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En 1970, Ringo Starr est le premier des Beatles à sortir un album solo, un mois avant celui de McCartney, des mois avant ceux d'Harrison et Lennon. 1970 est une année importante pour le groupe, qui se sépare officiellement avec la sortie du 'posthume' Let It Be, et c'est une des deux années (avec 1973) où chaque ex-Beatles sortira un disque studio en solo (pour les autres années allant de 1971 à 1980, année de la mort de Lennon, il n'y aura au maximum que trois ex-Beatles à sortir chacun un disque studio solo, et à partir de 1981, évidemment, vu que le groupe n'est plus au complet...). 1970 voit aussi la sortie du deuxième album studio de Ringo, ce mec a bien carburé, soit dit en passant, en cette année-là (même si son premier opus, Sentimental Journey, est constitué intégralement de reprises de vieilles chansons), un disque de country enregistré à Nashville et intitulé Beaucoups Of Blues. Puis, Ringo s'essaiera au cinéma (entre nous, il n'aurait pas du...), puis, en 1971/72, sortira deux singles qui marcheront fort, It Don't Come Easy (face B, Early 1970, chanson sympathique sur la fin des Beatles), et Back Off Boogaloo (face B, Blindman, chanson médiocre issue d'un western dans lequel a joué Ringo). Il faudra attendre 1973 pour que Ringo sorte un nouvel album, et ça sera Ringo, un disque best-seller et indéniablement son meilleur opus, sorti sous une pochette qui rend hommage (ou parodie) celle du Sgt. Pepper's... de son ex-groupe, disque accompagné d'un livret de paroles et de dessins signés Klaus Voormann (le pote de toujours, qui joue aussi sur le disque), disque bénéficiant de la présence de chansons mémorables (Photograph, I'm The Greatest, la reprise du You're Sixteen, You're Beautiful (And You're Mine) de Johnny Burnette, Six O'Clock...) et, surtout, d'une enculade prodigieuse de musiciens de grand talent, venus en renfort et en amis : Nicky Hopkins, Voormann, Marc Bolan de T-Rex (sur un seul titre), quasiment tout le Band sauf Richard Manuel, Harry Nilsson, Tom Scott, Jim Keltner, Jim Horn, Bobby Keyes, Billy Preston, Chuck Finley, Vini Poncia (futur producteur de Ringo), Steve Cropper et, et, et... les trois autres Beatles ! Qui offrent chacun une chanson (voire trois, pour Harrison) à leur pote batteur ! Mais si les Beatles jouent tous sur Ringo, ce n'est jamais sur un seul titre (au max, ils sont à trois sur un seul morceau, et jamais Lennon et McCartney en même temps)... Ringo est cependant le seul album studio officiel d'après la 'mort' des Beatles sur lequel ils apparaissent tous, et ce fut une des raisons du succès de l'album (autre raison : il est superbe, l'album, ce qui ne gâche rien). L'album sort en novembre 1973, en même temps que le Mind Games de Lennon et, je crois, le Band On The Run des Wings de McCartney.

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A peine quelques mois après la sortie de Ringo, Ringo retourne en studio pour accoucher, toujours sous la houlette du producteur Richard Perry, de son successeur. Ce successeur, c'est l'album dont je parle maintenant, en deuxième chronique car je l'avais déjà abordé ici il y à quelques mois (mais mon avis sur le disque a sensiblement évolué depuis, j'avais donc envie de refaire la chro'), un album sorti en 1974 et intitulé Goodnight Vienna (le titre est d'après une expression anglophone typique de la région de Liverpool qui signifie à peu près foutons le camp d'ici, ça craint). Cet album est un peu le parent pauvre de Ringo : il est plus court (33 minutes environ, Ringo en durait 37) mais ça on s'en fout ; il bénéficie certes du même producteur, et du même son, et il est aussi l'occasion pour Ringo d'ameuter ses potes musiciens (à nouveau Steve Cropper, Billy Preston, Nicky Hopkins, Harry Nilsson, Vini Poncia, Robbie Robertson du Band et John Lennon ; arrivée, aussi, d'Elton John, de Dr. John ; en revanche, ni Harrison, ni McCartney ne sont là, occupés avec leurs albums ou tournées respectives) ; et il marchera, aussi, bien dans les charts. Mais il marchera moins bien que Ringo, recevra de moins bonnes critiques (entre autres, sa pochette pastichant une scène culte du film de SF Le Jour Où La Terre S'Arrêta, de 1951, sera source de plaisanteries, il faut dire qu'elle est assez ridicule, même si Ringo fera pire, et même si j'avoue vraiment aimer cette pochette), et surtout, là où Ringo n'offrait que de superbes chansons (si on excepte Step Lightly, un peu moyenne), Goodnight Vienna offre quelques trucs vraiment fadasses : Call Me est insipide (je n'arrive jamais à me souvenir de sa mélodie, et pourtant, j'ai souvent écouté l'album), Husbands And Wives (une reprise d'une chanson de 1966) est mièvre au possible, Easy For Me (signée Nilsson, le pote de biture de Lennon en 1974, enfin, un de ses potes) est ruinée par une production très Sentimental Journey, orchestrale et sucrée, et la courte reprise finale du morceau-titre ne sert pas à grand-chose (mais n'empire pas l'album non plus). Ah oui, All By Myself n'est pas terrible, elle non plus. Putain, ça commence à chiffrer, dans le bilan, côté négatif, pas vrai ?

