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1973 est une année assez importante et satisfaisante pour les Beatles, enfin, les ex-Beatles. Si on excepte à la rigueur John Lennon (l'album qu'il a sorti en cette année, Mind Games, est très très bon, mais ne marchera pas bien, commercialement parlant, et sera mal accueilli par la presse), tout va pour le mieux : George Harrison sort Living In The Material World, un de ses meilleurs opus. Paul McCartney, lui, est clairement au sommet avec Band On The Run (et, avant ce disque sorti en fin 1973, il y à eu Red Rose Speedway, et le single Live And Let Die ; les deux albums et le single sont faits avec les Wings, évidemment) ; et les Beatles reviennent, en tant que groupe, en haut des charts avec les deux doubles compilations 1962/1966 (alias le double rouge) et 1967/1970 (alias le double bleu), qui seront détrônés par les albums solo de Macca de la même année en première place des charts, mais tout de même. Et Ringo ? Pour lui aussi, tout va bien. Honnêtement, on peut même dire que son album de 1973, ce disque, donc, qui s'appelle sobrement Ringo (sa pochette est moins sobre, avec ses allusions à celle du Sgt. Pepper's... !), est de loin son sommet absolu. Allez, je me lance (pas trop loin, quand même) : il ne vous faut qu'un seul album de Ringo Starr, et c'est celui-ci. Il aura fait parler de lui, à sa sortie, et pas seulement parce qu'il offre quelques chansons absolument mémorables. Il aura fait parler de lui essentiellement parce que, disséminés sur l'ensemble des morceaux (mais jamais sur le même morceau), jouent, sur ce disque, l'ensemble des Beatles. Qui plus est, chaque ex-Beatles a offert au moins une chanson à Ringo : Harrison avec Photograph, Macca avec Six O'Clock, Lennon avec I'm The Greatest... A la sortie de l'album, vu que c'était, depuis Let It Be, le premier album sur lequel on retrouvait l'ensemble des Beatles (mais, je le répête, il y à une différence majeure : ici, ils ne jouent jamais ensemble sur un même titre ; Macca et Lennon, notamment, ne se sont apparemment pas rencontrés durant l'enregistrement, ne collaboreront plus jamais ensemble sur un disque une fois les Beatles finis en 1970), on commencera à se demander si les Beatles ne se reformeraient pas un jour. Lennon et les autres auront rapidement fait de dire 'non'. Et une fois Lennon mort, quand on demandera aux autres s'ils se reformeront un jour, même à trois, Harrison dira tant que John est mort, ça ne se fera pas.

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Dos de pochette vinyle (CD : identique)

Mais je divague, reparlons de l'album de Ringo. Non seulement Harrison, Macca et Lennon, dispatchés, jouent sur le disque (parfois, on a trois Beatles sur un même morceau, d'ailleurs), mais Ringo Starr a su aussi s'entourer de plein d'autres amis musiciens, ce disque est un vrai bottin : Jim Keltner (batterie ; Ringo est batteur et, évidemment, joue sur tous les titres, mais il est assisté de Keltner sur certains morceaux) ; Marc Bolan de T-Rex (guitare sur un titre), Billy Preston (claviers) ; Klaus Voormann (basse, et aussi auteur des rigolos dessins du sublime livret interne proposant les paroles) ; Harry Nilsson (choeurs) ; Nicky Hopkins (piano) ; Vini Poncia (choeurs, guitare acoustique, futur producteur de Ringo, mais aussi de Kiss) ; Linda McCartney (choeurs, avec son mari Paul) ; Jimmy Calvert (guitare) ; la quasi-totalité de The Band (Garth Hudson, Levon Helm, Robbie Robertson, Rick Danko) ; Tom Scott (saxophone) ; Bobby Keyes (idem) ; Jack Nitzsche aux arrangements de cordes sur deux titres... Produit par Richard Perry, sorti sous une pochette dessinée par Tim Bruckner (et des dessins de Voormann, auteur de la pochette du Revolver des Beatles, dans le livret, donc), Ringo est un disque quasiment unique dans la discographie chaotique de Ringo. Ses deux précédents albums (car Ringo est le troisième) étaient Sentimental Journey (1970 ; Ringo fut d'ailleurs le premier Beatles, en 1970, à sortir un disque solo, les autres Beatles suivront dans le courant de l'année), un disque de reprises que le batteur avait conçu, comme il disait, pour faire plaisir à sa maman ; et Beaucoups Of Blues (1971), disque de country. Deux albums corrects, mais sans plus. Ringo est son premier vrai disque rock (c'est pour ça que le pitoyable Ringo The 4th de 1978 s'appelle ainsi : bien qu'étant le sixième album de Ringo, il est son quatrième album pop/rock), et, en 37 minutes et 10 titres dont quelques reprises, il assure de bout en bout. Reprises : Have You Seen My Baby de Randy Newman (chanson que les Flamin' Groovies ont reprise aussi en 1971), sur laquelle joue Marc Bolan ; You're Sixteen - You're Beautiful (And You're Mine) de Johnny Burnette. Toutes deux efficaces. Mais c'est sur les morceaux inédits que Ringo assure : I'm The Greatest (signée Lennon), Photograph (un hit co-signé Harrison), Oh My My, Six O'Clock (signée McCartney), You And Me (Babe) (sur laquelle, à la fin, il cite et remercie l'équipe technique de l'album), autant de chansons qui font de ce troisième album solo de Ringo un petit chef d'oeuvre.

