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Oubliez tout ce que vous avez déjà entendu. Découvrez Jacco Gardner. Enfin, si vous parvenez à mettre la main sur cet album, car il se cache, le petit enfoiré. Car c'est un fait, cet album, accueilli par une presse en liesse (disque du mois - N° du mois dernier - et note maximale de 5 étoiles pour Rock'n'Folk, tout comme le dernier Bowie qui, ce mois-ci, a eu droit à exactement les mêmes faveurs méritées), est dur à dénicher. Après des semaines de recherches (quasiment rien sur le Web, plusieurs magasins qui m'ont répondu nan, on l'a pas), j'ai tenté un dernier essai, en profitant d'une journée de promenade dans Paris, pour aller voir à la FNAC des Halles. Là-bas, s'ils l'ont pas, c'est que, quelque part, le disque n'existe pas, car cette succursale FNAC est assez grande et bien achalandée (faut voir leurs rayonnages vinyles... j'en bave encore rien que d'y penser !). Je suis reparti avec le CD en pogne ! Le soir même, de retour de Pantruche, je l'écoutais ! Le lendemain aussi ! Et aujourd'hui, la chronique ! C'est fou, le nombre de points d'exclamation qu'il y à dans ce premier paragraphe ! Bon, sinon, l'artiste, dont c'est le premier album après une petite série de singles aujourd'hui épuisés, c'est Jacco Gardner. Il est néerlandais, possède une voix proche de Syd Barrett et Nick Drake, un style musical proche de ces deux artistes maudits, ces deux Byron en diable, aussi. L'album, court (41 minutes, 12 titres, dans une pochette cartonnée sobre, dépliante mais sans livret), s'appelle Cabinet Of Curiosities, et ce titre est très éloquent et bien trouvé.

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On parle d'un disque majeur, les mecs, d'un disque culte en puissance. Jouant, en authentique whiz kid à la Todd Rundgren, de quasiment tous les instruments (sauf la batterie, c'est un certain Jos Van Tol qui en joue), Jacco Gardner livre ici un disque qui n'aurait franchement pas dépareillé dans les années 66/68. C'est du pur rock psychédélique à l'anglaise, ambiance similaire à celle des deux premiers albums de Pink Floyd, ou au premier opus solo (au second aussi, d'ailleurs) de Syd Barrett, au Five Leaves Left de Nick Drake (lequel n'est pas psyché du tout, de la pure folk, mais c'est pour la voix et l'ambiance, parfois), et un peu du Pet Sounds des Beach Boys par moments (des harmonies vocales à tomber, d'ailleurs je suis tombé, et j'ai mal). En 12 titres magnifiquement produits (par la même personne ayant écrit, composé et interprété ces titres ; je ne vous demande pas de deviner qui, donc !), de Clear The Air (un des deux singles que Gardner avait auparavant sortis) à The Ballad Of Little Jane, on a ici une oeuvre, que dis-je, une Oeuvre (avec majuscule de rigueur), que dis-je, une Oeuvre absolument quintessentielle. C'est d'autant plus dommage qu'il faille lutter contre vents et marées pour trouver un exemplaire de ce disque paru sur un label indépendant (Trouble In Mind Records) et dont la distribution, en France, est très aléatoire (m'a dit le vendeur fnacien des Halles à qui je fais confiance : après tout, c'est le seul vendeur de disque hexagonal m'ayant répondu par l'affirmative à la question auriez-vous un exemplaire du dernier album de Jacco Gardner, par le plus grand des hasards ?), donc, ce mec, je l'aime bien, même si je ne le reverrai sans doute jamais, n'allant que super rarement aux Halles de Paris). Cabinet Of Curiosities mériterait d'être distribué gratuitement dans la rue, à la sortie du métro/RER, dans les aéroports, sur les quais de Seine, dans les écoles... Si ça ne tenait qu'à moi, ça serait une baguette ou un croissant acheté(e), un Cabinet Of Curiosities offert, même.

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Je ne vais pas entrer dans les détails de l'album, je n'en ai pas le courage. Décortiquer pareil monument de folk-rock psychédélique me semble même un outrage à lui faire. Sachez que tout y est grandiose, l'instrumental-titre, Puppets Dangling, Clear The Air, Where Will You Go, The Riddle qui n'a évidemment rien à voir avec ce con de Nik Kershaw, ou bien encre Lullaby. Un disque pareil, quand on l'a, on ne le lâche plus. J'ajoute pour finir qu'en plus d'être parfait, musicalement parlant, de bout en bout, d'avoir une superbe production, l'album se paie le luxe de sortir sous une pochette qui laisse rêveur (et avec un verso de pochette sobre, sur fond noir, et au graphismme et lettrage rappelant encore une fois le bon vieux temps du psychédélisme de la fin des 60's), ce qui ne gâche rien. Non, vraiment, je ne vois rien à dire de négatif au sujet de Cabinet Of Curiosities. Je terminerai juste en disant que, pour Jacco Gardner, le deuxième album, quel que soit le moment où il sortira, sera une terrible gageure : faire mieux que ce premier opus me semble difficile, voire impossible. S'il arrive à faire mieux, imaginez quel sera le niveau de l'album ! En attendant, ce premier opus est tout simplement, pour moi, et pour le moment, le disque de l'année, juste devant le Bowie, le Nick Cave et le Endless Boogie (oui, je sais, l'année n'est pas finie, elle ne fait même que commencer, et d'autres merveilles nous attendent, attendues ou surprises, mais Cabinet Of Curiosities, croyez-moi, va tenir la route pendant longtemps). Anthologique !

Clear The Air

The One Eyed King

Puppets Dangling

Where Will You Go

Watching The Moon

Cabinet Of Curiosities

The Riddle

Lullaby

Help Me Out

Summer's Game

Chameleon

The Ballad Of Little Jane