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Roger Waters quitte Pink Floyd en 1984. Pourquoi ? Tensions permanentes dans le groupe (tout le monde l'accusait d'avoir voulu faire un disque solo virtuel avec The Final Cut, en 1983, mais personne d'autre que lui n'a écrit la moindre chose dessus), prise de pouvoir de sa part ayant été forcément mal prise... Et puis, il avait envie de se lancer en solo. Il le fait en 1984, donc, avec The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, un album qu'il avait imaginé, en projet, en même temps que The Wall (il avait demandé au groupe de choisir entre les deux projets, on sait lequel fut sélectionné). Mais pour les puristes, sa carrière solo démarra en fait en...1970, avec The Music Of Body, disque conceptuel et expérimental conçu avec Ron Geesin (lequel bossera la même année avec le Floyd via Atom Heart Mother, sur son long morceau-titre). En 1986, Waters signe une partie de la bande-originale d'un film, puis, en 1987, Radio K.A.O.S., en 1990 une version live, à Berlin, de The Wall, et, en 1992, le disque dont je vais parler maintenant, Amused To Death. Par la suite, il a livré un live en 2000, un album conceptuel sur la Révolution Française (Ca Ira) en 2005, et mis à part des singles, plus rien depuis. L'album Amused To Death est son troisième opus solo, et date donc de 1992. Assez long sans être le plus long de Waters (son plus long est Ca Ira, double), il aligne tout de même 14 morceaux, dont un sur lequel Waters ne joue absolument de rien ni ne chante (le premier), pour 72 minutes. Ah, la glorieuse époque où les artistes/groupes remplissaient les CDs, profitant alors pleinement de ce nouveau support... Ils n'avaient alors pas encore pigé que la quantité ne signifie pas forcément la qualité, et qu'un disque rempli quasiment à donf' était bien souvent inégal, rempli de chansons soit trop longues, soit de trop de chansons. Par la suite, à la fin des années 90, le déclic se fit, et il n'est désormais pas rare d'avoir des albums récents longs de 40 et quelques minutes (soit la durée d'un vinyle) en CD. Heureusement, parmi les 'longs' albums de la grande époque, on en a quand même quelques uns qui sont parfaits, vraiment réussis, ces Disintegration (The Cure), Chinese Democracy (Guns'n'Roses, album plus récent que les autres cités, cependant), Avril (Laurent Voulzy), The Division Bell (Pink Floyd), Sleeps With Angels (Neil Young), Time Out Of Mind (Bob Dylan), Screamadelica (Primal Scream)... et Amused To Death.

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Car, oui, Amused To Death est vraiment une réussite ! Pour ce disque qu'il a coproduit avec Nick Griffiths et Patrick Leonard, Waters a collaboré avec un nombre assez imposant de musiciens, et, ensemble, tous ont livré ce qui restera à vie, probablement, comme étant le meilleur album solo de l'ex-Pink Floyd. Se trouvent sur ce disque Jeff Beck, Patrick Leonard, Andy Fairweather-Low, Jeff Porcaro, Steve Lukather, B.J. Cole, Don Henley, Rita Coolidge, Randy Jackson... Tous ne sont pas extraordinairement connus, certains ne jouent que sur un titre (Porcaro, Henley, et ce dernier, que vocalement), mais tous ont bien aidé Waters (chant, basse, synthés, guitare) à faire de ce disque doublement conceptuel (critique de la société de consommation ; dénonciation des horreurs de la guerre, un thème cher à Waters, dont le père est mort au feu à Anzio, Italie, pendant la Seconde Guerre Mondiale, Waters ne l'a jamais connu) un chef d'oeuvre. Le vrai concept est en quelque sorte résumé par la pochette : un singe découvre une télévision et zappe au petit bonheur la chance, découvrant notamment la religion (les trois remarquables parties de What God Wants), la guerre (The Ballad Of Billy Hubbard, le morceau d'ouverture, sur lequel un authentique vétéran de la Première Guerre Mondiale, Alfred 'Alf' Razzell, raconte comment il a dû malgré lui abandonner Billy Hubbard, un compagnon mourant, afin de pouvoir s'en sortir ; l'album est dédié à Hubbard, et il se termine aussi sur un témoignage de Razzell), le pouvoir dévastateur de la TV (Watching TV), la Guerre du Golfe (The Bravery Of Being Out Of Range)... La production est parfaite pour son époque, le disque ayant été enregistré en QSound, un procédé équivalent à la 3D pour le son (comme Waters l'explique dans le livret : au début du disque, on entend un chien aboyer. Il faut se placer entre les enceintes, et si on entend les aboiements du chien comme s'il se trouvait dans le jardin d'à-côté, alors l'effet QSound est garanti, sinon, c'est que les enceintes sont déphasées). Ecouter Amused To Death au casque est une belle expérience.

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L'album offre certaines chansons assez longues (What God Wants 1 fait 6 minutes, le remarquable Too Much Rope en fait 5,45, et les quatre derniers titres font respectivement 6, 6,50, 8,30 et 9,05 minutes !), mais ces chansons font assurément partie des sommets du disque : It's A Miracle, Too Much Rope, Amused To Death. Le titre de l'album vient d'un roman de Neil Postman intitulé Amused Ourselves To Death, le titre exact du roman est dans les paroles de la chanson-titre, d'ailleurs. Waters livre ici un album fantastique, super bien produit et interprété (il nous ressert ici de sa fameuse voix plaintive entendue dans The Wall et surtout dans The Final Cut, mais c'est le style de l'album, bien sombre et parfois même dépressif, qui le veut), et assurément un des albums majeurs des années 90. Sans parler du fait qu'il s'agisse, de loin, de son sommet absolu en solo (et ce, même en incluant le remarquable The Final Cut du Floyd dans la liste des albums solo de Waters, car, dans un sens, ç'en est un, virtuel). Bref, si vous aimez le rock engagé et Roger Waters, Amused To Death devrait, logiquement, vous combler !

The Ballad Of Billy Hubbard

What God Wants 1

Perfect Sense 1

Perfect Sense 2

The Bravery Of Being Out Of Range

Late Home Tonight 1

Late Home Tonight 2

Too Much Rope

What God Wants 2

What God Wants 3

Watching TV

Three Wishes

It's A Miracle

Amused To Death