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La putain de sa race ! Désolé, mais je ne vois pas quoi dire d'autre en introduction. Ce disque est une boucherie, une tuerie, un massacre, un chef d'oeuvre ABSOLU, un disque EXTRÊMEMENT important pour moi, et un des disques les plus essentiels, majeurs, de l'histoire de la musique, et, en particulier, du jazz. Pas du rock, même si, quelque part, cet album est rock. Disons plutôt que c'est de la fusion entre jazz et rock. Oui, du jazz-rock, et un des premiers albums de jazz-rocks au monde, d'ailleurs, avant Weather Report et Brand X (deux grands groupes de ce courant musical, le second de ces groupes avait comme batteur Phil Collins). Ce disque, enregistré en 1969, sorti en début d'année 1970, c'est Bitches Brew, un des sommets les plus 'sommeteux' de Miles Davis. Un disque qui offre 6 titres, ce qui est peu, pour deux disques (toujours en CD), ce qui est encore plus peu (ah ah ah), et on imagine la durée des morceaux ! N'imaginez pas trop n'importe quoi, vous allez bientôt savoir réellement quelles durées ils ont, ces morceaux... Miles a enregistré ce disque avec son fidèle ami le producteur Teo Macero, et a demandé à Abdul Mati Klarwein, très grand artiste graphique, de lui signer la pochette (il récidivera en 1971 avec celle du double Live - Evil). Un des détails (la prêtresse grimaçante du verso de pochette) sera réutilisé sur la pochette du Abraxas (même année 1970) de Santana, aussi au verso, en plus petit, ce qui est, dans un sens, logique, vu que Klarwein a aussi signé la pochette du Santana ! Une pochette (on reparle de Bitches Brew) anthologique, bleu et noir, en fonction du recto ou du verso, et montrant plusieurs personnages de couleur, des Africains, regardant, pour le recto, vers la mer, et sans doute, vers le Nouveau Monde. A l'intérieur de la pochette ouvrante, on a, d'un côté, une photo couleur de Miles, torse nu, souriant, sur un fond bleu, un peu comme sur la pochette extérieure de l'album (photo reproduite en n&b dansle livret CD) et, de l'autre, un long texte de Ralph J. Gleason (un critique musical ? un journaliste ? un musicien ? un mec de l'industrie du disque ?), sur l'album, sur Miles. Ainsi que les crédits de l'album (musiciens, détails des faces) et une photo de Miles et Teo Macero, sur fond jaune. Voir ci-dessous.

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Intérieur de pochette, vinyle (pas une photo perso, mais j'aurais pu)

Miles s'est entouré de grands musiciens autour de sa trompette : John McLaughlin (guitare), Wayne Shorter (saxophone), Bennie Maupin (clarinette basse), Joe Zawinul, Chick Corea, Larry Young (pianos électriques), Dave Holland (contrebasse), Harvey Brooks (basse), Lenny White, Jack DeJohnette (batteries), Don Alias (batterie, congas), Jumma Santos (alias Jim Riley : congas, percussions). Une équipe de tueurs, certains sont beaucoup plus jeunes que lui (DeJohnette, McLaughlin, Brooks...). L'album, qui devait, à la base, être simple (il n'y aurait eu que les deux titres du premier disque) et s'appeler Listen To This, sera finalement double et renommé d'un titre plus mystérieux encore, quand Miles se sera apparemment rendu compte que tout ou presque de ce qui sortira des sessions d'enregistrement sera d'un niveau tel qu'il pourrait être placé sur un album. De ce fait, deux des titres enregistrés à l'époque, mais pas utilisés se retrouveront sur le double Big Fun en 1974 (Great Expectations, Lonely Fire). Et, en 1998, un long-box monumental intitulé The Complete Bitches Brew Sessions, offrant l'intégralité de l'album plus plein de titres inédits issus des sessions (dont les deux de Big Fun), sortira, 4 CDs remplis de tueries jazz-rock, des morceaux très souvent longs, et, effectivement, tous du niveau des 6 de l'album original (Feio, qui est en bonus-track sur le CD classique, la reprise jazzy instrumentale du Guinnevere de Crosby, Stills & Nash, ou bien Yaphet et Corrado). Retour à l'album original, dont les sessions d'enregistrement ont démarré le lendemain du dernier jour du festival de Woodstock (où Miles n'a pas participé), le lendemain de la prestation incendiaire d'Hendrix (qui a achevé le festival), son Star-Spangled Banner (hymne ricain) métamorphosé.

