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Le 10 décembre 2007, l'O2 Stadium de Londres a été le lieu, deux heures durant, d'un concert légendaire, que plus personne n'attendait : le retour de Led Zeppelin. Cinq ans plus tard, le 19 novembre 2012, sortait un double CD et double DVD (le second DVD est constitué de bonus) proposant tout le show, 16 titres, show auparavant programmé en exclu dans certaines salles de cinéma. Hormis un designe franchement moche (les couleurs...), cet album est tout ce qu'il y à de démentiel. Il s'appelle d'un titre hautement logique, Celebration Day. Il aurait tout aussi bien pu s'appeler The Return Of The Kings, tant on sent que quelque chose se passe ici, durant les deux heures environ du show ! Un show organisé par les trois Led Zep survivants (Robert Plant : chant ; Jimmy Page : guitare ; John Paul Jones : basse et claviers) pour rendre hommage à Ahmet Ertegün, le patron d'Atlantic Records (qui les avait signés et avait hébergé leur propre label, Swan Song, dès 1974), mort un an plus tôt (décembre 2006) dans les coulisses d'un concert, d'une chute qui lui sera fatale. C'est pour lui que le concert tant espéré par les fans (qui n'ont pas ramolli du slip entre l'annonce du concert et le concert lui-même, du moins pour ceux qui ont eu suffisamment de chance - et de flouze - pour y assister) a été organisé, un concert unique, le groupe prévient, aucune tournée par la suite. A la batterie, John Bonham étant définitivement occupé à autre chose depuis sa mort en 1980, on le remplace. Qui de mieux que son fils Jason ? Ca fait un bel hommage de plus, de toute façon. Filmé par Rick Carruthers (responsable de la conception du Led Zeppelin DVD de 2003), Celebration Day est un live titanesque, aussi bien soniquement que visuellement. Oh, pas de fanfreluches du style effets de lumière, feu d'artifice, non ; mais du brut, du pur, du juteux, du Led Zep, quoi.

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16 titres, 8 par disque. Un son remarquable, même si, sur le premier titre (je parle pour le CD), il faut se faire au son un petit peu pharaonique (le concert a lieu dans un grand stade) qui, sur ce premier titre, rend moyennement (pas mal d'écho) en CD. Après, ça se rôde et on s'habitue, donc, pas de souci. Ce premier titre a d'ailleurs de quoi faire bander un écureuil : Good Times, Bad Times, que le groupe n'a jamais, jamais joué sur scène autrefois (ils n'avaient jamais trouvé le moyen de bien le jouer, apparemment). C'est un choix doublement réussi : premier morceau du premier album du groupe (histoire de dire tout a commencé là), et morceau inédit en live. Un rendement terrible. Ramble On (avec le riff de What Is And What Should Never Be dans sa conclusion) suit, et c'est magnifique aussi. Je ne sais pas si le groupe l'a souvent joué en concert, c'est en tout cas sa première sur un live officiel du Dirigeable... Black Dog, lui, est un classique, et dès que Plant se met à brailler (sa voix n'a pas trop perdu de sa puissance, il monte moins dans les aigus, c'est tout, et encore) Hey hey mama, says the way you move, gonna make you sweat, gonna make you groove, c'est du délire. Guitare monstrueuse de Page, basse terrible de Jonesy, batterie efficace de Bonham Jr (il ne cogne pas aussi fort que son daron, mais, hey, il n'y avait qu'un seul John Bonham), et le public est mis à contribution : Ah, ah...Ah, ah...Ah, ah...Ah, ah...Aaaaaaaaaah... Après cette triple salve d'enfer, on passe à un morceau que Plant s'était juré, en 1977, de ne plus jamais chanter sur scène, persuadé qu'il portait la scoumoune (suite aux tragédies ayant touché le groupe, son accident de voiture en 1975, la mort de son fils en 1977) : In My Time Of Dying. 11,11 minutes de bonheur bluesy, que dire d'autre ? Et puis la suite est encore plus forte : le groupe expérimente une première (et dernière) interprétation live de For Your Life (Presence, 1976), qui bute son chien dans un micro-ondes, et ensuite, Trampled Under Foot, avec toujours ce clavinet terrible de Jonesy, et Nobody's Fault But Mine, viennent tuer les survivants. Le premier disque (version CD, car le concert est intégralement sur un seul DVD) s'achève avec les 9 minutes magistrales de No Quarter. Oh la la.

