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Dans quelques jours (d'ici une dizaine de jours précisément) sortira le nouvel album des Canadiens Arcade Fire. Ca sera leur quatrième, et il sera double (bien qu'apparemment, tout pourrait tenir sur un seul CD, à en croire la page Wikipedia de l'album, qui indique les durées des titres), et s'appellera Reflektor. Dire que j'ai hâte de l'acheter et de l'écouter équivaudrait à dire que j'ai hâte de manger quand arrive midi. Je sais qu'on peut d'ores et déjà écouter l'album sur le Net, mais je préfère attendre d'avoir le CD en pogne pour ça ! S'il est aussi bon que les trois précédentes livraisons, ça risque de promettre fort. En attendant que je puisse donner un avis sur Reflektor, je le dis ici tout haut, quelques mois à peine après ma première chronique de l'album (c'était en mars dernier !) : The Suburbs, sorti en 2010, troisième et, donc, pour le moment et pour peu de temps encore, dernier disque sorti d'Arcade Fire, est leur sommet. Et pourtant, avec les deux précédents opus, les Canadiens ont fait fort : Funeral, en 2004, avait considérablement marqué, aussi bien les rock-critics que les people (David Bowie se déclarera impressionné, il collaborera, sur scène, avec le groupe par la suite), on y trouve des chansons ahurissantes (les quatre segments de Neighborhood, Rebellion (Lies) ou In The Backseat), une interprétation marquante, un sens des mélodies, un éclectisme marqué... Tout au plus peut-on reprocher une production un peu brouillonne, dûe sans doute au manque de moyens. Trois ans plus tard, en 2007 donc, le groupe sort Neon Bible (au titre inspiré par le second et dernier roman de l'auteur maudit John Kennedy Toole), album attendu comme Lionel Messi (ah ah), qui marchera fort aussi, mais sera sans doute un chouia moins bien accueilli que Funeral (l'attente était trop forte). Production meilleure, sans doute un peu trop riche, l'album a été enregistré en partie dans une ancienne église, avec un authentique orgue liturgique... Trois ans plus tard encore, le groupe sort ce The Suburbs. Et trois ans après (2013 donc), ils sortent, bientôt, Reflektor ; apparemment, le groupe aime le chiffre 3, vu le délai entre chaque album !

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The Suburbs est un disque plus étendu que les deux précédents (et moins que le suivant). Funeral faisait 10 titres pour 48 minutes, et Neon Bible, 11 titres pour à peu près la même durée. The Suburbs offre 16 titres pour 65 minutes ! On pourrait penser à un disque trop dilué dans le temps, trop riche, trop long, inégal, pompeux... Rien de tout ça ! Pour tout dire, malgré qu'il soit nettement plus long et rempli que les deux précédents, The Suburbs (qui raconte une histoire, au sujet de la vie dans une banlieue-dortoir) passe plus vite que Funeral et Neon Bible ! La production est encore plus éclatante, Win Butler (chanteur, leader du groupe, un des rares Américains d'un groupe canadien) chante encore mieux (Régine Chassagne, sa compagne, aussi, sur les quelques morceaux qu'elle interprète), les classiques abondent à la pelleteuse et ce, dès le trio de tête, The Suburbs, Ready To Start et Modern Man. La première, avec son piano entêtant, est d'une douceur mélancolique de toute beauté, on est pris dans la mélodie, comme transi, le temps se congèle, ça dure 5 minutes (une des plus longues de l'album, la plus longue fait 5,25 minutes, pas plus) mais pourrait en fait en durer 1 tellement ça passe vite et bien. Ready To Start est bien rock, trépignante, tempo parfait, c'est pas du virevoltant à la AC/DC, pas du violent, mais c'est nerveux, et totalement anthologique dès la première écoute. Modern Man est un peu entre les deux, plus recherchée, moins nerveuse, mais pas douce non plus, parfaite aussi. Arrivé à la fin de ce troisième titre, 15 minutes, environ, viennent de passer, sans qu'on s'en rende compte. La suite est géniale aussi, Rococo, Empty Room chantée par Régine, bla-bla-bla, on passe d'une chanson à l'autre, d'une ambiance à l'autre, toujours avec ce petit frisson qui prouve qu'on écoute un chef d'oeuvre, ce qui est palpable dès la première écoute de The Suburbs. Half Light II (No Celebration) est une baffe dans la gueule, Month Of May est bien nerveuse, Wasted Hours et Deep Blue plus douces (cette dernière... putain que c'est beau, comment des la la la la la la la la peuvent-ils vous foutre autant de larmes à l'oeil, je me le demande...), sont anthologiques, idem pour We Used To Wait. Puis arrive le doublé Sprawl I (Flatland), chanté par Butler, et Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) chanté par Régine, et on est à genoux. Surtout cette dernière, très électro/new-wave, ce qui pourrait sonner daté, mais non, c'est d'une efficacité redoutable, dansant, mais marquant. The Suburbs (Continued), 1,25 minute de rappel du thème de la chanson-titre, achève idéalement un album qu'on a direct envie de réécouter en entier et d'un bloc une fois le CD arrêté.

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Oui, je pose la question : comment est-il possible de faire un album aussi magnifique, aussi quintessentiel ? Assurément le disque de 2010, The Suburbs est un de mes albums préférés, clairement, je l'écoute toujours avec le même bonheur, bien que je commence à le connaître par coeur. Ca ne fait pas si longtemps que ça que je le connais, d'ailleurs (depuis février dernier, si si si, j'ai rattrapé du retard concernant ce disque !), et le fait qu'il fasse partie de mes disques de chevet en dit long sur ce que je pense de lui. Musicalement inatteignable (sauf sans doute par le futur Arcade Fire, Reflektor ; je pense, personnellement, que faire mieux que The Suburbs est difficile, mais si ça se trouve, Reflektor sera effectivement meilleur ; réponse dans quelques jours sur le blog, une fois l'album acheté et écouté par mes soins !), ce disque est un des rares que je connaisse à ne pas souffrir de sa longue durée, alors que d'ordinaire, plus d'une heure de musique est quand même assez souvent synonyme d'album un peu longuet, inégal. Là, non, l'album semble même trop court par moments, son écoute passe comme s'il s'agissait d'un EP plutôt que d'un album de plus d'une heure. Tout simplement grandiose, que dire d'autre ? Vous ne connaissez pas ? Dès que possible, ruez-vous dans un magasin culturel, le plus proche de chez vous, ou filez sur le Net, et achetez-le, vous ne le regretterez pas.

The Suburbs

Ready To Start

Modern Man

Rococo

Empty Room

City With No Children

Half Light I

Half Light II (No Celebration)

Suburban War

Month Of May

Wasted Hours

Deep Blue

We Used To Wait

Sprawl I (Flatland)

Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)

The Suburbs (Continued)