NY1

Quand Neil Young le veut, il se sort les doigts du cul. Il l'a prouvé maintes fois : après avoir sorti des albums assez moyens, voire ratés, il parvient toujours à redonner espoir à ses fans en sortant un chef d'oeuvre, ou tout du moins un grand disque. American Stars'n'Bars était plat ? Rust Never Sleeps viendra deux ans plus tard. Les années 80 furent difficiles ? Elles laissent place à une enfilade d'albums monstrueux au début des années 90 (de Ragged Glory en 1990 à Mirror Ball en 1995). Quelques disques fadasses dans les années 2000, comme Greendale, Prairie Wind, Are You Passionate ? ou Silver & Gold ? Calmez-vous, Neil sortira Chrome Dreams II. L'après Chrome Dreams II est décevant (Fork In The Road, Americana) ? On le retrouve, quelques mois après Americana, avec Psychedelic Pill ! Là, pour le coup, c'est du lourd : c'est un double album studio, son premier depuis Journey Through The Past en 1972 (qui n'était pas à proprement parler un album studio, en même temps), et même son premier double album studio en format CD (certains albums studio assez longs sortiront en double vinyle, quand ils sortiront sous ce format, mais sont, tout de même, simples en CD, comme Ragged Glory). Bref, son disque studio le plus long (Journey Through The Past, double vinyle, ne dure cependant que 60 minutes). Avec seulement 9 titres ! Et encore, un de ces titres est un bonus-track ; il n'y à en fait que 8 titres sur Psychedelic Pill. 4 par CD (enfin, le CD 2 en contient 5, vu qu'il y à le titre bonus). Le CD 1 dure 50 minutes, et le CD 2, 35 en comptant le titre supplémentaire (si on le retire, ça fait 32 minutes). Bref, en tout, Psychedelic Pill dure quelques 85 minutes, ce qui n'est pas excessivement long, mais suffisamment pour imposer deux CDs.

NY2

L'album, enregistré avec Crazy Horse, contient des morceaux issus des mêmes sessions que pour Americana (lequel était un disque de reprises assez sympa, mais un peu inégal et mineur tout de même). Pour Psychedelic Pill, Neil s'est fait plaisir, offrant notamment trois cavalcades très très longues (un titre de 16,30 minutes : Walk Like A Giant, qui se termine cependant sur quelques minutes de drone larsénique assez inutiles ; un titre de 16,50 minutes, Ramada Inn, remarquable ; et... Driftin' Back, qui ouvre le bal avec 27,30 minutes, c'est son morceau studio le plus long (et son morceau le plus long si on veut bien oublier l'improvisation live éponyme qui, en 35 minutes sur une seule plage audio, occupe l'intégralité du live Arc de 1992). Certains diront que le morceau est trop long. Certes, il aurait pu être raccourci. Mais quelle puissance ! Une cavalcade de chevaux fous (c'est l'expression qui convient, vu le groupe...), qui n'est pas très originale (la mélodie est peu variée), mais est totalement maitrisée. Je dois dire que malgré la durée éprouvante (d'autant plus que c'est le premier morceau du premier CD - qui contient aussi Ramada Inn, et deux titres largement plus courts, dans les 3 minutes chacun), je ne me suis pas fait chier une seconde. Les morceaux les plus courts sont excellents aussi, Born In Ontario (morceau autobiographique, on s'en doute) est super, et le morceau-titre n'a qu'un seul défaut : un abus de déphasage dans le mix, le son est outrancièrement saturé. C'est pour ça que le morceau est reproposé en bonus-track en final du second disque, dans une version alternative plus sobre, niveau production (et meilleure). La version originelle située sur le CD 1 est dans le style Ragged Glory/face B de Rust Never Sleeps, mais en puissance mille ! Le CD 2 s'ouvre sur le court et efficace Twisted Road, hommage aux 60's (Neil y parle du Like A Rolling Stone de Dylan qui a changé sa vie, il y parle du Grateful Dead, aussi), et on continue avec le plus long (8 minutes) She's Always Dancing, sublime ; For The Love Of Man (4,15 minutes), qui est pas mal du tout (le morceau me branchant le moins, mais c'est pas mal) et le final dantesque Walk Like A Giant. Démentiel malgré son final à rallonge, le morceau, en réalité, s'achevant vraiment vers 13 minutes, voire un petit peu avant. Puis le bonus-track, qu'il est impossible, pour une fois, de mettre de côté, il fait, pour moi, partie intégrante de l'album.

NY3

Psychedelic Pill est certes assez imposant, avec ses trois longs, très longs titres (ce n'est cependant pas rare chez Neil de trouver des titres de plus de 10 minutes : Ragged Glory, Chrome Dreams II, Greendale, Sleeps With Angels offrent des morceaux longs ; néanmoins, pour Driftin' Back et compte tenu du faible nombre de morceaux et des deux CDs, c'est un cas à part, ce nouvel album !), mais c'est vraiment une belle réussite. Un disque pour fans, essentiellement, car je comprendrai mal, quelque part, que quelqu'un ne connaissant rien ou presque du Loner décide de découvrir ce remarquable artiste par le biais de cet album. Mieux vaut passer d'abord par les classiques Harvest, Rust Never Sleeps, Zuma, Everybody Knows This Is Nowhere et After The Gold Rush (pour ne citer qu'eux). Mais si vous aimez Neil Young, ruez-vous dessus ! En prenant patience, cependant, vu la longueur des morceaux, ça peut sembler épuisant pour certains !

CD 1

Driftin' Back

Psychedelic Pill

Ramada Inn

Born In Ontario

CD 2

Twisted Road

She's Always Dancing

For The Love Of Man

Walk Like A Giant

Bonus-track :

Psychedelic Pill (alternative version)