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Ce disque a beau offrir trois chansons réellement mauvaises, il n'en demeure pas moins un chef d'oeuvre. Ou peu s'en faut. Ce disque ? Wrecking Ball, de Bruce Springsteen, sorti l'an dernier (2012 donc), et son dernier album studio en date. Dédié au saxophoniste de son E Street Band de groupe, Clarence Clemons, qui est décédé en 2011 juste après l'enregistrement du disque (il ne joue que brièvement, sur deux titres), ou pendant que le Boss l'enregistrait, c'est la troisième fois d'affilée qu'un disque studio du Boss est dédié à un de ses proches décédés, après Magic (2007) dédié à un assistant et ami, et après Working On A Dream (2009) dédié au claviériste du groupe, Danny Federici, mort en 2008, peu après son enregistrement. Décidément. Wrecking Ball est un disque sur lequel le E Street Band n'apparait pas, excepté Clemons sur deux titres, et le batteur Max Weinberg lui aussi sur deux titres, pas forcément les mêmes. Niveau batterie, on a un autre batteur, Matt Chamberlain, sur quelques titres, mais il me semble que, dans l'ensemble, la batterie soit assurée par Springsteen himself ! Niveau invités, Michelle Moore pose des voix sur deux titres, et le guitariste de Rage Against The Machine, Tom Morello, apparait lui aussi sur deux titres. Wrecking Ball, long de 51 minutes pour 11 titres, est un disque comptant parmi les plus engagés du Boss avec The Ghost Of Tom Joad et The Rising. Et est même sans doute le plus engagé, politiquement parlant. Le disque est en effet un gros coup de poing dans la gueule de cette putain de crise économico-sociale qui, actuellement, fout sa merde dans le monde entier. Le titre de l'album est une allusion aux chantiers de démolition ('boulet de destruction' : titre de l'album) qui ravagent les zones sinistrées par la crise, et notamment, concernant Bruce, Asbury Park, sa hometown, dans le New Jersey, un Etat qui n'avait pas besoin de la crise pour être déjà un peu sinistré.

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Cette excellente photo du Boss illustre le recto du livret

L'album, comme je l'ai dit, contient trois chansons franchement nulles : Easy Money, sorte de rock un peu bourrin, sans originalité aucune ; You've Got It, d'une banalité à faire pleurer un bloc de béton armé laissé sur un chantier abandonné en pleine nuit ; et Rocky Ground (qui suit You've Got It sur l'album), à moitié parasité par les parties vocales de Michelle Moore (qui fait même une sorte de petit rap/slam à un moment donné, aargh). Ces trois chansons empêchent Wrecking Ball d'être un chef d'oeuvre, mais ne l'empêchent pas de se ranger directement, au même titre que Working On A Dream, et même encore plus que ce dernier, dans mes préférés de Springsteen. Il faut dire que le reste est d'un excellent niveau : Shackled And Drawn (assez folk dans sa construction), Death To My Hometown (dans laquelle le Boss s'en prend à la crise qui a ravagé Asbury Park), les très rock We Take Care Of Our Own et Wrecking Ball, les tristes This Depression et Jack Of All Trades (deux chansons avec Tom Morello à la guitare ; Jack Of All Trades, sur un homme capable de travailler dans tout et n'importe quoi, tout ce qu'il faudra pour sauver sa famille de la crise, contient des paroles bien sanguinaires par moments, le personnage se disant putain, si j'avais un fusil, ces enculés-là, je les alignerais contre un mur et...), We Are Alive qui reprend des bribes de la mélodie du Ring Of Fire de Johnny Cash, et surtout, les 7 minutes anthologiques de Land Of Hope And Dreams, la dernière occasion (avec la chanson-titre) d'entendre le saxophone de Clemons. Une chanson anthologique, je viens de le dire, le sommet de l'album.

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Wrecking Ball est un disque remarquable, meilleur que l'ensemble des albums du Boss depuis The Ghost Of Tom Joad (1995), voire même depuis Born In The U.S.A. (1984). Malgré trois chansons ratées, ce disque sorti sous une pochette assez foirée aussi (une photo du Boss cachée derrière du blanc d'Espagne qui indique, en gros, son nom et le titre de l'album) est un régal absolu, du moins en ce qui me concerne. Je ne sais pas trop pourquoi le Boss a enregistré sans son E Street Band : envie de changer, engueulade avec eux, ou bien est-ce la mort de Danny Federici, en 2008, après l'enregistrement de Working On A Dream, qui les a refroidis ? Les deux dernières hypothèses me semblant improbables, je pense que le Boss voulait expérimenter autre chose, c'est peu fréquent qu'il enregistre sans son E Street Band, et je crois qu'à chaque fois (ou presque : pas sûr pour Lucky Town et Tunnel Of Love, s'ils ont été faits sans le Band, je ne me souviens plus), c'était pour faire un disque acoustique, avec peu de musiciens. Wrecking Ball, lui, est un pur disque estreetbandien, comme on pourrait le dire, mais sans le E Street Band, sauf sans aucun doute en live. En tout cas, c'est un putain de bon disque qui mérite mieux que ce que l'on a pu lire ou dire sur lui depuis sa sortie.

We Take Care Of Our Own

Easy Money

Shackled And Drawn

Jack Of All Trades

Death To My Hometown

This Depression

Wrecking Ball

You've Got It

Rocky Ground

Land Of Hope And Dreams

We Are Alive

Deux bonus-tracks à la suite des 11 titres : ce clip propose une version collector de l'intégralité de l'album