque, agrémentée de cuivres du plus bel effet), Getting Closer, qui sortira en single (et ne marchera franchement pas aussi fort que le single hors-album Goodnight Tonight, sorti quelques mois plus tôt, chanson de disco-pop immense dont la version maxi-45-tours, rarissime aux USA mais pas chez nous, est géniale), déboule. Une chanson très rock que j'adore (je reparle de Getting Closer), qui se termine en apothéose chaotique et qui, franchement, augure du bien pour le reste de l'album, quand on l'écoute pour la première fois. Mais We're Open Tonight, court, ne sert pas à grand chose, puis Spin It On, rock nerveux et sans intérêt, continue de surprendre...en mal. Heureusement, les trois derniers titres de la face sont, eux, remarquables : Again And Again And Again (écrite et interprétée par Denny Laine), le très étrange et fantastique Old Siam, Sir et le discoïde et pop Arrow Through Me. Ces trois titres, qui totalisent 11 minutes sur les 19 de la face A (soit, quand même, pas mal de cette face), font revivre l'espoir. Mais comme je l'ai dit, la face B s'effondre, à trois morceaux près. Pour résumer rapidement, Rockestra Theme est sympa mais sans plus, To You est efficace à défaut d'être original et est donc un des trois titres que je sauve ; After The Ball/Million Miles ne m'a jamais branché malgré la performance vocale de Macca sur la première partie ; Winter Rose/Love Awake est un autre morceau que je sauve, The Broadcast ne sert à rien, So Glad To See You There est cacophonique, et Baby's Request est un final touchant et sympathique que je sauve aussi. C'est donc peu. Au final, on a donc le moins réussi des albums des Wings, et de Macca tout court, au moment de la sortie de l'album (pour les Wings, ça reste le pire de leurs albums, mais Macca, lui, parviendra à faire moins bien encore par la suite, rassurez-vous). Mais certains fans l'adorent, j'ai pu le constater en visitant des forums, en regardant des vidéos sur TonTube, en discutant avec des gens dans des conventions. En ce qui me concerne, je suis bien emmerdé : j'ai envie de sauver le plus de trucs possible de cet album chabraque, mais ses défauts me sautent à la gueule sans prévenir, et ses qualités me semblent, la plupart du temps, moins importantes que ses tares. Malgré de très grandes chansons, essentiellement sur la face A. Dans un sens, c'est pas plus mal que les Wings se soient arrêtés après ce disque : si la nouvelle direction du groupe avait été de poursuivre ce qui a été entrepris dans cet album, les Wings auraient vraiment fini par faire de la merde. Alors, on dit merci les Japonais pour avoir emprisonné Paul pendant une petite semaine ? On va jusque là ?

FACE A (Sunny Side Up)

Reception

Getting Closer

We're Open Tonight

Spin It On

Again And Again And Again

Old Siam, Sir

Arrow Through Me

FACE B (Over Easy)

Rockestra Theme

To You

After The Ball/Million Miles

Winter Rose/Love Awake

The Broadcast

So Glad To See You There

Baby's Request