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Quand Paul McCartney a fondé son deuxième groupe majeur, les Wings, en 1971, personne n'y croyait. Wild Life, leur premier opus, sorti en cette même année (en fin d'année), enregistré assez rapidement et ça s'entend, recevra quelques unes des pires critiques qu'un ex-Beatles recevra de sa vie (avec Lennon pour Some Time In New York City et Harrison pour Dark Horse et Extra Texture). Un très bon opu, mais il faut quand même reconnaître qu'il faut être vraiment fan de Macca pour l'aimer, ce disque (d'ailleurs, Macca lui-même dira ça de l'album). Single polémique interdit d'antenne à la BBC en 1972 : Give Ireland Back To The Irish. Et Hi, Hi, Hi, interdit d'antenne aussi, pour des raisons différentes (paroles mal comprises pour de l'obscénité). Red Rose Speedway, en 1973, marchera très fort, et Band On The Run, à la fin de la même année, cartonnera totalement. Puis Venus And Mars en 1975, et Wings At The Speed Of Sound en 1976 (pour lequel les critiques commenceront à pointer vraiment leur nez), puis le triple live Wings Over America de 1976 également. En 1977, le single Mull Of Kintyre cartonne absolument, un record de ventes. Personne ou presque ne sait qu'à ce moment, le groupe est en petite crise, deux des membres (le batteur Joe English et le guitariste Jimmy McCulloch, présents tous deux depuis 1974), menacent de se barrer. Ce double départ aura lieu pendant l'enregistrement du sixième opus studio (et septième opus tout court) du groupe, qui sortira en 1978 et fête donc, cette année, ses 40 ans comme un grand : London Town

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Verso de pochette : un Macca bien décontracté, une Linda qui sent bon ses nausées matinales consécutives à la grossesse...

Ce disque a en partie été enregistré par les Wings au nombre de trois (comme ce fut le cas pour Band On The Run : peu avant que le groupe ne décolle pour Lagos, Nigeria, pays où allait s'enregistrer l'album, Denny Seiwell - batteur - et Henry McCullough - guitare - quitteront le groupe, pour raisons financières), and then there were three, et ces trois-là sont donc le couple McCartney - Linda était enceinte de James, sauf erreur de ma part, à ce moment-là - et Denny Laine (guitare, basse, chant). Une partie de l'album a été enregistrée avec le groupe encore au nombre de cinq, mais au moment de la sortie de l'album, les Wings étaient un trio, English ayant eu le mal du pays (malgré son nom, il est ricain) et McCulloch a intégré les Small Faces avant d'intégrer un cimetière en 1979 (overdose).. Et une partie de l'album a été enregistrée sur un...bateau au large des îles Vierges (Antilles britanniques), parce que, aucune tournée n'étant prévue rapport à la grossesse de Linda, le groupe avait le temps de se reposer, et de faire comme à son envie. Et ne sachant pas trop où aller (une partie du disque a quand même été faite à Londres, dans de vrais studios : Abbey Road et AIR), ils ont opté pour un bateau.

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Contexte d'enregistrement étrange, gestation difficile (grossesse de Linda, lieu d'enregistrement insolite, départ de deux membres, publication d'un single à succès qui ne se trouvera pas sur l'album au final par ailleurs, et qui apportera une grosse pression sur le groupe, l'attente du pulic ayant été très forte suite à Mull Of Kintyre), London Town mérite une place à part dans la discographie du groupe, dont ce sera l'avant-dernier opus. Et le dernier chef d'oeuvre, Back To The Egg (1979) étant sympa, mais très inégal. Long de 50 minutes, très généreux car possédant 14 titres, London Town, sous sa sublime pochette montrant le trio devant le Tower Bridge, est un régal de pop à l'ancienne qui fait partie des albums préférés de pas mal de fans de McCartney, mais sera qualifié, à sa sortie, d'un peu mou, mais obtiendra quand même, de plutôt bonnes critiques (et commercialement, marchera fort). Plusieurs singles seront issus de l'album : le très rock I've Had Enough, le pop et charmant With A Little Luck et la magnifique ballade London Town. Un peu plus tard dans l'année, le groupe publiera son premier best-of (et son seul best-of, en fait), Wings Greatest, qui ne contiendra aucune chanson de Venus And Mars pour des raisons de droits (l'album ayant été édité par Capitol, le seul album Capitol du groupe), mais contiendra With A Little Luck

