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 Oui, la pochette est décevante. Après tout, ce n'est ni plus ni moins que la pochette d'un des anciens albums de Bowie, outrancièrement trafiquée, avec le titre rayé et un gros carré blanc (avec, à l'intérieur, sobrement, le titre du nouvel album) au centre, bouffant quasiment tout le visuel de la pochette originale. David Bowie n'a fait que reprendre la pochette du mythique "Heroes" de 1977 (y compris le verso de pochette vinyle : au dos du boîtier CD, on distingue un peu les titres des morceaux de "Heroes", qui sont aussi bouffés par un gros cadre blanc contenant les titres des morceaux du nouvel album), et on se demande bien pourquoi. Si encore "Heroes" datait de 1973, ou de 1983, ou de 1993, bref, d'une année en 3 (autrement dit, qui fêterait, en 2013, ses 40, 30, 20 ou 10 ans, ce genre), ou si ce nouvel album, The Next Day donc, était sorti en 2007, année des 30 ans de l'album "Heroes", on aurait eu une idée du pourquoi du comment d'une telle pochette (rendre hommage à ce disque culte). Mais en 2013, ça semble un peu étonnant. OK, Bowie veut sans aucun doute rendre hommage à ce disque mythique, assurément une de ses plus grandes réussites artistiques. Mais pour originale qu'est l'idée de pochette, elle est aussi franchement fainéante, non ? A l'intérieur de la pochette digipack (cartonnée) ouvrante en triptyque, on a d'abord deux pans recouverts, pour l'un, d'un cadre noir brillant sur fond noir, et de l'autre, une photo de Bowie, récente, cachée par un cadre blanc. On continue de déplier, et on voit la même photo, non masquée, et le CD. Et un livret dépliant qui reproduit, en teintes jaunâtre/orangée, la pochette de The Next Day, avec les crédits, et, au dos, à la queue leu leu, les paroles des morceaux (à la suite, sans séparation, pas même les titres des morceaux pour les distinguer les uns des autres). Voilà pour l'artwork, qui est, je trouve, assez frustrant.

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Mais c'est bien la seule chose de frustrante que je trouve à dire au sujet de ce nouvel album bowien. Parce que, musicalement, je dois dire que ce jour suivant est remarquable. Mais avant de commencer à parler des 14 morceaux (- ! - et pour 53 minutes, aucun morceau ne fait plus de 4,40 minutes, le plus court fait 2 minutes de moins que le plus long, calculez donc sa durée et l'âge à Roger), on va parler un peu de Bowie. Putain, que ça fait du bien de le voir de retour, le mec ! Impossible de parler de l'album sans parler de ce fait : jamis un délai aussi long entre deux albums de Bowie. Lui qui, dans la période 1969/1980, avait sorti un album par an (et parfois même deux), et qui, par la suite, ralentira quelque peu la cadence (un disque tous les 2/3 ans, autrement dit, tout ce qu'il y à d'acceptable), a mis 10 ans, 10 bon Dieu d'années, entre Reality (2003, album ma foi pas mal, mais pas extraordinaire) et The Next Day. Entre temps, tout y est passé, niveau rumeurs : il aurait décidé d'arrêter sa carrière ; il aurait été (et l'a en effet été) malade ; il serait même mort... cette dernière rumeur n'a pas tenu longtemps, d'autant plus que quelques participations amicales à des albums d'autres artistes (Scarlett Johansson ; plus des participations à des concerts d'Arcade Fire ou de David Gilmour), plus une ou deux apparitions publiques, ont tué dans l'oeuf cette rumeur morbide. Non, Bowie n'est pas mort, il respire, ses ongles et ses cheveux poussent encore. Et si certaines rumeurs l'annoncaient affaibli par une maladie (il a subi une angioplastie il y à quelques années, après la sortie de Reality, bref, pendant les 10 ans de sa 'pause'), il est de retour, et vocalement, et artistiquement, le gugusse est en forme. On espère juste, a) que The Next Day sera suivi d'autres albums, et b) qu'il ne mettra pas aussi longtemps à en refaire un (il a 66 ans cette année, le David Jones, tout de même). Bref, on espère que la machine infernale est relancée et que des pièces détachées soient à portée de main en cas de réparation éventuelle.

