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 Faut dire ce qui est, la pochette est atroce. Cette statue assez religieuse, sur fond rouge, avec un gros Tempest (titre de l'album, donc) en rouge, écriture manuscrite comme écrit au feutre, et sous-ligné... Dylan a certes fait pire (Knocked Out Loaded, Shot Of Love... Self Portrait) dans le genre, mais la pochette de Tempest, son dernier album en date (sorti en septembre dernier), est assez ratée. En plus, le livret est une couillonnade, une photo de Dylan et ses musiciens (très bons, mais méconnus, les noms ne vous diront sans doute rien, des requins de studio, mais ayant déjà bossé avec le Zimm'), pas de paroles, rien, que t'chi. Heureusement, la musique est meilleure, et comment ! 35ème album studio (35ème, vous vous rendez compte ?) de Bob Dylan, voici donc Tempest, un de ses albums les plus originaux et généreux : en 10 titres, on a ici 68 minutes de musique, dont un titre qui se classe deuxième plus long morceau studio du Barde après Highlands (de Time Out Of Mind, 1997 ; morceau durant un peu plus de 16 minutes) : Tempest. Ce long morceau-titre inspiré par le naufrage du Titanic dure la bagatelle de 14 minutes ! Rappelons que 2012 est l'année des 100 ans de cette épouvantable tragédie maritime, mais on en a suffisamment bouffé en 2012, de ce rappel et centenaire. Il fallait bien que Dylan, tôt ou tard, en parle. Le résultat est démentiel, un morceau époustouflant, bien qu'un peu trop long sans doute, et assurément un des sommets de l'album qui porte son nom.

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Dos du livret

On va citer ici les musikos, comme ça, ça sera fait : Dylan, en plus du chant et de la guitare, tient le piano. Tony Garnier à la basse, George G. Receli à la batterie, Donnie Herron à la steel guitar, au banjo, violon, mandoline ; Stu Kimball et Charlie Sexton aux guitares ; David Hidalgo à la guitare, violon, accordéon. La production est assurée par Jack Frost, lequel produit, depuis 2001 et "Love And Theft" (les guillemets font partie intégrante du titre), les albums de Dylan. En même temps, Jack Frost n'est autre que Dylan sous un pseudonyme, il ne signe pas la production de son vrai nom, pour ne pas faire dire aux gens ce Dylan, il est partout, il n'a pas confiance aux producteurs professionnels, ou quoi ?, et on peut le comprendre. En même temps, même si passer après des producteurs tels que Bob Johnston (années 60) ou Daniel Lanois (Oh Mercy, Time Out Of Mind) peut sembler difficile, la production dylanienne est excellente, notamment ici, sur Tempest. L'album est long, donc, quasiment 70 minutes pour 10 titres. Tempest n'est pas le seul long titre, on peut citer Tin Angel (9 minutes), Scarlet Town, Roll On John (hommage tardif à Lennon) et Narrow Way (dans les 7 minutes chacun), Duquesne Whistle (5,45 minutes)... D'entrée de jeu, après une longue introduction instrumentale assez moyenne (je me suis dit si tout le reste est comme ça, ce disque est merdique), Duquesne Whistle, co-écrit avec Robert Hunter (parolier du Grateful Dead, ayant déjà bossé avec le Zimm' pour Together Through Life, le précédent opus), fait se poser des questions à l'auditeur : la voix du Barde, en effet, est assez moyenne, ici, inutile de se dire qu'il a 70 balais, ça s'entend. Rauque, éraillée, il faut du temps pour s'y faire. Une fois le troisième titre (l'immense Narrow Way), c'est fait, ceci dit, mais sa voix, moins bonne que sur les précédents opus (sur lesquels on sentait déjà l'âge, évidemment), fait vraiment vieillot.

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Bon, musicalement, Tempest, avec ce monumental et très virulent et rock Pay In Blood, ce bluesy (le riff est celui de Mannish Boy de Muddy Waters, notamment) Early Roman Kings, le long Tempest, le définitif Scarlet Town, le grandiose Narrow Way et le sublime Tin Angel, Tempest, donc, est un excellent cru dylanien. Certes un peu long (on a une demi-heure rien qu'avec les trois derniers titres, Tempest est un poil trop long), ce disque est vraiment une réussite, malgré tout,et sans être aussi définitif que certains qui le classent parmi ses sommets absolus (coucou, Koamae !!), force est de constater que c'est son meilleur depuis 1997 et Time Out Of Mind. Oui, vraiment, la classe habite ce disque, et ce Dylan a encore pas mal de choses à offrir à ses fans. Si vous aimez ou adorez Dylan, ne ratez pas Tempest.

Duquesne Whistle

Soon After Midnight

Narrow Way

Long And Wasted Years

Pay In Blood

Scarlet Town

Early Roman Kings

Tin Angel

Tempest

Roll On John