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 Fallait bien que ça arrive. Une légion de grands albums entre 1989 et 1995, et vlan, boum, en 1996, Neil Young s'effondre. Il suffira d'un seul disque pour ça. Un disque qui, sans être aussi pourri que Landing On Water (1986), se paie le luxe d'être son moins bon depuis Landing On Water, justement. Cet album, offrant 8 titres (9 pour le vinyle) pour 47 minutes, c'est Broken Arrow, titre qui n'apparait pas sur le recto de pochette (on a une flêche brisée qui symbolise ce titre, à la place), et qui veut dire pas mal de choses : c'est le symbole indien pour une défaite (pour le coup, c'est bien vu...), c'est le nom du ranch de Neil Young, et c'est le nom d'une chanson de Buffalo Springfield interprétée par Neil Young (sur Buffalo Springfield Again de 1967). Neil est ici entouré de son Crazy Horse. La seule chose réellement réussie de ce disque, dans un sens, est sa pochette, bien qu'elle ne fasse pas partie des meilleures du Loner (c'est toujours plus beau que Re.ac.tor, Harvest, Landing On Water ou Zuma). Elle est bien dans le style du titre de l'album (pour le symbolisme indien). Vu le nom du groupe du Loner, on sent qu'il a toujours été passionné par les Indiens d'Amérique... L'album offre donc 8 titres, et sur ces 8 titres, un est une reprise, Baby What You Want Me To Do, un morceau de Jimmy Reed à la base. Cette reprise, qui achève le disque, dure la bagatelle de 8 minutes, et est captée live au cours d'un concert californien. La prise de son y est déplorable, on croirait à un bootleg. Entre ça et la durée éreintante, c'est une bien médiocre manière d'achever l'album...Dommage, vu que le Loner ne foire pas la reprise, à part ça.

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Le reste de l'album est donc constitué d'inédits. Le Loner a bizarrement agencé son album : il s'ouvre sur trois très longs morceaux (au minimum : 7 minutes !), qui totalisent environ 25 minutes (soit un peu plus de la moitié de l'album). La suite est constituée de quatre courts morceaux (4,15 minutes au maximum, 2,20 minutes minimum), puis de cet ultime titre, live, dont je viens de parler. Autant le dire tout de suite, Broken Arrow ne renferme aucun classique du Loner. A la rigueur, le court Changing Highways (le plus court ici) et Big Time (7,25 minutes) sont pas mal, mais j'ai bien dit 'à la rigueur'. En réalité, les morceaux sont soit trop longs (Loose Change : 9,50 minutes ; Slip Away : 8,35 minutes), soit trop courts (This Town : 3 minutes). Et vraiment, aucun, aucun, n'est d'un niveau correct. Un mélange entre acoustique et électrique, et dans les deux cas, c'est peu inspiré. Trois longues décharges jammesques électriques en intro, le son est fort, mais rien ne décolle vraiment (pour le coup, on peut vraiment parler de débauche d'énergie pour rien), et des petits morceaux assez lo-fi pour certains, de la country-folk à la Harvest/Harvest Moon, mais sans originalité aucune là aussi. Quand on pense que c'est le même Neil qui, un an plus tôt, livrait Mirror Ball, et encore un an avant, Sleeps With Angels, et, encore avant, Ragged Glory, Weld, Harvest Moon...

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Non, vraiment, Broken Arrow est un mauvais cru du Loner, et c'est un fan qui le dit. C'est vraiment pas bon, inintéressant, un disque à ne réserver qu'aux fans complétistes, ceux qui veulent tout avoir de Neil Young, et uniquement eux. Et même eux seront déçus. Neil Young mettra quatre ans (si on excepte le live Year Of The Horse, accompagné d'un film du même nom de Jim Jarmusch, sorti en 1997) pour refaire un disque, et ça sera Silver & Gold, meilleur mais pas non plus grandiose. Pour avoir à nouveau un grand opus du Loner, il faudra attendre... 2007 et Chrome Dreams II ! Oui, je sais, ça fait boob de lire ça, mais c'est hélas la vérité... Bref, Broken Arrow est un disque mineur, très mineur, quasiment à oublier.

Big Time

Loose Change

Slip Away

Changing Highways

Scattered (Let's Think About Livin')

This Town

Music Arcade

Baby What You Want Me To Do