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Verso de pochette

On a beaucoup glosé sur le fait que l'album a commencé d'être enregistré un jour après cette performance incroyable du Voodoo Chile, l'air de dire que Miles a sûrement dû s'en inspiré gnia gnia gnia. Sans doute, mais pas forcément, même si on sent vraiment une influence rock sur Bitches Brew. Les 6 longs titres (même si un d'entre eux ne fait que 4,20 minutes, le petit joueur), qui vont de 27 minutes pour le plus long à 10,55 minutes pour le deuxième plus court (pour un total de 94 minutes, deux disques de 47 minutes, comme le Double Blanc des Beatles qui possède, lui, 'juste' 24 morceaux en plus...). Ce qui n'empêche pas les épanchements jazzy, la trompette de Miles (qui a troqué ses tenues classieuses pour un look de mac' à la redresse, pantalon pattes d'éleph', chemises bariolées, grosses lunettes noires, chapeaux bizarres, à la Sly Stone) étant juste indescriptible (les 'refrains' de Bitches Brew, quand la trompette arrive, saccadée, de nulle part...). L'album s'ouvre sur les 20 minutes de Pharaoh's Dance, morceau signé Zawinul, et qui, en ce qui me concerne, passe toujours trop vite. Je pose le disque sur la platine (car je possède le vinyle en plus du CD et du long-box ; en fait, je possède l'édition 40th Anniversary de 2010, qui propose notamment le vinyle, voir l'illustration plus bas, et je n'écoute quasiment plus le disque qu'en vinyle), et 20 minutes après, la face A est finie, et j'ai l'impression que 10 minutes seulement s'étaient écoulées, au lieu des 20, depuis que j'avais lancé le morceau ! Morceau aussi indescriptible que le tétanisant Bitches Brew occupant toute la face B, avec 27 minutes. Mystique, tribal, vaudou, sauvage et beau, on est en transe... Le coup de génie de Miles est, dès 1969 (In A Silent Way), d'avoir fait appel à John McLaughlin, guitariste britannique de grand talent qui fondera son Mahavishnu Orchestra en 1971 (Mahavishnu sera son surnom, son nom mystique, il se convertira à l'hindouisme). Le deuxième disque offre 4 morceaux, deux par face : Spanish Key (17,30 minutes), John McLaughlin (justement ; 4,20 minutes), Miles Runs The Voodoo Down (14 minutes) et Sanctuary (10,55 minutes). Tous sont fantastiques (Sanctuary est un final grandiose, notamment, difficile de ne pas avoir envie de remettre le couvert une fois le morceau, et l'album, finis).

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Détail du contenu du coffret 40th Anniversary : le double-vinyle, un poster, un livret, un fac-similé d'article de journal, des photos, un boîtier format vinyle avec un DVD et 3 CDs dont l'intégralité de l'album et des bonus-tracks inédits...

Au final, que dire ? Bitches Brew, ce Brouet de Salopes, est un album tout simplement hypnotique, essentiel, rigoureusement grandiose, un album absolument imbattable, aussi bien chez Miles (la suite sera fantastique, cependant : Live-Evil, A Tribute To Jack Johnson, On The Corner, Get Up With It, Big Fun, les lives Agharta, Pangaea et Dark Magus) que chez ses concurrents. Un disque qui se vendra par milliers d'exemplaires (un best-seller mondial pour le jazz), et qui sera diversement accueilli : les puristes gueuleront que cela n'est pas du vrai jazz, et les jeunes apprécieront ce brassage de cultures leur faisant découvrir une nouvelle manière d'écouter du rock. A l'arrivée, un disque parfait, immense, monstrueux, de sa pochette et son titre à ses morceaux et à leur production éclatante.

FACE A

Pharaoh's Dance

FACE B

Bitches Brew

FACE C

Spanish Key

John McLaughlin

FACE D

Miles Runs The Voodoo Down

Sanctuary