DB 1

Pour les fans de jazz, ce disque fait partie des classiques ABSOLUS du genre, aux côtés du Kind Of Blue de Miles Davis et du A Love Supreme de John Coltrane. Et pour les néophytes, ceux qui n'y connaissent rien ou quasiment rien, ce disque est généralement un des rares albums de jazz qu'ils connaissent, même sans le savoir. Rendons par ailleurs hommage à l'auteur de cet album, Dave Brubeck (ici avec son quartet), mort très récemment, à un âge canonique de 92 ans... Ce pianiste était une des dernières légendes du jazz, du jazz de l'époque (années 40/50/60) à être encore de ce monde...et accessoirement, une des rares légendes du jazz à ne pas être de couleur, ce qui, pour l'époque, était une petite révolution (de Coltrane à Ellington en passant par Count Basie, Davis, Parker, Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, Nina Simone, Billie Holliday, Erroll Garner, Charles Mingus, Thelonious Monk, Louis Armstrong, tous étaient noirs). Ce disque, sorti en 1959 sous une pochette emblématique des albums de jazz (soit c'était une photo, soit c'était une dessin ou une peinture abstraite, comme pour essayer de représenter la musique gravée dans les sillons), est assez court si on le compare à d'autres albums du genre (pas mal d'entre eux dépassaient allègrement les 40 minutes, voire même les 50 minutes) : 37 minutes, quasiment 38, pour 7 titres allant de 4,15 minutes pour le plus court à 7,20 minutes pour le plus long. Ce disque, autant commencer à le nommer, ce que je n'ai pas encore fait, c'est le fameux Time Out. Le fabuleux, le grandiose Time Out.

DB 3

C'est un disque tout simplement mythique. Sur les 7 titres, tous instrumentaux, trois sont aujourd'hui plus connus que l'album lui-même : Take Five (5,25 minutes) est, si ce terme peut du moins s'appliquer au jazz, un tube, un classique qui passe encore pas mal en radio (pas sur RTL 2 ou Chérie FM, hein, mais du style FIP, France Inter, etc), un morceau tellement  majeur que des rééditions ultérieures de l'album n'hésiteront pas à mettre, en haut à droite de la pochette, en gros, le titre du morceau, pour attirer le chaland qui passe. Quand j'ai appris récemment la mort de Brubeck, j'ai tout de suite pensé à Take Five. Même si, à la TV, ils ont mis, en hommage, un extrait d'un autre morceau de Time Out, Blue Rondo A La Turk, lequel sera repris par Claude Nougaro (A Bout De Souffle). Un morceau anthologique ouvrant le bal avec force, 6,45 minutes de bonheur. Autre grand moment, Three To Get Ready, lequel sera aussi repris par Nougaro (Le Jazz Et La Java), un moment de grâce de 5,25 minutes ouvrant la face B avec élégance. Comment ne pas citer aussi le morceau le plus long (et le plus étonnant), Strange Meadow Lark, lequel...ne sera pas repris par Nougaro, ah mais, parce que ça commence à bien faire, hein. Toute la face A est anthologique, et la face B s'ouvre sur un morceau anthologique aussi. Après, c'est vrai que les trois titres restants de la face B, qui font tous moins de 5 minutes, sont moins percutants, mais de Kathy's Waltz à Pick Up Sticks en passant par Everybody's Jumpin', il faudrait être sacrément con pour les qualifier de moyens, de mineurs. C'est juste qu'après quatre titres aussi grandioses que Blue Rondo A La Turk ou Take Five (pour citer les deux plus connus), tout semblerait un peu secondaire, quelque part.

DB 2

Time Out est un best-seller du jazz, un classique, un disque majeur. Pour certains, il semblerait même un peu trop majeur, du style, une sorte de Béhémoth qui cache le reste de la production et de Brubeck, et du jazz. Un disque très accessible, par ailleurs, comme Kind Of Blue de Miles Davis (même année, même réputation très justifiée d'album grandiose et autre best-seller mondial du jazz), le genre d'album qu'un débutant en jazz peut se procurer sans problème pour, progressivement, s'immerger dans ce si magnifique et riche courant musical. Je peux comprendre les réticences de certains élitistes qui affirment que ce disque est trop connu, trop souvent entendu, trop commercial, trop facile, trop 'tubesque' (encore une fois, sous réserve que ce terme de 'tube' s'applique au jazz), mais, bordel, il faut se rendre à l'évidence : certes, c'est un disque 'tubesque' et tellement connu que les autres albums de Brubeck passent à l'as pour le grand public (et certains sont sans aucun doute au moins aussi bons), un peu comme pour Coltrane et son A Love Supreme (je ne cite pas Miles Davis, car il y à d'autres albums que Kind Of Blue qui sont bien connus du grand public), mais c'est, en même temps, tellement grandiose, tellement formidable, que passer à côté serait un crime de lèse-majesté infâme envers le jazz et même la musique en général. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire si vous n'avez pas encore ce Time Out chez vous.

FACE A

Blue Rondo A La Turk

Strange Meadow Lark

Take Five

FACE B

Three To Get Ready

Kathy's Waltz

Everybody's Jumpin'

Pick Up Sticks