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Oui, je sais, ce disque a déjà été abordé sur le blog. Mais c'était essentiellement la version américaine, celle existant en CD, celle sortie, à la base, en 1967, en 33-tours, que j'avais abordé. Ici, c'est pour parler de la version originale britannique (de la même année), qui n'était pas un album long format (ou LP en abréviation) mais un mini-album (ou EP), et même un double EP de 6 titres. L'ensemble de ces 6 titres furent placés sur la face A de la version américaine, tandis que sa face B était constituée de cinq chansons sorties en singles, et là pour meubler. L'album, c'est Magical Mystery Tour, le groupe, c'est les Beatles. Mais si, vous savez bien, les Beatles, ce petit groupe de merde n'ayant jamais réussi à percer dans le monde du rock, et dont on n'a plus aucune nouvelle, ce groupe dont on ne parvient jamais à se souvenir du moindre membre, de la moindre chanson... Evidemment, tout ceci, les deux dernières phrases, c'était de l'humour. Je le précise, car certains sont tellement cons, qu'ils pourraient tout prendre au pied de la lettre. Evidemment qu'on sait tous qui étaient les Beatles. Quand même, Stairway To Heaven, Jumpin' Jack Flash, Surfin' U.S.A. ou Life On Mars ?, c'est pas donné à tout le monde d'avoir autant de classiques à son répertoire !! Bon, redevenons sérieux... Certains vont se demander l'intérêt d'aborder le double EP original alors que ses six chansons (pardon : cinq chansons et un instrumental ! hum...) se trouvent toutes sur la face A de la version LP américaine, laquelle est la seule à exister en CD (le double EP a été réédité en vinyle, tout comme les autres albums du groupe l'ont été aussi, récemment), et laquelle propose, en plus, cinq autres morceaux, pour 36 minutes ; alors que le double EP fait dans les 18/19 minutes ?

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Verso de pochette

La réponse à cette passionnante question existentielle (fallait-il aborder le double EP quand le LP l'a déjà été ?) est : oui. Et non. Oui, pour le plaisir d'aborder ici un de mes grands albums de super-méga-ultra-chevet, et non, car, en effet, excepté le plaisir d'aborder ce double EP ici, l'intérêt est limité, on va reparler des mêmes chansons, après tout. Mais j'ai décidé de l'aborder quand même, et si ça ne vous plaît pas, filez rouler une pelle à Deparrrrrrdieu dans sa nouvelle datcha (et si vous ne savez pas ce qu'est une datcha, je ne peux plus rien pour vous). Magical Mystery Tour est un film des Beatles, à la base. Un TVfilm (réédité en DVD très récemment) assez court, une cinquantaine de minutes, réalisé par le groupe lui-même, dans des conditions proches de l'amateurisme, et avec quelques acteurs de seconde zone (Victor Spinetti, Ivor Cutler, lequel est musicien à la base...) et pas mal de figurants (et le groupe, fatalement). Le TVfilm a été diffusé en 1967 sur la BBC, et sera un bide commercial absolu, le film sera défonçé par la critique, les spectateurs bouderont le bouzin, le film sera incompris, pourtant, l'époque voulait que ce genre de projet soit bien apprécié : on est en pleine période psychédélique (1967 est clairement l'année psyché), et le TVfilm est bien chargé dans ce sens. En fait, c'est un film expérimental (Spielberg affirmera que dans les campus américains, le TVfilm était très populaire et apprécié, essentiellement des étudiants en cinéma), ce qui est toujours difficile à décrire et à défendre : on aime ou on déteste, en gros, et tout le monde n'est pas fanatique d'expérimental... Mais le pire, pour le groupe, en 1967, c'est le fait que le TVfilm ait été diffusé en noir & blanc, tuant ainsi dans l'oeuf pas mal des effets visuels, car, bien entendu, le TVfilm n'a pas été tourné en noir & blanc, mais en belles couleurs bien criantes. Pourquoi cette diffusion en n&b ? C'était les limites télévisuelles de l'époque, la BBC diffusait ainsi, fallait s'y plier. On imagine Magical Mystery Tour en n&b. Et on comprend pourquoi il n'a pas marché !

