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En 1976, Neil Young a pour but de réaliser deux albums, deux albums qui, au final, ne se feront pas, et dont les morceaux seront utilisés pour d'autres albums (American Stars'n'Bars, Rust Never Sleeps, Hawks & Doves). Ces albums s'appellent Homegrown et, surtout, Chrome Dreams. Ce dernier opus, jamais sorti donc, devrait sortir en tant que partie intégrante du prochain coffret Archive Vol 2 de Neil Young, au même titre que le fameux live de 1973 Times Fades Away (jamais sorti en CD), selon le Loner lui-même. Au moment de faire cette déclaration dans la presse, Neil Young sortait un nouvel album, c'était en 2007, et ce nouvel album, considéré par la presse rock comme son meilleur depuis une quinzaine d'années (ce qui ramène à Sleeps With Angels, 1994, en fait, ce qui ne fait pas 15, mais 13 ans ; pour moi, c'est son meilleur depuis Mirror Ball de 1995, fait avec Pearl Jam, précisément, ce qui ne fait pas 15, mais 12 ans, là ! Enfin bref, vous m'avez compris, c'est son meilleur depuis plus de 10 ans), ce nouvel album, donc, s'appelle... Chrome Dreams II. Marrant d'appeler ce disque d'après un album jamais sorti et considéré comme culte chez les fans du Loner (en raison de son inexistence physique) ! Neil Young s'en explique : le titre de l'album de 2007 lui est venu naturellement, il trouvait que Chrome Dreams sonnait parfaitement pour l'album, mais, ce titre ayant déjà été pris (malgré que l'album n'est jamais sorti, son existence à l'état de projet n'a jamais été un secret), il a rajouté un II derrière, tout simplement. Enregistré avec Crazy Horse, Chrome Dreams II offre 66 minutes de musique pour 10 titres. Certains sont courts, mais deux d'entre eux, mis ensemble, offrent rien de moins que la moitié de la durée de l'album : No Hidden Path dure 14,30 minutes, et Ordinary People, 18,15 minutes !

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 Sous une pochette de merde (décidément, le Loner n'a que rarement eu de la chance avec ses artworks... Pour un On The Beach et un Everybody Knows This Is Nowhere, combien de Fork On The Road, Re.ac.tor, American Stars'n'Bars ou Harvest ? Je parle des visuels, même si pas mal de ces albums aux vilaines pochettes sont, musicalement, ratés aussi, sauf le dernier cité), Chrome Dreams II est un régal alternant entre folk et rock teigneux. L'album s'ouvre sur deux merveilles folk, Beautiful Bluebird et Boxcar, deux titres sublimes qui ne préparent en rien au cataclysme du troisième titre, qui n'est autre qu'Ordinary People. Ce morceau datant apparemment de la période This Note's For You (1988), mais qui a sans doute été réenregistré en 2007, est le sommet de l'album, et pas seulement parce qu'il dure 18 minutes. Non, c'est tout simplement un chef d'oeuvre, une chanson forte, avec la rage en d'dans (comme le chantait Higelin), virulente, interprétée avec passion et efficacité, et avec des guitares sensationnelles, une section rythmique (la batterie de Ralph Molina, la basse de Billy Talbot...) d'enfer et des cuivres efficaces venant contrebalancer le propos avec élégance. Que dire d'autre, sinon que les 18 minutes passent comme si le morceau était deux fois plus court au moins ? La suite peut, après, sembler un peu plate, elle ne l'est pas, mais n'importe quel autre morceau de Chrome Dreams II, même No Hidden Path (et son quasi quart d'heure), semblerait plat après Ordinary People. Les morceaux suivants, c'est la déchirante ballade Shining Light, puis le très soul The Believer, puis le très excellent Spirit Road, puis le rock efficace de Dirty Old Man. Even After est excellent aussi, mais en avant-dernière position, No Hidden Path explose tout, encore une fois, le second sommet de l'album, et là aussi, pas à cause (ou grâce à) sa durée. Immense. The Way, en final, avec ses chants d'enfants, semble un peu anodine. Le morceau, avec 5 minutes, est juste trop long, en fait, mais à part ça, il est bon !

NY8

Au final, donc, on tient un sommet du Loner. Son meilleur depuis 1995 et Mirror Ball. Et il faudra attendre 2012 pour un album aussi réussi (Psychedelic Pill, le tout-récent). Chrome Dreams II, enregistré à l'ancienne, est un grand cru de Neil Young, sans doute un de ses 10 meilleurs albums. Après quelques albums fadasses au début de la décennie 2000 (Are You Passionate ?, Greendale, Prairie Wind), le Loner remet les pendules à l'heure avec ce disque qui n'est raté que pour sa pochette. Tout simplement quintessentiel, un disque majeur d'un artiste majeur... Monstrueux !!

Beautiful Bluebird

Boxcar

Ordinary People

Shining Light

The Believer

Spirit Road

Dirty Old Man

Even After

No Hidden Path

The Way