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 Coup du sort : en 2008, Danny Federici, claviériste (et accordéoniste occasionnel) du E Street Band depuis les débuts, meurt, d'une maladie. Il avait eu le temps de jouer sur Magic, le précédent opus de Bruce Springsteen, et sur ce disque, Working On A Dream, qui sortira un an plus tard, en 2009, et lui est dédié. Et en 2011, ça sera au tour de Clarence Clemons, saxophoniste, de mourir... Bruce Springsteen semble touché par le malheur, depuis quelques années. Musicalement, il s'en sort plutôt bien, même si aucun de ses albums n'arrive encore à égaler son dernier sommet à ce jour, Born In The U.S.A. de 1984, album très commercial, trop sans doute (la production sent bon 1984), mais toujours aussi bon à écouter en 2013. Magic était un très bon disque, pas parfait, mais très sympathique ; Working On A Dream, sorti donc en 2009, est un album à peu près du même tonneau, enregistré une fois encore avec son E Street Band remarquable, Van Zandt, Tallent, Lofgren, Clemons, Bittan, Weinberg, Patti Scialfa (sa femme) et, donc, le regretté Federici, le Boss lui rend un vibrant hommage via un texte situé dans le livret, et une belle photo de lui. L'album offre 13 titres (le dernier, The Wrestler, issu de la bande-originale du film du même nom, est considéré comme un bonus-track), pour 51 minutes. Un disque dans la bonne moyenne, en terme de durée.

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Une vue de l'édition vinyle

Tout n'est pas parfait ici, comme c'était le cas de Magic. Ici, on note quelques chansons vraiment mineures, faiblardes, j'oserai même dire mauvaises : Queen Of The Supermarket, Good Eye, Kingdom Of Days et Surprise, Surprise. Mais dans l'ensemble, pas de quoi crier au ratage, Working On A Dream (qui n'est pas sans lien avec un évênement politique survenu en 2008, l'élection de Barack Obama, que le Boss a cependant affirmer ne pas avoir soutenu lors de sa réélection récente ; désabusé, le Brucie ?) se paie même le luxe de s'ouvrir sur un morceau remarquable, et long (le plus long de l'album, et de loin), 8 minutes, Outlaw Pete, une chanson épique qui n'aurait pas dépareillé, avec d'autres arrangements, sur Nebraska ou The Ghost Of Tom Joad. La chanson-titre est efficace, Tomorrow Never Knows (qui n'est pas une reprise de la chanson du même nom des Beatles, je le précise ; ça n'a rien à voir) est un peu courte, mais sympa ; The Wrestler, Life Itself, My Lucky Day et The Last Carnival me plaisent beaucoup... Après, il est vrai que le disque n'apporte pas grand chose de plus par rapport à Magic, ou à The Rising (2002). Il n'est pas meilleur qu'eux, il n'est pas pire (en fait, il est meilleur que The Rising, et Magic aussi l'est, car moins long et boursouflé, plus sobre ; mais en terme de qualité des chansons, il n'y à pas une grande différence), il est dans une bonne moyenne, c'est ce qu'on attend du Boss, ni plus ni moins : qu'il assure son boulot comme un bon petit soldat.

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Mérite-t-il encore le sunom de Boss, vu que ça fait depuis 1984 qu'il n'a pas sorti un disque aussi fédérateur que Born In The U.S.A. ? La question est ouverte. Pour moi, Bruce mérite encore cet affectueux surnom quand il est sur scène, car là, c'est une bête fauve, un monstre lâché sur la ville, un performer hallucinant et infatigable (malgré son soixantenaire) capable de jouer pendant trois heures ou presque, il donne tout à ses fans, et livre des versions à tomber de chansons parfois limite insignifiantes en album studio. Il transforme tout en or, en live. En studio, c'est clair que Working On A Dream, bien que bon (un peu inégal, mais plus que correct), ne rend pas justice à ce surnom imposant. Le disque suivant, Wrecking Ball, sera, lui, un disque du niveau de ceux de l'Âge d'Or 1973/1984. Un fan de Springsteen devrait donc apprécier ce disque sorti sous une pochette bleue assez peu réussie (je préfère, curieusement, celle du suivant, Wrecking Ball), mais en accord avec l'ambiance un peu 'optimiste' de l'album et de son titre.

Outlaw Pete

My Lucky Day

Working On A Dream

Queen Of The Supermarket

What Love Can Do

This Life

Good Eye

Tomorrow Never Knows

Life Itself

Kingdom Of Days

Surprise, Surprise

The Last Carnival

The Wrestler