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Alors... Alors, voilà, quoi. Tout amateur de cinéma a au moins une fois dans sa vie (et plus qu'une fois, je l'espère sincèrement) entendu parler de Martin Scorsese. Pour peu qu'il ne soit pas trop con  (car quelqu'un se disant cinéphile tout en négligeant Scorsese, hein...), il a vu au moins trois ou quatre films de Marty, et a sans aucun doute entendu parler de son film musical The Last Waltz, de 1978. Lequel est, avec le Woodstock de Michael Radleigh (1970), un des meilleurs, tout meilleurs, films musicaux au monde. Ensuite, tout amateur de musique rock a sans doute au moins une fois dans sa vie (et, à la one again, je l'espère : plus qu'une fois dans sa vie, même !) entendu parler de l'album qui est sorti en même temps que le film et qui porte le même titre. The Last Waltz. Cette dernière valse est un live anthologique donné au Winterland de San Francisco en 1978, par le Band, groupe canadien (avec un membre américain, le batteur Levon Helm, récemment décédé) qui fut accompagnateur de Bob Dylan. Ce concert gigantesque qui fut donc filmé par Scorsese est un gigantesque barnum, hors du commun, que le Band a organisé afin de marquer le coup, vu qu'il s'agissait de leur ultime concert. Pour l'occasion, non seulement ils ont joué dans la mythique salle du Winterland de Bill Graham (qui les avait, je crois, vu débuter), non seulement ils ont fait venir moult amis musicaux, des guest hallucinants (j'y reviendrai), non seulement ils ont fait filmer le bouzin et sorti un triple live (double CD, désormais, de 130 minutes en tout, pour 30 titres), mais la salle était transformée en cabaret géant : les spectateurs (5000) étaient dispatchés en petites tables, et un repas leur était servi durant le show ! Une photo en témoigne dans le livret 12 pages glissé dans la pochette.

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Durant I Shall Be Released

The  Last Waltz... 2h10 de pur bonheur sous une pochette (vinyle) légèrement pelucheuse. 30 morceaux, dont 24 pour le live en tant que tel. En effet, les 6 derniers titres, qui représentent une suite portant le même nom que l'album, ne proviennent pas du gigantesque concert du Winterland (qui, en totalité, représente plus que 24 titres, tout n'a pas été mis sur album ou alors, il aurait fallu plus de disques !), mais d'une session de répétition dans les conditions du live. Ces morceaux, dont une nouvelle version du classique The Weight avec les Staples Singers, sont excellents : The Well, Out Of The Blue, et une seconde version du morceau qui ouvrait les festivités, Theme From The Last Waltz, un instrumental, mais, ici, en version orchestrale. Le reste, les cinq précédentes faces (toutes très généreuses), est issu du Winterland. Le son est remarquable. Les guests aussi : Ronnie Hawkins (leader du Band, autrefois, quand, à leurs débuts, il s'appelaient encore les Hawks) qui chante Who Do You Love de Bo Diddley, Joni Mitchell qui offre un Coyote admirable et pousse des choeurs sur le Helpless de Neil Young (remarquable aussi), Neil Diamond qui livre Dry Your Eyes, Dr John qui chante Such A Night, joue des congas sur le titre de Joni, et de la guitare sur le Down South In New Orleans de Bobby Charles (autre guest), Paul Butterfield qui interprète Mystery Train (une reprise) et joue aussi sur le Mannish Boy d'un des plus formidables invités du live, le grand Muddy Waters (avec sa formation Hard Again, Johnny Winter excepté), Eric Clapton qui interprète Further On Up The Road avec son talent guitaristique habituel, Van Morrison qui chante son Caravan et interprète aussi Tura Lura Lural (That's An Irish Lullaby), et bien évidemment Bob Dylan, qui est sur les titres 2 à 5 de la cinquième face, dont un Forever Young anthologique et un I Don't Believe You (She Act Like We Never Have Met) formidable, hélas absent du film comme Tura Lura Lural (That's An Irish Lullaby) notamment. I Shall Be Released est interprété en chorus par tout ce beau monde autour du Band. Avec, aussi, la participation de Ringo Starr (batterie) et Ron Wood (guitare), qui ne sont crédités que pour ce dernier morceau. Sur la dernière face, on a aussi EmmyLou Harris sur un titre, les Staples Singers sur un autre.

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DVD

Le reste des morceaux, c'est le Band. Classiques absolus au programme : The Night They Drove Old Dixie Down, Up On Cripple Creek, The Shape I'm In, Ophelia, Life's A Carnival, Stage Fright, The Weight (pas sur le live du Winterland cependant, comme je l'ai dit : le morceau est sur la face F), It Makes No Difference. On regrettera l'absence de Tears Of Rage, Chest Fever, When You Awake. Entre autres. Mais si vous voulez plus de classiques du Band en live, prenez Rock Of Ages, double album du Groupe. Au final, The Last Waltz est un baroud d'honneur pour le Band, une réunion d'amis qui voulaient marquer le coup pour cet ultime concert gigantesque et resté dans toutes les mémoires. Le Band joue sur quasiment tout, en accompagnement d'un guest ou en soli-solo (certains guests, comme Muddy Waters ou Van Morrison, ou Neil Young, sont sans le Band en accompagnement), et au final, ce triple live est plus un concert collectif qu'un concert du Band avec des invités. Moments de choix, peu, très peu de choses sont à retirer. En fait, je pense même que ce live est, tout du long, parfait ! Excepté peut-être la performance de Neil Diamond, artiste généralement peu estimé des rockeurs, et qui semblait avoir un melon pas possible. L'anecdote qui suit est réelle : après son passage, Neil Diamond aurait dit, d'un air suffisant, à Bob Dylan : Ca ne va pas etre facile pour toi de faire mieux que ma prestation. Dylan lui répondra : Et pour faire mieux que toi, que dois-je faire ? Roupiller sur scène devant tout le monde ? Ambiance... Hormis le morceau de Diamond, rien n'est retirable des 30 titres (24 pour le concert, je sais, je sais). Mention spéciale à Muddy, à l'autre Neil (Young ; si on m'avait dit un jour que je parlerais de Neil Young en disant de lui l'autre Neil pour ne pas le confondre avec Neil Diamond, j'aurais sauté par la première fenêtre venue), à Joni, à Clapton, au I Shall Be Released final, aux morceaux du Band, à la The Last Waltz Suite de la dernière face... Allez ! A tout, en fait. Un album totalement anthologique et indispensable, tout comme son complément cinématographique.

FACE A

Theme From The Last Waltz

Up On Cripple Creek

Who Do You Love

Helpless

Stage Fright

FACE B

Coyote

Dry Your Eyes

It Makes No Difference

Such A Night

FACE C

The Night They Drove Old Dixie Down

Mystery Train

Mannish Boy

Further On Up The Road

FACE D

The Shape I'm In

Down South In New Orleans

Ophelia

Tura Lura Lural (That's An Irish Lullaby)

Caravan

FACE E

Life Is A Carnival

Baby, Let Me Follow You Down

I Don't Believe You (She Act Like We Never Have Met)

Forever Young

Baby, Let Me Follow You Down (Reprise)

I Shall Be Released

FACE F

The Last Waltz Suite

The Well

Evangeline

Out Of The Blue

The Weight

The Last Waltz Refrain

Theme From The Last Waltz