NY7

Après Harvest (1972) et Harvest Moon (1992), Neil Young, en 2005, publie le dernier volet de sa trilogie : Prairie Wind. Trois albums pas conçus comme une trilogie, mais vus comme tels par les fans et les critiques musicaux. Trois albums essentiellement acoustiques (enfin, semi-acoustiques), a prédominance country/folk. Harvest est un chef d'oeuvre et une des plus grandes ventes d'albums de Neil (la plus grande, en fait) et de l'histoire du rock, un disque fédérateur (parmi les gens ne possédant qu'un seul disque de Neil, beaucoup possèdent celui-là). Harvest Moon est sans doute encore plus beau, avec des chansons magnifiques. Prairie Wind, quant à lui, est...comment dire...décevant. Je ne le classe pas en ratages musicaux, mais de justesse. En même temps, il faut reconnaître que depuis Broken Arrow en 1996, Neil Young a vraiment déçu son monde : Silver & Gold (2000) est assez moyen, Are You Passionate ? (2002), malgré la participation de Booker T. & The M.G.'s, est nul, Greendale (2003) est pas mal, mais trop long, trop de chansons interminables (trois des dix chansons dépassent 10 minutes, l'album dure 78 minutes pour, donc, 10 chansons) et un concept assez fumeux (la vie dans une petite ville fictive de Californie) ; et ce Prairie Wind est un disque qui semblera d'abord intéressant, pour finalement retomber comme un soufflé mal cuit au bout de quelques chansons. On notera une pochette vraiment sympa, teintes sépia (au dos du boîtier, deux enfants, dont Neil). On notera cependant que le livret dépliant (grain de papier sympa, assez habituel de Neil depuis Mirror Ball) est à ranger, dans le boîtier, avec la pliure vers l'ouverture du boîtier, contrairement à l'habitude : la photo de pochette (une femme étendant du linge) possède le titre de l'album imprimé sur la gauche plutôt que sur la droite. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je pense que vous voyez ce que je veux dire. C'est au final assez chiant, de remettre le livret dans ce sens (risque d'abimer les feuillets, vu que le livret est, plié, assez épais, rapport au grain de papier), à moins de le ranger correctement, mais dans ce cas, vous n'avez pas le titre de l'album face à vous ! Voir lillustration juste en-dessous, on voit bien la pliure.

NY8

Prairie Wind, long d'une cinquantaine de minutes pour seulement 10 titres, n'est pas à chier, c'est pour ça que je ne classe pas en ratages. Mais il faut avouer que bien peu de choses surnagent de ce disque sans grande originalité, et qui fait vraiment pâle figure par rapport à Harvest et Harvest Moon. Au sujet de ce dernier album, sa chanson-titre, magnifique (et que Pearl Jam reprendra, comme je l'ai déjà dit), a été l'occasion, pour le Loner, de s'autoplagier, sur Prairie Wind, via This Old Guitar, qui reprend le riff délicat d'Harvest Moon (c'est franchement flagrant, pour ceux qui connaissent la chanson). C'est assez con, je trouve. Si Neil voulait faire un clin d'oeil à l'album de 1992, OK, mais il y avait autre chose à faire. Et puis, vu que Prairie Wind est nettement moins bien, ça accentue un peu le fait que cet album fait pâle figure par rapport aux deux autres volets de la trilogie, si trilogie il y à. On a quand même de belles choses, ici : No Wonder, Prairie Wind, le plutôt enlevé He Was The King qui rend hommage à Elvis Presley ou bien Falling Off The Face Of The Earth. Mais dans l'ensemble, peu de choses parviennent à susciter de l'attention chez l'auditeur, qui écoutera ce disque avec un ennui poli et aura sans doute, en reposant le CD dans son boîtier, la ferme intention de ne pas réécouter l'album avant un petit moment (contrairement à Ragged Glory, Harvest Moon, Sleeps With Angels ou Chrome Dreams II qui, eux, donnent directement envie de remettre ça), s'il le réécoute.

NY9

Bref, si le Loner a fait pire dans sa carrière (Trans, Everybody's Rockin', Landing On Water, Hawks & Doves, Broken Arrow, Are You Passionate ?) et fera pire (Americana, en 2012, sorti peu de temps avant le fantastique Psychedelic Pill, est très plat, sans intérêt, et Fork In The Road est également mauvais), ce disque n'en demeure pas moins un opus assez mineur, secondaire, du Loner. Un album bien produit (ça, c'est clair), et qui s'écoute sans grand problème, mais d'une oreille distraite. Dans un sens, c'est pire que si l'album était nul (ce qu'il n'est pas), car il est insignifiant. Joli, mais sans grande âme. Un disque de plus, donc, qui ne change rien à deux choses : Neil Young est un grand artiste, et entre la fin des années 90 et le milieu des années 2000, il aura quelque peu raté son coup. Heureusement, Chrome Dreams II, l'album suivant (2007), sera une totale réussite, une vraie.

The Painter

No Wonder

Falling Off The Face Of The Earth

Far From Home

It's A Dream

Prairie Wind

Here For You

This Old Guitar

He Was The King

When God Made Me