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London Town, pendant un certain temps, je n'aimais pas trop, je refusais de l'aborder ici car je craignais d'être trop méchant pour rien, et j'avais bien fait de me retenir, car entre temps, au fil des années, j'ai vraiment appris à adorer ce disque qui fait partie de mes grands chouchous. La première critique que j'ai fait de ce disque remonte à 2013, j'avais envie de la refaire, dont acte, et puis, elle n'était pas top. Non pas que celle-là le soit, car je me rends compte que parler de ce disque est compliqué, rien qu'à cause de sa gestation ardue, et aussi de mon amour inconditionnel pour ses chansons et son ambiance, mais quand même. L'album contient donc 14 titres ; 8 sur la face A, 6 sur la B (fatalement, j'ai envie de dire). Un régal de pop que ce  disque, qui passe d'un style à l'autre, ballade, rock, pop, ambiances celtiques, petite douceur, délire rockabilly, folk, grande envolée limite progressive... Le tout démarre en maestria avec le morceau-titre, régal total à trois voix, merveille absolue dont je ne me laisserai vraisemblablement jamais. Walking down the sidewalk on a purple afternoon... Puis, sans pause, Cafe On The Left Bank nous plonge, avec moult claviers futuristes (pour 1978) et guitares bien rock, dans l'atmosphère d'un bistrot de la rive gauche de Paris, des Anglais buvant, bruyamment, de la bière allemande, des Français écoutant et regardant De Gaulle à la TV en pleine allocution... I'm Carrying est une douceur acoustique comme Macca a l'habitude de nous en proposer, et le morceau est suivi d'un doublé étonnant : le court (1 minute !) Backwards Traveller, très sautillant et pop, vocalement jouissif, et li'nstrumental quasiment électro et atsmophérique Cuff Link qui s'enchaîne sans pause et dure 2 minutes. Children Children, écrit et interprété par Laine, est une petite merveille, de 2 minutes aussi, très celtique (avec flûte à l'appui), à la Mull Of Kintyre (nul besoin de rappeler que le morceau a été enregistré très peu de temps avant, voire en même temps), qui laisse la place à Girlfriend, que tous les fans de Michael Jackson connaissent, le chanteur l'ayant repris en 1979 sur Off The Wall. Cette chanson interprétée d'une voix de fausset a été écrite par Macca qui devait initialement l'offrir à Michael Jackson, qui la chantera un an plus tard finalement. La version Wings est sublime. On notera que Jackson ne chantera pas, dans sa version, le bridge central. Enfin, la face A se finissait sur le terriblement rock et bourrin I've Had Enough, sans doute ce qui se rapproche le plus d'une chanson punk pour les Wings. Pas ma préférée de l'album (mais pas celle que j'aime le moins non plus, elle est sur la face B), mais ça envoie le bois et on a direct envie de retourner le disque.

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Cette face B s'ouvre sur les 5,45 minutes inoubliables, délicieusement pop et suaves, de With A Little Luck, tube de l'année 1978 (un des tubes, je veux dire), un régal total. Le son des claviers, sur ce morceau (dans le passage instrumental central), me fait penser à certains passages du Quadrophenia des Who (1973). Famous Groupies est une chanson amusante, pas immense mais quand même bien fendarde, sur un des aspects de la vie d'un rockeur, il est entouré de groupies à ne plus savoir qu'en foutre ; le final, vocalement parfait, est meilleur que son entame. Deliver Your Children, écrite et interprétée par Laine (marrant que ses deux chansons aient le mot 'children' dans leur titre), est une merveille folk et d'atmosphère celtique, une chanson bien sous-estimée j'en ai l'impression. Bien meilleure que Name And Address, pastiche rockabilly que je n'hésite pas à qualifier de chanson la moins aboutie de l'ensemble (et, oui, c'est celle-là que j'aime pas trop sur le disque), on sent que le groupe s'est amusé à la faire, mais le rockabilly et moi, ça n'a jamais été le kif absolu. Don't Let It Bring You Down, qui n'est pas une reprise de la chanson de Neil Young, est une splendeur celtique avec flûte à l'appui, une des meilleures de l'album, album qui se termine en fanfare avec le long (6 minutes) Morse Moose And The Grey Goose, histoire maritime sur un bateau en détresse en pleine mer, avec refrain en morse, claviers parfaits, chant habité et durée idéale. Le morceau parfait pour achever un album dantesque. Car oui, clairement, définitivement, London Town est un album dantesque, un des meilleurs albums de Macca, et je n'attends qu'une chose : qu'il ressorte enfin, en CD, dans la Paul McCartney Archive Collection (au rythme de livraison atrocement lent). J'ignore quel album sera le prochain à être réédité, j'ignore, aussi, quand le prochain album réédité sortira, mais je croise les doigts pour que ça soit cet album. Je ne l'ai qu'en vinyle (qui est en excellentissime état), je veux le CD remastérisé, bon Dieu de bordel de merde !

FACE A

London Town

Cafe On The Left Bank

I'm Carrying

Backwards Traveller

Cuff Link

Children Children

Girlfriend

I've Had Enough

FACE B

With A Little Luck

Famous Groupies

Deliver Your Children

Name And Adress

Don't Let It Bring You Down

Morse Moose And The Grey Goose