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Mais heureusement, le reste est d'un niveau vraiment excellent. A commencer par Goodnight Vienna (dont le vrai titre est (It's All Da-Da-Down To) Goodnight Vienna, d'ailleurs), chanson offerte à Ringo par son pote Lennon (alors en pleine enregistrement de son Walls & Bridges), chanson efficace, entraînante et très réussie, je me demande vraiment pourquoi Ringo ne l'a pas mise sur son best-of Blast From Your Past qu'il sortira l'année suivante (et qui, avec 31 courtes minutes au compteur, et seulement 10 titres, manque sérieusement de matos). On peut aussi citer Snookeroo, qui fut offerte à Ringo par Elton John (qui tient le piano dessus), qui l'a signée avec son complice parolier Bernie Taupin (le style de la chanson est en effet du pur Elton des grands jours), et qui, elle aussi, aurait bien eu sa place sur le futur best-of de 1975. On peut aussi citer deux reprises qui, elles, sont sur le best-of : Only You (And You Alone) des Platters, reprise à la sauce reggae (une idée de Lennon, et un contre-emploi savoureux pour Ringo) et No No Song, chanson anti-substances illicites et alcool signée de l'acteur/chanteur Hoyt Axton (vous vous rappelez le père du héros dans Gremlins, cet inventeur qui ramène le petit Gizmo chez lui ? Ben c'est cet acteur !), excellente, même si elle peut vraiment taper sur les nerfs si on l'écoute trop souvent. Autre bonne chanson, Occapella, reprise d'une chanson signée Allen Toussaint et datant de 1970, plutôt correcte ; enfin, Oo-Wee, correcte elle aussi. Dans l'ensemble, on a donc 4 chansons assez moyennes, voire médiocres, une chanson servant à rien (la courte reprise de Goodnight Vienna) mais n'étant pas mauvaise, et 6 chansons qui sont soit très bonnes, soit purement géniales. Pour ne rien gâcher, le CD offre trois bonus-tracks qui sont Back Off Boogaloo et sa face B Blindman, et une version longue de Six O'Clock, chanson (signée McCartney, d'ailleurs) présente, en version raccourcie, sur Ringo. Si on excepte Blindman, ces bonus-tracks sont remarquables et rajoutent de l'attrait (pour une fois, en ce qui concerne les bonus-tracks ; enfin, c'est aussi le cas de ceux de Ringo) au disque. Pour finir, bien qu'inégal et un peu mineur (mais Ringo fera mille fois pire, rien qu'avec son album suivant, Ringo's Rotogravure de 1976, et parlons pas de Ringo The 4th et de Bad Boy...), Goodnight Vienna est un cru sympathique, et que j'aime vraiment beaucoup, de l'ex-Beatles. Je le trouve même plus attachant que l'album de 1973, même si ce dernier est évidemment, et de loin, plus réussi (le sommet de Ringo, je le répête). Mais Goodnight Vienna est un album qui grandit dans mon estime d'écoute en écoute. Et un album qui mérite mieux, je pense, que sa réputation de "suite ratée de Ringo, faite sans âme avec l'attrait du pognon comme unique raison d'être"...

FACE A

Goodnight Vienna

Occapella

Oo-Wee

Husbands And Wives

Snookeroo

FACE B

All By Myself

Call Me

No No Song

Only You (And You Alone)

Easy For Me

Goodnight Vienna (Reprise)