NC1

Décidément, Nick Cave est à l'honneur en ce moment : après avoir parlé de son dernier album en date, j'ai décidé de vous parler d'un album plus ancien, sorti il y à quasiment 20 ans (enregistré il y à 20 ans), c'est à dire en 1994 : Let Love In. Pour Nick Cave, c'est un album important : il lui a permis de se faire découvrir du plus grand nombre, ses albums précédents étant au final très à part, underground, de leurs pochettes home-made aux morceaux qui s'y trouvent (Cabin Fever !, notamment...). Non pas que Let Love In soit un disque totalement accessible, mais comparé à From Her To Eternity, Your Funeral...My Trial, The Good Son ou même Henry's Dream (le précédent opus, un disque déjà un peu moins cintré que les autres), c'est plus mainstream, quelque part. Ca deviendra encore plus mainstream en 1996 avec le grandiose Murder Ballads qui renfermera un tube en duo avec Kylie Minogue, et un autre avec P.J. Harvey. Let Love In, lui, sous sa pochette assez christique (quelque part), est un disque qui a, selon les notes de pochette de sa réédition 2011, permis à plein de personnes ne connaissant pas Nick Cave d'en devenir fan. C'est plus facile de découvrir l'oeuvre barge et iconoclaste de l'Australien par cet album que par The Firstborn Is Dead ! Sans parler de son groupe précédent, The Birthday Party, des malades absolus...

NC2

Bon, allez, retour à Let Love In. L'album contient quelques chansons absolument immenses, faisant partie des classiques caviens en diable : Red Right Hand (avec un solo d'oscillateur qui, de l'avis de Cave lui-même, est sa plus grande réussite), I Let Love In, les deux parties (une rock, une autre plus calme) de Do You Love Me, Thirsty Dog, et surtout, surtout, Loverman, qui sera, quatre ans plus tard, repris, à la sauce heavy-metal, par Metallica sur leur album de reprises Garage Inc. (1998, donc). J'ai découvert la chanson via cette remarquable reprise, qui n'est pas beaucoup plus cintrée que l'originale, d'ailleurs. Elle est plus heavy (Metallica, normal), mais très fidèle. L'album ne propose pas que des grandes chansons : Jangling Jack, morceau le plus court (moins de 3 minutes), morceau très speedé, agressif, violent, punk, est, aussi, franchement passable. Heureusement, c'est bien le seul morceau de l'album à propos duquel on peut dire qu'il ne vaut pas le coup, le reste étant d'un niveau impeccable : Red Right Hand, le très rock et musclé (mais plus abouti que Jangling Jack !) Thirsty Dog, Ain't Gonna Rain Anymore... Loverman, avec son alternance parfaite entre douceur (couplets) et violence furieuse (refrains : quand Cave rugit Lovermaaaaaan ! I'm your lovermaaaan !, électrochoc !), cette tension, cette folie latente chère à Cave, Loverman, donc, est clairement le sommet de Let Love In. I Let Love In et Red Right Hand passent juste derrière.

NC3

Interprétation bluffante de l'Australien, musiciens en forme (Blixa Bargeld, Thomas Wydler, Martyn P. Casey, Mick Harvey... Les Bad Seeds circa 1994, quoi), production épatante, morceaux démentiels, durée pas trop longue (47 minutes, 10 titres), Let Love In est au final un des classiques de Nick Cave & The Bad Seeds. Un album charnière, pont entre la première période de Nick Cave et la suivante (plus accessible). Un disque majeur pour cet artiste insaisissable et, lui aussi, majeur de la scène rock internationale. Epatant.

Do You Love Me

Nobody's Baby Now

Loverman

Jangling Jack

Red Right Hand

I Let Love In

Thirsty Dog

Ain't Gonna Rain Anymore

Lay Me Low

Do You Love Me (Part II)