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On en redemande ? Allez, foutez-moi donc le CD 2 dans la machine, et que Since I've Been Loving You retentisse et vous fasse chialer comme un bébé en manque de coke ou un junkie en attente de son fourgueur de Blédina, au choix. On le sait, que ce morceau est admirable, grandiose, un des plus grands blues du groupe (si ce n'est le plus grand), et qu'il a toujours été tueur en live, mais, hey, ça fait du bien de se le rappeler, quand même. Presque 8 minutes de bonheur, et on passe ensuite à un morceau qui, autrefois, en live, durait la bagatelle de 20/25/30/45 minutes (selon les années), et qui, ici, ne dure que 11,45 minutes : Dazed And Confused. Je vais être aussi clair que de l'eau de roche, c'est, selon moi, le petit reproche à faire au concert : cette version est très bonne, mais c'est le passage qui m'a le moins branché, notamment à cause de son fameux passage de l'archet, joué ici par un Page nettement plus lent que de coutume : soit il fatiguait, soit il n'avait pas envie de niquer sa guitare, soit c'est voulu, mais il y à eu mieux comme version de la chanson. C'est cependant très réussi quand même, hein ; je chipote un peu, c'est tout. Et puis, après, il y à Stairway To Heaven, chanson dont Plant ne voulait plus entendre parler, mais faire un concert de reformation sans la chanter aurait été suicidaire (déjà qu'Immigrant Song, Achilles Last Stand, Heartbreaker et Celebration Day ne sont pas joués...). Une version ma-gni-fi-que, pour moi la plus belle que le groupe a, officiellement, offerte à son public sur un live en CD ou DVD. Meilleure que la version d'How The West Was Won ou des BBC Sessions, meilleure que celle d'Earls Court 1975 présente sur Led Zeppelin DVD, et évidemment mille fois meilleure que la version du The Song Remains The Same de 1976 (clairement médiocre, tout compte fait, cette version, notamment l'intro et le solo). Mais là, c'est divin. Le morceau fini, Plant s'exclame, d'une voix teintée d'émotion, Hey, Ahmet...we did it ! (allusion au fait qu'Ertegün aurait voulu revoir le groupe sur scène avant de mourir, il n'en aura pas eu l'occasion). Puis The Song Remains The Same retentit, terrible, et Misty Mountain Hop, remarquable, avant d'arriver à un autre gros morceau de barbaque bien juteux, les 9 minutes de Kashmir, ti-ta-nes-que. Officiellement, le concert s'arrête là, si ce n'est les deux rappels, Whole Lotta Love (7 minutes bien efficaces) et Rock And Roll, final bien bombeux lui aussi, et là, over, les mecs. Fin d'un concert de légende, clairement, à savourer, se refaire, encore et encore, pour se dire que, bien que ce live ne soit pas comparable à ceux des années 70 (qui étaient plus longs, remplis d'impros en tous genres, et avec la force de frappe de Bonham Sr), il prouve que, définitivement, Led Zeppelin, surtout en live, c'était quelque chose d'indescriptible. J'aurai essayé, ici, de décrire Celebration Day ; j'espère juste vous avoir donné envie de l'écouter/le regarder. Parce que ça, les mecs, il le faut ; il faut absolument écouter et regarder ce live anthologique, rempli de surprises et de morceaux légendaires, même s'il aurait pu être encore plus long, à bien y réfléchir. Il aurait pu y avoir un intermède acoustique comme autrefois, voire même un solo de batterie en hommage au père de Jason. Mais dans l'ensemble, c'est terrible, une puissance de feu à tomber le Q par terre. Page, Plant, Jones et Bonham, je vous aime. Et, Ahmet...they did it !

CD 1

Good Times, Bad Times

Ramble On

Black Dog

In My Time Of Dying

For Your Life

Trampled Under Foot

Nobody's Fault But Mine

No Quarter

CD 2

Since I've Been Loving You

Dazed And Confused

Stairway To Heaven

The Song Remains The Same

Misty Mountain Hop

Kashmir

Whole Lotta Love

Rock And Roll

DVD

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