IP1

Iggy Pop a eu une carrière d'enfer. Pourquoi je parle de lui au passé, alors qu'il n'est (heureusement, d'ailleurs !) pas mort ? Ben, ses deux derniers albums, Préliminaires et Après, ne sont pas bons. Il y chante globalement dans la langue de Molière (reprenant La Chanson De Prévert, ou bien Et Si Tu N'Existais Pas), et ce n'est pas pour ça que c'est mauvais, mais, bon, c'est quand même mauvais, y à pas à tortiller du cul pour chier droit. Pourtant, ayant démarré sa carrière comme chanteur au sein des fuckin' Stooges, et ayant démarré sa carrière solo en 1977 (après un peu d'HP, internement volontaire) grâce à David Bowie qui a produit The Idiot et Lust For Life (1977 tous deux), Iggy, James William Osterberg de son vrai blaze, a eu une carrière d'enfer : New Values est pas mal, Brick By Brick et Skull Ring sont excellents... Bon, OK, il y à aussi Instinct, Beat 'Em Up, Soldier, Blah Blah Blah qui ne sont pas bons, et Avenue B est pas mal mais pas transcendant, Zombie Birdhouse aussi...mais, fuck, on touche pas à Iggy, c'est comme Bowie et Lou Reed : des albums moyens par moments (années 80...), mais dans l'ensemble, pas touche, connard. Ca reste Iggy, LE mec, qui montre son tutube en live, se tartine le poitrail de beurre de cacahuette, chante torse nu, ne s'est pas coupé les tifs depuis des années, et possède toujours ce regard bleu clair perçant, ce sourire carnassier, cette voix rageuse, et cette cool attitude absolue. LE man, quoi.

IP3

En 1993, alors qu'il est dans une période plutôt pas mal : son précédent opus, Brick By Brick (1990), très punk, est une réussite qui a fait oublier des années 80 difficiles. Entouré de killers (Eric Schermerhorn à la guitare, Hal Cragin à la basse, Malcolm Burn à la guitare et aux claviers, Larry Mullins à la batterie), pas des mecs connus mais des musiciens efficaces, Iggy enregistre, à la Nouvelle Orléans et à New York (aux studios Bearsville chers à Todd Rundgren), un disque long (75 minutes, 17 titres !), sans doute un peu trop long, mais fondamental, sans aucun doute son meilleur album des années 90, et même son meilleur depuis Lust For Life en 1977 : American Caesar. Sous sa pochette fédératrice avec un macaron avertissant les parents ('ceci est un disque d'Iggy Pop'), parodiant le fameux Parental Advisory : Explicit Lyrics, l'album, produit par Malcolm Burn, est une bombe alternant entre furies punk (Perforation ProblemsWild America, Hate, Plastic & Concrete, Boogie Boy) et chansons plus calmes (Social Life, le grandiose Beside You, Fuckin' Alone, Mixin' The Colors), avec aussi une reprise du standard de rock Louie Louie (des Kingsmen, chanson reprise plein de fois, et ayant servi de base pour les riffs de chansons telles que Sweet Jane du Velvet Underground ou Be My Lover d'Alice Cooper) qui dépote bien (le piano saccadé, sur ce titre, est identique à I Wanna Be Your Dog des Stooges), et avec des paroles un peu différentes, par Iggy ; et un Caesar de 7 minutes totalement cintré (un spoken-word efficace sur fond musical inquiétant et minimaliste)...

IP2

En forme olympique, Iggy Pop livre ici un disque très généreux, sans doute même trop généreux, il faut avouer que 75 minutes, c'est balèze. Mais American Caesar est un des meilleurs opus de l'Iguane, malgré sa durée très en phase avec son époque (dans les années 90, les artistes/groupes profitaient pleinement des nouvelles technologies : puisqu'on pouvait farcir un CD jusqu'à la gueule avec plus de 70 minutes de musique, autant ne pas s'en priver ; mais le problème, c'est qu'il est très difficile de remplir un CD avec 70 minutes et + de grande musique, on a le plus souvent des albums inégaux, qui seraient meilleurs avec une durée plus concise). On a quand même des albums géniaux, parmi ceux qui durent vraiment longtemps (Disintegration de The Cure, Time Out Of Mind de Dylan, Chinese Democracy des Guns'n'Roses, A Bigger Bang des Stones, et cet album). American Caesar, bien que long, s'impose vraiment comme un des meilleurs albums d'Iggy, et même comme son dernier grand disque, et son meilleur depuis 1977. Un disque long, mais farci de grandes chansons, Beside You, Caesar, Wild America, Mixin' The Colors, la reprise de Louie Louie, Social Life, Fuckin' Alone... Du grand Iggy Pop.

Character

Wild America

Mixin' The Colors

Jealousy

Hate

It's Our Love

Plastic & Concrete

Fuckin' Alone

Highway Song

Beside You

Sickness

Boogie Boy

Perforation Problems

Social Life

Louie Louie

Caesar

Girls Of N.Y.