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Ce disque sorti très récemment marque la rencontre, virtuelle, musicale, entre deux artistes. Le premier est l'idole du second, et le second n'est absolument pas l'idole du premier, pour la simple et bonne raison qu'il doit ignorer son existence. Le premier, c'est Bob Dylan, et le second, Francis Cabrel. Ne voyez pas une saloperie de ma part dans la première phrase (en fait, la seconde !) de l'article ; il faut juste être logique, si Dylan est mondialement connu, Cabrel, lui, est mondialement connu en France et dans les pays francophones. Cabrel a toujours été fan du Barde, depuis 1966 dit-il dans des interviews, en découvrant des chansons telles que Like A Rolling Stone ou Visions Of Johanna, en écoutant Highway 61 Revisited, Blonde On Blonde ou The Freewheelin' Bob Dylan. Son album préféré du Barde, dit-il dans Rock'n'Folk, est Street Legal (1978), dont il ne reprend cependant aucun titre ici. Ici, car ce disque, c'est un album entièrement constitué de reprises, adaptées dans la langue de Marc Lévy (et par Cabrel lui-même), de chansons de Dylan. 11 chansons, pour 45 minutes principalement acoustiques, chansons enregistrées avec un minimum de musiciens (Michel Françoise, Denys Lable, Bernard Paganotti, Denis Benarrosh ; les fidèles cabreliens). Ce disque s'appelle Vise Le Ciel Ou Bob Dylan Revisité, mais on va l'appeller tout simplement Vise Le Ciel.

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11 reprises, donc, et à la fois des chansons mythiques que des chansons franchement peu connues des masses populaires. Cabrel reprend Dignity (La Dignité), chanson issue des sessions de Oh Mercy (1989) sans avoir été placée sur l'album au final ; il reprend Blind Willie McTell (Comme Blind Willie McTell), issue des sessions d'Infidels (1983) et ayant également été écartée, au final, de l'album ; il reprend The Mighty Quinn (Quinn, The Eskimo) de l'album Self Portrait de 1970 (Quinn L'Esquimau). On Ne Va Nulle Part (d'où est issu le titre de l'album) est une adaptation d'une des chansons des Basement Tapes (1967 pour l'enregistrement ; 1975 pour la publication en album), reprise par les Byrds en 1968, You Ain't Goin' Nowhere. Toutes ces reprises de chansons peu connues du grand public (les fans de Dylan, en revanche, les connaissent bien) sont remarquables, mention spéciale à Comme Blind Willie McTell, une des chansons les plus longues avec 5 minutes, une bombe émotionnelle de pure blues qui achève le disque à la perfection, elle reste longuement en mémoire. Le reste de l'album est également remarquable, et il s'agit de chansons ultra connues, des classiques : I Want You (Je Te Veux), Just Like A Woman (Comme Une Femme), Gotta Serve Somebody (Il Faudra Que Tu Serves Quelqu'un), Simple Twist Of Fate (Un Simple Coup Du Sort)... On regrettera des maladresses dans la traduction un peu trop fidèle des élucubrations surréalistes d'All Along The Watchtower (D'En Haut De La Tour Du Guet) et la traduction trop fidèle de It's All Over Now, Baby Blue (Tout Se Finit Là, Bébé Bleu : le 'Bébé Bleu' du titre, c'est d'un ridicule), mais c'est peu de reproches à faire, au final.

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Cabrel est en effet un vrai fan de Dylan, et ça se sent, s'entend, se ressent vraiment. Vise Le Ciel est un excellentissime album de reprises dylaniennes, une alternative aux disques de reprises dylaniennes en français d'Hugues Aufray (par ailleurs excellents). Certes, il manque des titres, mais il faut savoir que Cabrel avait déjà adapté Dylan à deux reprises, en 2004 (S'Abriter De L'Orage : Shelter From The Storm, sur Les Beaux Dégâts) et en 2008 : Elle M'Appartient (C'est Une Artiste) : She Belongs To Me, sur Des Roses & Des Orties), et qu'il n'allait pas les refourguer là. Cabrel avait aussi l'intention de reprendre le long Lily, Rosemary & The Jack Of Hearts sur Vise Le Ciel, mais il a abandonné l'idée, ayant peu d'inspiration pour adapter correctement la chanson sans en perdre la saveur. On regrettera surtout la courte durée de l'album, trois quarts d'heure, mais au final, ce disque de récréation avant un nouvel album (qui devrait sortir dans un an ou deux, selon le principal intéressé), que Cabrel a longuement mis de côté avant de se décider à la faire, est une vraie réussite et une vraie bonne surprise. Probablement même un des meilleurs opus de Cabrel en plus d'être un vrai hommage sincère envers une de ses idoles (et une des miennes). Alors, certes, il manque des titres, certes, c'est court, mais c'est, surtout, bon et sincère, et c'est tout ce qui compte !

Comme Une Femme

Quinn L'Esquimau

D'En Haut De La Tour Du Guet

Je Te Veux

On Ne Va Nulle Part

Un Simple Coup Du Sort

La Dignité

Il Faudra Que Tu Serves Quelqu'un

Tout Se Finit Là, Bébé Bleu

L'Histoire D'Hollis Brown

Comme Blind Willie McTell