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Non, un nouveau cycle dylanien ne démarre pas sur le blog. J'en ai en effet proposé un de très long (en grande partie consacré aux Bootleg Series) en fin d'année dernière, et même si j'adore Dylan et ne suis jamais lassé d'en parler ici, je pense que c'est un peu tôt pour refaire un cycle aussi long que le précédent à son sujet. Mais je voulais reparler de cet album, que j'aurais pu réaborder à l'occasion du cycle, mais vous savez ce que c'est, on ne pense pas toujours à tout, on oublie souvent quelque chose, etc, etc... Cet album est sans doute un de mes préférés de Dylan, relisez cette phrase si vous avez du mal à la comprendre. Je dis ça parce que vous ne lirez pas souvent ce genre de phrase au sujet de cet album, sorti en 1978 (enregistré en quelques jours entre fin avril et début mai de la même année), son 18ème album studio, son 20ème en comptant les lives, son je ne sais pas combientième en comptant les autres publications genre best-ofs. C'est un album aussi généreux que les deux-trois précédents, il dure en effet 50 minutes, pour 9 titres, et a été produit par Don DeVito. Il s'appelle Street-Legal, le tiret entre les deux mots fait partie intégrante du titre, mais il n'est pas rare de le voir écrit sans le tiret central.

Et avant que vous ne me répondiez que sur la pochette, il n'y à pas de tiret, je précise que si, mais la couleur jaune FC Nantes utilisée pour le titre passe relativement moyennement sur le crème dégueulasse du mur en pierre de la photo. 

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Photo qui montre le Barde sorti d'un immeuble un petit peu décrépi, devant un escalier, regardant à gauche (ne vous plaignez pas, il aurait pu regarder à droite, ou pire, droit devant lui). L'album fait suite au live Hard Rain, sorti en 1976, qui documentait une partie de la tournée américaine Rolling Thunder Revue (une tournée itinérante façon spectacle de bohémiens, que Dylan a fait avec Joan Baez, Roger McGuinn, Joni Mitchell, Mick Ronson ou bien encore Sam Shepard), tournée de promotion de Desire (fin 1975), son plus récent album studio au moment de la sortie de Street-Legal. J'ai eu l'occasion de le dire ici souvent, je le redis encore une fois, Desire, c'est clairement mon favori de Dylan, un album sublime et au final, je trouve, assez sous-estimé, d'une période courte (la Rolling Thunder Revue n'est illustrée, en album studio, que par Desire) et longtemps négligée, méprisée, avant d'être assez copieusement documentée (le cinquième Bootleg Series, puis, en 2019, un coffret de 14 CDs, impérial, sur la première partie, fin 1975, de la tournée, Hard Rain, lui, se basait sur la seconde partie, début 1976). Une fois la tournée finie, Dylan se repose, compose, mais l'année 1977 sera cependant, pour lui, marqué par deux coups durs : il divorce, officiellement, avec sa femme Sara, et la mort d'Elvis Presley, survenue alors que Dylan était en processus d'écriture, va le marquer tellement que pendant une semaine, il sera en dépression, j'veux parler à personne, ce genre de trucs. Il entre donc en studio en avril, fin avril 1978 (à Santa Monica, en Californie), avec certains musiciens de la tournée précédente (David Mansfield, Steven Soles), avec quelques choristes dont Carolyn Dennis qui aura un gosse avec lui, ou Helena Springs qui aura un...enfin, il paraît qu'elle était un petit peu avec lui aussi. Il consommait beaucoup de choristes à l'époque, le Zimmy.

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Street-Legal possède une sonorité un peu gospellienne, rien à voir avec les trois albums suivants, qui seront la fameuse (et mal-aimée) trilogie chrétienne de 1979/1981. Dylan trouvera la foi en Jésus (lui qui est juif de naissance, mais peu pratiquant) durant la tournée promotionnelle (qui donnera lieu au double live At Budokan, très mal aimé, en 1979) de l'album, il verra Jéééééééhééééésus lui rendre visite dans sa chambre d'hôtel ou sa loge (il devait tututter pas mal, à l'époque, le Zimmynou) et pendant deux/trois ans, ne parlera plus que de ça dans ses chansons, pouvez-vous dire Hallelujah avec moi mes frères, afin d'être sauvés ? Là, non. On a 9 chansons, parfois assez longues (les plus étendues font entre 6 et 8 minutes), souvent remarquables, la plus connue du lot (Is Your Love In Vain ?, chanson machiste, phallocrate, qui sera démontée à sa sortie par Greil Marcus, rock-critic américain et exégète dylanien par excellence) n'étant pas la meilleure. On peut en revanche sans aucun problème (vas-y, tu peux, j'te dis !) citer Señor (Tales Of Yankee Power), Baby Stop Crying, New Pony, vraiment superbes, et surtout, surtout, sur-putain de-tout, deux chansons absolument quintessentielles, situées respectivement en ouverture et en fermeture de l'album (comme de par hasard, j'ai envie de dire), j'ai nommées Changing Of The Guards (dont Patti Smith fera, en 2007, une sublime reprise) et Where Are You Tonight ? (Journey Through Dark Heat), une des meilleures conclusions d'albums de Dylan selon moi. Le reste de l'album ? No Time To Think est un peu longuette (8 minutes) mais sympa, True Love Tends To Forget est belle, je ne vois aucune mauvaise chanson.

Bon, Is Your Love In Vain ? est un peu bateau, et son message (un homme parle à sa chérie, essayant de comprendre en quoi il faudrait qu'il soit amoureux d'elle car il a trop souffert avec la précédente et il espére bien que la suivante, elle donc, fera un effort pour lui plaire davantage et que son amour pour lui ne soit pas inutile, sinon, c'est à la suivante d'essayer, prends un ticket et fais la queue) passe mal. Mais c'est bien la seule chanson un peu bof de ce Street-Legal, sinon, vraiment réussi, et que j'adore !

FACE A

Changing Of The Guards

New Pony

No Time To Think

Baby Stop Crying

FACE B

Is Your Love In Vain ?

Señor (Tales Of Yankee Power)

True Love Tends To Forget

We Better Talk This Over

Where Are You Tonight ? (Journey Through Dark Heat)