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Une vue du livret (illustration pour Photograph)

Bien que n'ayant pas une voix parfaite, bien que n'étant pas un chanteur d'exception, Richard Starkey (son vrai nom) livre ici un disque touchant, super bien produit, et vraiment, j'insiste, on peut parler de sommet absolu pour lui. La suite de sa carrière sera hélas assez chaotique : Goodnight Vienna (1974) est une petite dégringolade, pas une grosse déception, mais un disque tout de même inférieur, bien inférieur à Ringo. Puis Ringo sort un best-of en 1975 (la même année que Lennon et Harrison, d'ailleurs...), puis il s'effondrera progressivement, Rotogravure, Ringo The 4th... Les années 80 seront difficiles, terriblement (en plus de l'insuccès commercial, Ringo se tapera un alcoolisme aggravé), et les années 90 le verront revenir avec un concept, le All-Starr Band, une réunion live de plusieurs gloires passées du rock et de la pop (le personnale changeait souvent, c'était là l'intérêt, d'ailleurs : Todd Rundgren, Roger Hodgson, Sheila E, Dave Edmunds, Rod Argent...), réunies autour de lui pour des concerts qui seront l'objet de pas mal d'albums lives tous assez médiocres, mis à part les deux-trois premiers (en tout, le nombre de lives du All-Starr Band est trop important, une dizaine en une décennie environ). Plus des albums studio solo, le dernier, une vraie merde de même pas 30 minutes (!!!), datant d'ailleurs de l'an dernier. Si vous ne voulez posséder qu'un album de Ringo, c'est donc celui-ci, de 1973, qu'il faut choisir. A la rigueur, je conseille aussi Goodnight Vienna en complément, mais uniquement si vous avez aimé Ringo et que vous savez que son successeur (Goodnight Vienna, donc) lui est inférieur, tout en offrant quelques bonnes chansons. A noter que sur le CD de Ringo se trouvent trois bonus-tracks, et notamment le génial single de 1970 It Don't Come Easy (écrite par Harrison), qui fut un des gros, gros succès solo de Ringo avec I'm The Greatest (chanson faisant allusion à Billy Shear, nom sous lequel est présenté Ringo dans Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, sur l'album du même nom !), Photograph et un autre single, Back Off Boogaloo (qui est, lui, présent en bonus-track sur le CD de Goodnight Vienna). On a donc une autre bonne raison de se procurer Ringo, disque vraiment fantastique.

FACE A

I'm The Greatest

Have You Seen My Baby

Photograph

Sunshine Life For Me (Sail Away Raymond)

You're Sixteen - You're Beautiful (And You're Mine)

FACE B

Oh My My

Step Lightly

Six O'Clock

Devil Woman

You And Me (Babe)