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N'écoutez pas les ronchons qui vous disent que le rock est mort, ou qu'il agonise en recyclant sempiternellement les mêmes clichés... N'écoutez pas ces peines-à-jouir qui ne sauront jamais apprécier le plaisir tout con d'une musique roborative, simple mais efficace... Malheureusement, le début de l'année 2011 a été marqué par la fin officielle d'un des groupes les plus représentatifs de cet état d'esprit : on attendait un nouveau White Stripes sans trop y croire... Voila le rideau est tombé, et merci pour tout.

Mais dieu sait qu'il y'a des raisons de s'enthousiasmer ! The Jim Jones Revue laboure inlassablement les scènes du monde entier avec son rockab' ultra-violenté nourri aux protéines d"high energy, et les Black Keys ont enfin réussi le cross-over tant mérité. Depuis dix ans, Patrick Carney (batterie) et Dan Auerbach (guitares, chant) amènent la bonne parole aux foules du monde entier : celle du blues, de l'alcool frelatée, du rock troglodyte. Mais malgré quelques albums parfaits (The Big Come Up, Thickfreakness, et Rubber Factory en particulier), la France se laissait prier... Pas assez sexy (contrairement à Jack et Meg), pas de véritables chansons tubesques (voire pas du tout))...

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Alors les Keys ont tout essayé : deux albums adoucis, dont un en collaboration avec Danger Mouse (l'assez réussi Attack and Release paru en 2008). Rien n'y a fait, les Keys voyaient leur popularité décoller en Angleterre, aux USA, mais la France, éternelle larguée, restait de marbre face à ces deux hommes de l'âge de pierre (rien à voir avec Josh Homme, haha ! quoi ? je me tais ? OK !).

Alors, pour leur prochain album, les Black Keys ont encore cherché une nouvelle recette. Et si on mariait notre rock rustaud avec de la soul, du glam, et un peu tout ce qui nous tombe sous la main ? Et si on embauchait un bassiste, un clavier ? BANCO !!! Le résultat est un des albums les plus addictifs de l'année 2010 : sous sa pochette rappelant le fameux album électrique psyché d'Howlin' Wolf, Brothers est un excellent album rock, gorgé de chansons imparables, rempli d'un état d'esprit à l'ancienne (enregistré à Muscle Shoals, no shit !).

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Et maintenant voila que l'on entend les Black Keys en fond sonore dans les émissions d'M6, les sujets de Téléfoot... Entendra t'on un jour des beaufs avinés beugler Tighten Up dans les stades de foot ? Peut-être que le syndrome White Stripes finira par toucher le groupe (déjà qu'ils ont eu à subir les comparaisons incessantes pendant des années...), mais que cela n'empêche personne de découvrir ce groupe et cet album ô combien attachant.

La voix d'Auerbach s'est affirmée, passant d'un registre quasi-Princier (le falsetto de Everlasting Light, mon dieu !) à la soul blanchie (DIVINE reprise du Never Give You Up de Jerry Butler). Patrick Carney fait preuve d'une inventivité remarquable derrière ses fûts (le carton Tighten Up), délaissant les assauts soniques et caverneux des premiers albums, au profit d'un jeu tout en nuances (le beat T-Rexien d'Everlasting Light, la chaloupe de Ten Cent Pistol...).L'apport du clavier et de la basse révèle des trésors cachés dans les chansons (Next Girl)...

Passant du glam (Everlasting Light ou la rencontre de Marc Bolan avec Prince), au blues popisé (le très pervers Howlin' For You), à la white soul la plus déchirante, Brotherss'avère être un album qui résiste aux mois qui passent. Une preuve que le succès public ne signifie pas forcément une perte de talent et d'intégrité. Non, n'écoutez pas les ronchons... Album de l'année 2010, ou peu s'en faut, ça vous dit quelque chose ?