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Après, on parle de l'album. Et celui-ci a été précédé de deux singles : Where Are We Now ? et son clip étrange, et ses paroles qui abordent la période où Bowie a vécu à Berlin-Ouest, et The Stars (Are Out Tonight), deux excellentissimes chansons qui ont bien foutu la gaule en attendant le 11 mars, date de sortie de l'album. Ces deux chansons sont évidemment en bonne place sur The Next Day, dont l'annonce de la sortie a surpris tout le monde, en début d'année : un gros coup médiatique à n'en pas douter, et une belle grosse surprise pour les fans, surtout, qui ont dû se ruer comme des lemmings face à une falaise le 11 mars dernier dans toutes les FNAC, Virgin Mégastores (en attendant qu'ils ferment...putain d'époque...), Cultura, Le Grand Cercle et autres disquaires, afin de se payer un exemplaire de ce disque. Ce disque, Bowie l'a enregistré à New York et l'a coproduit avec Tony Visconti. Musicalement, on y retrouve Tony Levin (basse), Earl Slick (guitare), Tony Visconti (guitare), Gerry Leonard (guitare), Zachary Alford (batterie), Gail Ann Dorsey (basse), Bowie joue des claviers ou de la guitare, ça dépend des morceaux... Lire les crédits est une épreuve, tout est à la chaîne, une enculade de crédits, morceaux par morceaux, la durée des chansons est même écrite en lettres, aucune séparation... Bon, allez, suffit, on parle de l'album, musicalement parlant. Vous allez me dire enfin, je ne saurais vous donner tort.

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Autant le dire tout de suite, cet album est remarquable (je l'ai déjà dit plus haut, de toute façon). The Next Day, qui s'ouvre sur la chanson-titre (3,30 minutes, environ, de bonheur au refrain révélateur : Here I am, not quite dying), est un petit chef d'oeuvre rock qui offre 14 chansons mémorables. Les deux singles, Where Are We Now ? (mélancolique au possible) et The Stars (Are Out Tonight) (plus pêchu), sont absolument grandioses, mais il ne faut vraiment pas limiter l'album à ces deux chansons. Chanson la plus courte de l'opus, Dirty Boys (2,58 minutes) délivre une énergie quasi punk, et ce, magré un saxophone ténor très avant-gardiste. The Next Day, How Does The Grass Grow ?, Love Is Lost, Heat, Valentine's Day (qui pourrait très bien être un futur single) sont du même acabit (pas forcément pour l'énergie punk : Heat est plus reposant ; mais pour le niveau d'excellence), et je dois dire, pour résumer, être bien à la peine quant à dire quelle chanson, des 14, est la moins percutante. Dancing Out In Space, éventuellement, mais c'est vraiment élargir l'anus des mouches pour peu de chose ; ce morceau étant, tout de même, vraiment bon. Je ne peux, ici, qu'achever ma chronique en disant ces dernières choses : sous sa pochette décevante, The Next Day est un grand, grand cru de Bowie. Un disque qui, par moments (de nombreux moments, en fait !), fleure bon le Bowie cuvée mid-70's. C'est sans doute pour ça que la pochette reprend celle de "Heroes", au fond, car le disque semble, parfois, dater de 1977. Tout en étant musicalement encore plus musclé parfois (la chanson-titre, une furie ! La voix de Bowie quand il arrive au refrain, c'est terrible). A noter qu'Earl Slick, qui joue sur l'album, fut de l'aventure Bowie de Station To Station et Low (1976 et 1977), que Tony Levin est un vieux de la vieille du rock 70's et 80' (Peter Gabriel, Brian Eno, King Crimson...)... Précisons aussi que la batterie du plus jeune Zachary Alford (pas la première fois qu'il joue sur un Bowie) est tuante dans les morceaux les plus rock. Précisons, enfin, pour finir, que si vous êtes fan de Bowie, il vous est interdit de ne pas écouter ce disque. Est-ce son meilleur depuis Scary Monsters (& Super Creeps) de 1980 ? Clairement. En fait, et c'est sans doute là aussi une explication de l'autoplagiat de la pochette : The Next Day est le meilleur album de Bowie depuis "Heroes" , tout simplement. Vous pensez que j'en rajoute ? Ecoutez l'album !

The Next Day

Dirty Boys

The Stars (Are Out Tonight)

Love Is Lost

Where Are We Now ?

Valentine's Day

If You Can See Me

I'd Rather Be High

Boss Of Me

Dancing Out In Space

How Does The Grass Grow ?

(You Will) Set The World On Fire

You Feel So Lonely You Could Die

Heat