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Le noir & blanc arrive ! Nooon, on est foutus !!!

Heureusement, l'album de la bande-son, lui, a marché. Il est sorti sous deux versions, donc : la version originale britannique, et la version américaine, qui ne sera pas commercialisée en Angleterre (en Europe, même, je pense ; en tout cas, en Angleterre, ça, c'est certain) avant 1976. L'album original est publié sur le label Parlophone (hébergé par EMI), qui diffusait les albums des Beatles avant qu'ils ne créent Apple (qu'EMI hébergera aussi). La version américaine, c'était sur Capitol (qui diffusait les versions américaines des albums du groupe, qui, parfois, différaient des versions originales : pochettes, ordres des titres, et même changements de morceaux). En 1976, quand la version LP sera publiée en Angleterre, elle le sera sur Apple, de même que les rééditions du double EP. Je possède une édition 1967 du double EP, estampillée SMMT-1 (S pour Stéréo, l'album ayant aussi été édité en mono juste avant, et MMT pour le titre de l'album), éditée par Parlophone, bref, une édition originale de 1967. Le logo Apple y est dessiné sur l'intérieur de pochette, car le groupe venait juste de le créer, mais il n'était pas encore leur label, juste un logo. Il faudra attendre des singles, plus tard dans 1967, pour que le groupe publie réellement sur Apple Records. Pour voir le logo Apple sur le double EP, voir ci-dessous, et notez que le logo de base est un peu différent (déjà, il est en noir & blanc). Reparlons de l'album. La version américaine offrait, sur sa face B, cinq chansons sorties, en Angleterre, en faces A et B de singles, et absentes de la bande-son du TVfilm. De même que les albums des bandes-sons de A Hard Day's Night et Help ! (dont les faces B sont aussi constituées de chansons indépendantes des films), ces chansons, remarquables (Penny Lane, Strawberry Fields Forever...), ne se trouvent pas dans le TVfilm, même si des bribes de Hello, Goodbye sont entendues dans le final du générique de fin (mais vraiment à la fin).

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Intérieur de pochette (rabat du second vinyle) du double EP

La version britannique, elle, plus courte donc (même pas 20 minutes), ne contient que des morceaux qui furent composés pour le film, et utilisés dedans. On a tout, ici. Cinq chansons et un instrumental. Trois morceaux par vinyle 45-tours. Dans une double pochette avec un livret agrafé dedans, livret contenant plein de photos couleurs et n&b du film, ainsi qu'un comic-strip reprenant le scénario original (à noter qu'au final, pour des raisons de timing, de budget, de contraintes diverses, le TVfilm ne reprend pas totalement le script imaginé, il y à des différences ; pour être franc, l'histoire du TVfilm, telle qu'elle apparait dans le projet fini, est moins percutante que le script prévu au départ), et, au centre, une double page imprimée en jaune, avec les paroles des chansons. A noter que la version américaine possède un ordre différent pour les morceaux, ayant utilisé comme ordre celui de l'apparition des paroles sur la double page (l'instrumental a été laissé à la suite de The Fool On The Hill), alors que sur le double EP, les chansons n'apparaissent pas dans le même ordre. L'ordre de la face A de la version U.S. est Magical Mystery Tour, The Fool On The Hill, Flying, Blue Jay Way, Your Mother Should Know et I Am The Walrus. L'ordre anglais est différent, et est le vrai, l'original. Ca peut sembler bizarre que l'album se finisse sur Blue Jay Way (de George Harrison), mais ça a été conçu comme tel ! Ce morceau occupe d'ailleurs toute la dernière face, et cette dernière face est la plus courte de toutes, dans les 3,45 minutes. La plus longue est, je crois, la première, qui totalise dans les 5 minutes, enfin, un chouia moins...y'à photo avec la seconde, qui, avec seulement I Am The Walrus, fait 4,35 minutes ! La troisième aussi fait dans ces eaux-là...