TheBlackKeys

Le lien vers une excellente version de Tighten Up dans la fabuleuse émission "Later with Jools Holland" : le groupe jouait devant Neil Diamond, Macca et Costello, excusez du peu !

http://www.youtube.com/watch?v=D8AorGmLk5Y

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

J'ai découvert tardivement les Clés Noires avec El Camino (2011), leur dernier album à ce jour, une tuerie de pur rock stonien, zeppelinien, avec des morceaux aussi monstrueux que Sister, Little Black Submarines ou Mind Eraser. Un disque court (38 minutes) et puissant, une claque dès la première écoute, et toujours à l'heure actuelle, un disque bien bourrin, de bon vieux rock binaire à l'ancienne. J'avais forcément entendu parler de Brothers, leur précédent opus, sorti en 2010 (ils bossent vite, les Black Keys ! Lesquels sont un duo, le chanteur/guitariste/bassiste Dan Auerbach et le batteur Patrick Carney), grâce à Rock'n'Folk, à Internet, et à la chronique, située ci-dessus, que Leslie Barsonsec en avait fait sur le blog il y à un an environ. Grâce à Koamae, qui me l'a envoyé par MP3, j'ai pu l'écouter. Il m'a tellement plu que je me suis rué à la FNAC, profitant de plus d'une opération 4 CD = 20 € (Brothers faiait partie des albums concernés par l'opération), pour me le procurer en objet, en format physique !

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Dos de pochette CD ; le concept de la pochette jusqu'au bout !

Il faut dire que le disque est tétanisant, un croisement sauvage et beau, enregistré à Muscle Shoals, Alabama (là où Lynyrd Skynyrd a enregistré Second Helping, album avec Sweet Home Alabama), entre rock stonien, soul et funk. Un disque qui semble avoir été enregistré dans les années 70, tout comme El Camino, et je vous assure que ce ne sont pas des paroles en l'air. Le son de l'album est chaleureux, analogique (même si l'album a sans doute été enregistré de manière moderne et qu'un CD, de toute manière, a un son numérique plutôt qu'analogique), old school. Pas de synthés, mais de l'orgue, du piano électrique, des choeurs à gogo, et deux mecs qui en bouffent tous les matins, Auerbach et Carney. Et une pochette d'album minimaliste, inspirée par celle du légendaire Howlin' Wolf Album d'Howlin' Wolf (1969 : fameuse pochette avec, en noir sur fond blanc, en très gros, et rien d'autre, un courte texte indiquant que ceci était le nouvel album d'Howlin' Wolf, et qu'il ne l'aimait pas ; ce qui était vraiment le cas). Les Black Keys, eux, aiment Brothers, et nous aussi, on l'aime (soit-dit en passant, le disque d'Howlin' Wolf, du blues psychédélique, est vraiment réussi), et comment ne pas l'aimer ? de Everlasting Light et son chant en falsetto à Better Days, en passant par The Only One, Tighten Up, Never Gonna Give You Up (effectivement, Leslie, remarquable reprise), Unknown Brother et Sinister Kid, tout est monumental ici, des 15 titres (pour 55 minutes : offre plus généreuse que celle d'El Camino, 11 titres et 38 minutes). Production éclatante.

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Franchement, Brothers est un des meilleurs albums de la décennie 2010 qui vient cependant de démarrer. Un disque fantastique qui a permis aux Black Keys d'enfin se faire découvrir en Europe, en France surtout, car leurs précédents albums, sans aucun doute très très bons, n'ont pas été des succès chez nous. En revanche, Brothers a cartonné, El Camino cartonne, et on commence de plus en plus à parler des Black Keys, comme on parlait, autrefois, de groupes tels que Creedence Clearwater Revival : des sortes de sauveurs du rock. Ils font du binaire, classique, sans chichis, sans expérimentation électro ou progressive. On branche la guitare et on joue. Les Stones, Led Zep, Creedence, Canned Heat, ne faisaient pas autrement. Sincèrement, c'est ce genre d'albums qui vieillissent le mieux, car ce genre de musique est intemporelle, Brothers, je le répête en conclusion, sonnant vraiment comme s'il avait été enregistré dans les seventies. 55 minutes qui font du bien par où elles passent !

Everlasting Light
 Next Girl
 Tighten' Up
 Howlin' For You
 She's Long Gone
 Black Mud
 The Only One
 Too Afraid To Love You
 Ten Cent Pistol
 Sinister Kid
 The Go Getter
 I'm Not The One
 Unknown Brother
 Never Gonna Give Up On You
 These Days