PM1

Non, vous ne rêvez pas : ce disque, qui était autrefois rangé dans le rock expérimental (ce qui ne me plaisait qu'à moitié, mais je ne me voyais pas le ranger dans le rock pur, ni dans la pop, ce n'est ni l'un, ni l'autre), est désormais rangé dans la sinistrement infâmante catégorie des 'ratages'. Je pense que c'est là que ce disque est le mieux, finalement. Car pour un ratage, franchement, ç'en est un. Ce disque aurait logiquement du, si tout avait été pour le mieux dans le meilleur des mondes, ne jamais exister. En 1980 (début d'année), les Wings entreprennent une tournée japonaise. A l'aéroport de Tokyo, Paul est rrêté par la flicaille locale pour possession de marijuana, et va passer une dizaine de jours dans les geôles nipponnes à se morfondre, avant de payer une caution et d'être libéré. Cette mésaventure qui va faire annuler la tournée japonaise de son groupe va aussi entraîner la fin de celui-ci, dont le dernier opus Back To The Egg (et un single hors-album sorti en fin d'année 1979, Wonderful Christmastime, chanson de Noël avec tout ce que ça implique) n'aura pas vraiment convaincu les masses. Rentrant chez lui avec femme et enfants, Paulo va se ressourcer et commencer à bosser sur de nouvelles chansons, tout seul dans son home-studio. Une chanson déjà interprétée avec les Wings au cours de leurs derniers concerts, Coming Up, va être la génératrice de ce nouveau projet, Macca l'enregistre en version studio. Il va sortir le single avec, en face B, une version live de la même chanson, issue d'un concert des Wings, et un instrumental de la période Venus And Mars : Lunch Box/Odd Soxx

PM2

Sorti en mai 1980, ce nouvel album porte le nom de McCartney II, allusion au premier opus solo (McCartney), lui aussi enregistré par Paul tout seul, et sorti 10 ans plus tôt. Avec un titre d'album pareil, Macca annonce la couleur : il revient, en solo, fini les Wings ou un autre groupe. La pochette le montre, en gros plan, photo de qualité granuleuse, expression un peu outrée sur le visage. A l'intérieur de la pochette ouvrante, une photo de Macca posant derrière une sorte de grosse piscine ou bassin, avec un arc-en-ciel derrière, très années 80. Et trois photos de Paul en médaillons, dans des postures des plus ridicules (lunettes et moustaches de gag, expression de vieille conne distinguée derrière des lunettes abaissées, ou bien brandissant une sorte de collier du genre de ceux qu'on ferait avec des nouilles ou des bonbons). La sous-pochette propose les paroles d'un côté, et une photo noir & blanc de Paul et de son fiston James (dans les 3 ans à l'époque). L'album va très bien marcher à sa sortie (disque d'or). Selon la légende, John Lennon, en entendant Coming Up, appréciera tellement la chanson qu'elle lui donnera envie de se remettre à la musique (il avait interrompu sa carrière en 1975 pour s'occuper des siens) afin de faire mieux que Paul, et ça donnera Double Fantasy, sorti en novembre, quelques semaines avant son assassinat. McCartney II aura au moins servi à faire revenir Lennon, et rien que pour ça, merci. Mais Coming Up est quasiment la seule bonne chose que je sauve de ce disque. Dans mes bons jours, je sauve aussi Waterfalls, mais dans mes moins bons jours, et aujourd'hui en est un, je trouve la chanson énervante avec cette voix vocoderisée qui en fait trop dans les refrains (And IIIIIIIIII neeeeeeeed love, yeah IIIIIIIIIII neeeeeed love...). 

