PM1

Date : 8 décembre 1980. Lieu : New York, USA. Scène : un malade tire sur John Lennon. Résultat : traumatisme pour toute une génération, pour tous les Beatlemaniaques, pour les trois autres Beatles, leurs familles, proches, amis. Ringo pleure à la TV. Harrison ferme les grilles de sa propriété, se rendant compte que ça aurait très bien pu lui arriver (en 1999, même s'il s'en sortira, ça lui arrivera : un type pénètrera chez lui pour tenter de les tuer, lui et sa femme). McCartney est interviewé à la TV, et semble étonnamment distant. Oh, bien sûr, il dit que c'est horrible et bien triste, mais les journalistes qui espéraient le voir craquer et fondre en larmes en furent pour leurs frais (par la suite, il le fera, ceci dit). On lui reprochera une réaction un peu froide, et surtout le fait que le jour où il a appris la mort de Lennon, il continuera de bosser sur son album comme si de rien n'était. Froidement. En réalité, afin de ne pas sombrer tout court, il a décidé de sombrer dans le travail. Et il craquera, évidemment, dans la sphère privée, mais Macca il est comme ça, il ne montre pas facilement ses émotions en public. Il aura cependant un peu retenu la leçon car, en 2002, interviewé au moment de la mort de George Harrison, qu'il connaissait depuis l'enfance, il s'épanchera un peu plus longuement qu'en 1980, mais ne cherchez pas les larmes en train de couler sur ses joues, elles sont bien là, mais à l'intérieur, toujours.

PM2

Rien ne sortira de la part de Paul en 1981 (il participera à l'album Stop And Smell The Roses de Ringo, dont il a produit et écrit certains titres, et au All Those Years Ago de Harrison, dédiée à Lennon), il sera trop occupé à encaisser ce drame, et à enregistrer son album, qui sortira en avril 1982 sous une pochette rouge et bleu assez criarde. Tug Of War. Ce disque, son deuxième en solo après la fin des Wings, est unanimement considéré comme une de ses plus éclatantes réussites. On y trouve 12 titres pour une bonne quarantaine de minutes qui, sincèrement, frôlent la perfection pop/rock. Le tout, sous production du grand (et regretté) George Martin, c'est la première fois depuis 1973 et Live And Let Die des Wings que Macca et Big George retravaillent ensemble, et les sessions seront si fructueuses que l'album suivant de Paul, Pipes Of Peace (1983) est intégralement constitué de morceaux enregistrés durant les mêmes sessions que Tug Of War. Mais ça, j'y reviendrai demain. Macca s'est investe à donf' dans ce disque pour ne pas sombrer. Il s'est par ailleurs entouré de musiciens absolument titanesques, parmi lesquels Denny Laine (complice des Wings), Ringo Starr, Eric Stewart (de 10cc, qui va par la suite continuer à collaborer avec Paul), Dave Mattacks, Steve Gadd, Stanley Clarke, le grand Carl Perkins sur un titre, le grand Stevie Wonder sur deux titres en duo, George Martin lui-même (piano électrique) et évidemment, sa Linda de femme (harmonies vocales). L'album a été enregistré entre Abbey Road et les studio AIR (appartenant à George Martin) de Londres et Montserrat. 