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Une page du livret (reproduit dans la réédition CD 2009)

Mythique, ce disque est parfait du début à la fin. Oui, c'est du psychédélique, et, donc, il faut aimer les ambiances barrées, les paroles délirantes (I Am The Walrus...). Dans la période psychédélique des Beatles, qui est aussi majeure que la période bleue chez Picasso, ce disque est le magnum opus, devant Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (sorti la même année, quelques mois avant) et Revolver (1966), et il sera d'ailleurs le point d'orgue, le final, la conclusion. L'album suivant sera le Double Blanc, en 1968, lequel est bien plus sobre, dans un sens, malgré sa propension à se répandre sur ses 95 minutes. Le seul défaut de la cuirasse de Magical Mystery Tour est sa pochette, qui est d'un ridicule assommant : les Beatles, sur un fond bleu étoilé (la version américaine de la pochette est entourée d'un cadre orangé nuageux avec, par-dessus, les titres des morceaux, l'épitomé de la mocheté, et qui sera parodiée par les Stones pour leur Their Satanic Majesties' Request : le même cadre, couleur différente), déguisés en animaux (morse, oiseau, hippopotame, lapin), tels qu'ils apparaissent, dans le TVfilm, pendant I Am The Walrus. Cette pochette (ainsi que son verso) et le TVfilm regorgent d'allusions à la fameuse rumeur sur la prétendue mort de Paul McCartney, qui serait survenue en 1965. Je ne vais pas revenir dessus, allez voir sur des sites web, je trouve cette rumeur, personnellement, totalement débile (mais bien rigolote). Musicalement, l'album est une merveille : Magical Mystery Tour (que Gérard Klein réutilisera, comme le concept dubus qui emmène faire un voyage initiatique, pour générique de son ancienne émission Va Savoir), Your Mother Should Know gentiment kitsch et rétro, I Am The Walrus et ses délirantes paroles (GOO GOO GOO JOOB !), The Fool On The Hill qui est probablement la plus belle de l'album, Flying (instrumental bien planant et psyché, le morceau le moins fortiche de l'ensemble, mais c'est très bon) qui donne envie de fumer sa moquette pour voir si on ressentira les mêmes effets, et Blue Jay Way, d'Harrison, assez sombre (la mélodie... J'adore le son du violon sur ce titre), dont le titre est celui d'un quartier des hauteurs de Los Angeles, et qui parle d'Harrison attendant ses amis, tard dans la nuit (Please, don't be long, or I may be asleep), qui se sont apparemment perdus en chemin. Les paroles ne sont pas aussi sombres et étranges que la mélodie, qui, elle, suffit à faire de cette chanson l'OVNI principal de l'album (et une de mes préférées de l'album, aussi). Pour finir, j'ajouterai que, bien que possédant la version américaine (le LP de 11 titres), c'est cette version double EP britannique que j'écoute quand je veux me faire Magical Mystery Tour. C'est court, 20 minutes en tout en comptant le changement de face et l'essuyage des sillons avant l'écoute (recommandé pour conserver le disque en bon état, le mien est dans un état irréprochable), et même si les cinq morceaux de la face B de la version américaine sont grandioses, je trouve que Magical Mystery Tour se suffit à lui-même dans sa version EP. Enfin, l'un dans l'autre, que vous préfériez la version anglaise ou américaine, ce double EP est un objet de collection et un indispensable pour tout beatlemaniaque se respectant !

FACE A

Magical Mystery Tour

Your Mother Should Know

FACE B

I Am The Walrus

FACE C

The Fool On The Hill

Flying

FACE D

Blue Jay Way