PM3

Extrêmement expérimental, McCartney II est un disque courageux, surtout de la part de Macca. Il fallait oser, en 1980, quand on est un artiste aussi majeur et pop/rock que lui, faire un album pareil. Rempli de synthés à en crever, l'album possède, de plus, une qualité de production absolument déplorable, le son est écrasé comme une sole passée sous un camion-benne, il manque de relief et l'écoute de ce disque, en 2018, est le plus souvent une épreuve. Coming Up a beau être une des meilleures chansons de Macca, cette production la ruine en partie. Macca la chante d'une voix un peu forcée, comme il chantait autrefois Nineteen Hundred And Eighty-Five ou Mumbo. OK, pas de problème. Et il joue de tout, et il en joue très bien (le clip le montre en plusieurs exemplaires, à la guitare, à la basse, à la batterie, aux claviers, au chant, en même temps, sur un plateau, très amusant), et Linda pose des voix d'harmonie (tout comme pour le premier opus de 1970, elle est la seule à participer à un album fait, sinon, intégralement par son mari d'amour) très sympathiques. Mais cette production, putain de zut, elle est épouvantable. Et c'est la même chose pour tout l'album, un album très difficile à écouter de nos jours, donc, et dont une qualité, et non des moindres, est de ne pas durer trop longtemps (38 minutes pour 11 titres). Alos il est vrai que dans de très bons jours, Waterfalls peut être touchante (la chanson sortira en single et ne cartonnera pas, mais obtiendra tout de même une neuvième place en Angleterre), et que dans des jours exceptionnels, on peut trouver One Of These Days jolie (la chanson est plus sobre que la majeure partie de l'album et, surtout, une face B proprement inaudible mis à part cette chanson, placée en final) et Temporary Secretary (sortie elle aussi en single) amusante. Mais ce claviers, sur cette chanson...on dirait du mauvais Partenaire Particulier, ce qui en dit long sur le niveau (et la question de savoir s'il y à eu du bon Partenaire Particulier ne se pose pas, car, à vrai dire, on s'en fout). Comment prendre au sérieux un mec qui offre une chanson aussi dingue que Temporary Secretary, avec ses paroles ridicules et ces claviers totalement over the top ? N'importe qui d'autre aurait fait ça à l'époque, on aurait crié à la merde musicale, mais c'est Macca, donc c'est génial.

PM5

Car l'album possède un statut culte indéniable depuis sa sortie, c'est apparemment un des préférés des fans, mais tout comme le précédent (Back To The Egg des Wings), il est clivant, on adore ou on déteste ; personnellement, j'échange dix albums du niveau de McCartney II contre Back To The Egg seul. Ecoutez la face B de McCartney II...et pleurez. Instrumentaux abominables (Front Parlour qui ressemble à de la musique de jeu vidéo ou de dessin animé pour chiards ; Frozen Jap, à la mélodie asiaticoïde qui fait de la peine pour celui qui, 14 ans plus tôt, pondait Yesterday l'air de ne pas trop y penser), chansons déplorables (Darkroom, et ce Bogey Music qui, est, sincèrement...non mais franchement, Paul, tu te fous de nous, avec cette chanson, ou bien ? Tu veux une baffe ?)... Et sur la face A, avec Temporary Secretary et Nobody Knows (et même le bluesy et épuisant On The Way), c'est presque aussi mauvais. Pas aussi mauvais, car sincèrement, faire pire que Bogey Music, Darkroom et les deux instrumentaux que je ne veux même plus citer, c'est pas possible. Mais c'es vraiment pas glorieux. Macca s'est fait plaisir avec ce disque sur lequel il a expérimenté plein de choses, il a laissé ouvert pas mal de vannes (qu'il refermera une fois ce disque sorti, car l'album suivant, Tug Of War, sorti en 1982, sera de la pure pop commerciale), et à mon avis, il a pris son succès commercial sans trop y croire et s'y attendre et ça lui a fait plaisir, mais il n'a pas eu envie (surtout, je pense, après l'assassinat de Lennon en décembre 1980, qui l'a miné et l'empêchera sans doute de continuer de délirer dans des expérimentations sonores) de poursuivre dans cette voix. OVNI musical dans la carrière de l'ex-Beatles, McCartney II va relancer sa carrière solo mais mis à part un certain courage musical et une chanson absolument gigantesque, il n'y à pas grand chose à retenir. Et cette production, putain...

FACE A

Coming Up

Temporary Secretary

On The Way

Waterfalls

Nobody Knows

FACE B

Front Parlour

Summer's Day Song

Frozen Jap

Bogey Music

Darkroom

One Of These Days