PM4

Enorme succès à sa sortie, l'album est rempli de classiques, parmi lesquels, il convient d'en parler en priorité vu son sujet, la ballade Here Today qui achève la face A. Cette chanson que Paul chante toujours sur scène est son hommage à Lennon. Une chanson sobre, poignante, touchante, dans laquelle Paul regrette les bons moments passés ensemble, partis à jamais, mais aussi les tensions entre eux deux, leurs deux sales caractères. Pas d'amertume, que de la tristesse, cette chanson courte (2,27 minutes) est une splendeur. Tug Of War (le titre de l'album, aussi d'une chanson, est une allusion à ce fameux sport si britannique, le tir à la corde) est connu aussi pour son gros hit pop ultra vendu (en single ; je l'ai, comme, j'imagine, pas mal de monde) et diffusé, Ebony And Ivory, en duo avec Stevie Wonder. Très belle, mais convenue, chanson sur l'égalité blancs/noirs, après tout, sur un clavier de piano il y à les deux couleurs en harmonie, alors pourquoi ça ne pourrait pas être pareil pour les Hommes ? Les paroles sont tartignolles dans la catégorie si tous les gars du monde, mais c'est une belle petite chanson, qui achève le disque. Autre duo avec Wonder (dont on n'entend plus trop parler depuis quelques années, dommage), le terriblement funky What's That You're Doing que j'adore, 6,20 minutes de bonheur sur lequel le piano électrique de Stevie (qui, sur l'album, joue aussi un peu de batterie, voir la photo ci-dessus, et de synthé) et la basse de Macca (qui, sur l'album, joue aussi des claviers, de la batterie et de la guitare, selon les morceaux) font des merveilles. Durant les mêmes sessions, un certain Michael Jackson enregistrera deux titres, qui seront sur l'album suivant. 

PM3

On trouve aussi, sur ce disque, Get It, chanson rigolote et courte interprétée en duo avec le grand Carl Perkins, un des piliers du rock'n'roll 50's (son rire, dans le final, est des plus communicatifs). Pas ma préférée de l'album (c'est même celle qui me plaît le moins, sans compter le Be What You See (Link) de 33 secondes qui ne sert à rien du tout), mais c'est sympathique et agréable à petite dose, et puis ça ne dure pas longtemps. L'album, sinon, offre du lourd, comme le morceau-titre, Tug Of War, vraie petite symphonie qui sent bien sa George Martin's touch, le passage où on passe de l'acoustico-lyrique au rock (In years to come... bang, la guitare électrique déboule) est grandiose, et le morceau (qui sortira en single), un régal. Take It Away (qui sortira en single) et Ballroom Dancing sont des morceaux de pop/rock dansants et sans prétention, mais foutrement bien fagottés il fait l'avouer. Dress Me Up As A Robber fait un peu secondaire à côté, mais reste des plus agréables. Somebody Who Cares est une chanson calme très jolie, The Pound Is Sinking (dans laquelle Macca se permet quelques rares critiques de la société et de l'économie contemporaine, ce n'est pas son genre en général) est pas mal du tout, et il y à Wanderlust, splendeur absolue, mais alors vraiment absolue de chez absolue, une merveille interprétée à la perfection, on ne s'en lasse pas. 

PM5

Au final, cet album de 1982 est assurément un des meilleurs de Paulo, aussi bien pour la décennie (qui, moyennement démarrée par un McCartney II vraiment médiocre, se terminera super bien avec Flowers In The Dirt, mais verra Paul, quand même, sortir des albums tout sauf marquants) qu'en règle général pour l'ensemble de sa discographie solo. Réservoir à classiques, super bien produit par Big George, enregistré avec des musiciens de grand talent, Tug Of War (qui, mis à part Here Today et dans une moindre mesure Somebody Who Cares, ne respire pas la tristesse ressentie par Paul et ses amis, suite à la mort de Lennon, pourtant, les sessions ont sans aucun doute du être parfois pesantes, surtout les premières, dès février 1981) est un album totalement conseillé, même si je trouve qu'il s'essouffle un peu vers sa fin (à partir de Get It). Mais il est nettement, mais alors nettement supérieur à l'album suivant, qui est constitué de chutes de studio des mêmes sessions, ce qui en dit long sur l'implication de Macca en 1983 au moment de le sortir. Mais ça, j'en reparle demain, de cet album suivant, dont le titre même est en relation avec celui de 1982 : Pipes Of Peace

FACE A

Tug Of War

Take It Away

Somebody Who Cares

What's That You're Doing

Here Today

FACE B

Ballroom Dancing

The Pound Is Sinking

Wanderlust

Get It

Be What You See (Link)

Dress Me Up As A Robber

Ebony And Ivory