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Todd Rundgren est un extra-terrestre, aucun autre terme ne convient. Une voix sensationnelle, à vous faire chavirer dès le départ. Un sens de la mélodie absolument tétanisant. Un multi-instrumentiste (il joue quasiment de tout tout seul sur beaucoup de ses albums) de génie. Un look, dans les années 70, incroyablement extravagant. Un extrémisme musical revendiqué, aussi : entre double albums et disques simples mais chargés jusqu'à la gueule, le mec a su offrir de la quantité à ses loyaux fans. Something/Anything ? (en 1972, album précédant celui-ci dont je vais parler dans cet article) est double, et toujours en CD. Todd, en 1974 (qui suit l'album dont on va parler ici) aussi, mais tout tient sur un seul CD, en revanche. En 1974, il crée le groupe Utopia, et sort le premier opus du groupe, Todd Rundgren's Utopia, qui offre 4 titres, dont un de...30 minutes, sur un seul vinyle de... 58 minutes. Un an plus tard, il sort Initiation (un disque solo), qui offre 7 titres, dont un ocupant toute la face B avec pas moins de...35 minutes, et l'album, dans sa totalité, bien que simple vinyle, dure la bagatelle de 67 minutes, ce qui est un record qui n'a à l'heure actuelle pas encore été battu. En conséquence de cette durée impressionnante sur un vinyle dont les limites de la contenance étaient généralement de 45 minutes (au-delà, on pouvait, mais on y perdait en puissance sonore), en conséquence, donc, de cette durée impressionnante, le son d'Initiation (et de Todd Rundgren's Utopia, et de l'album dont on va parler là, aussi) était mince, faiblard, il était même conseillé soit de monter à donf' le volume de sa platine (au risque de la niquer à force), soit d'enregistrer l'album sur une K7 et, ensuite, de l'écouter sur la K7, afin de préserver et son disque (aux sillons fragiles car serrés à mort) et son saphir de platine (mis à rude épreuve par ces sillons serrés). Bref, Toddy-O invente le disque inécoutable !

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Pochette dépliée

En 1973, Todd Rundgren sort A Wizard/A True Star, lequel album n'est pas aussi long que les futurs Todd Rundgren's Utopia et Initiation, et est même plus court que Something/Anything ? et Todd (qui fait la même durée qu'Initiation, sur deux vinyles), mais est tout de même très long pour un vinyle simple, ce qu'il est : 56 minutes, pour 19 titres, dont un de 10 minutes. 12 titres sur la face A, 7 (dont ce long titres, un medley de blue-eyed soul) sur la B. Pour l'époque, une telle durée, un tel amoncellement de morceaux (pas mal sont courts, évidemment) sur un seul vinyle était du jamais-vu, et comme je l'ai dit plus haut, Todd fera plus fort encore un an (et deux ans) plus tard. Comme je l'ai aussi dit plus haut, le son de cet album de 1973 est assez moyen, mince, à cause de son mixage serré, il fallait que tout tienne sur un seul vinyle. En CD, le son est à peine meilleur, mais il fallait, en vinyle, monter le son au plus fort pour bien profiter de l'avalanche sonique de ces 56 minutes hors du commun. Car A Wizard/A True Star, sous sa sublime pochette en jeu de miroirs (extérieur comme intérieur, je n'ai hélas pas pu trouver de photos, sur le net, de l'intérieur de pochette, plus 'sobre', dans un sens, et illustrant la face B, la face "A True Star") et aux coins découpés à l'emporte-pièce pour son édition originale (et le vinyl-replica que je possède), A Wizard/A True Star, donc, est un régal auditif, un chef d'oeuvre de glam-rock expérimental et pop. Oui, c'est possible d'être expérimental ET pop ! La preuve, avec ce disque qui offre de tout, vraiment de tout, et est littéralement insurpassable, autant chez Toddy-O (qui a pourtant signé de grands disques : Something/Anything ? est son deuxième meilleur album) que dans le monde du rock.

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Sous-pochette (avec les paroles), on voit les découpages des coins, similaires à ceux de la pochette originale

L'album a été enregistré avec quelques musiciens de grand talent, tels Michael et Randy Brecker (cuivres), Rick Derringer (guitare), David Sanborn (saxophone), Mark 'Moogy' Klingman (claviers), Jean-Yves Labat (synthétiseurs), John Siomos (batterie), mais Todd joue bien souvent de tout ici, et surtout de la guitare et des claviers. La face A est la face "Wizard", la face hallucinogène, surréaliste, glam et expérimentale (sur les 12 titres qui la composent, 7 font moins de 2 minutes, et le plus long des 12 titres fait 5,35 minutes), qui s'ouvre et se ferme sur deux versions de la même chanson, International Feel et Le Feel Internacionale. Des morceaux, sur cette face A chatoyante, sont terriblement pop : International Feel, Never Never Land (reprise de l'air des Enfants Perdus dans la comédie musicale Peter Pan), Zen Archer (le plus long morceau, divin), When The Shit Hits The Fan/Sunset Blvd.You Don't Have To Camp Around ou la première partie de Just Another Onionhead/DaDA Dali. D'autres sont terriblement expérimentaux : Tic Tic Tic, It Wears Off est un court instrumental étrange à base de piano, You Need Your Head est un métal furieux au son totalement larsénique, Dogfight Jiggle possède des sons bizarres semblant imiter des jappements de petits chiens excités et se termine par un Don't you think about anything but sex ? condescendant de la part de Todd, Flamingo est un remarquable instrumental, et enfin, la seconde partie de Just Another Onionhead/DaDA Dali est bizarre, avec cette voix modifiée et ces paroles semblant faire allusion à Dali et aux surréalistes. Todd semble mal orthographier et prononcer Perpignan, en parlant de Meet me at Perignon Station, or on sait que selon Dali, la gare de Perpignan était le centre du monde, et la chanson fait explicitement référence au peintre ibérique... Dans l'ensemble, cette première face, longue de quelques 27 minutes (une durée déjà rare pour une face !), est inoubliable et indescriptible.

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Affiche promotionnelle d'époque (dans l'intérieur de pochette, Todd est représenté en train de se raser, à peu près comme là)

La face B offre cinq morceaux de moins, mais dure quasiment une demi-heure (29 minutes), et est la face "A True Star", retour à la dure réalité, avec un son plus sobre, rock, moins recherché et expérimental, moins glam. On a en ouverture un Sometimes I Don't Know What To Feel et en finale un Just One Victory tous deux absolument quintessentiels, deux morceaux éminemment pop, emblématiques du son toddrundgrenien, et qui passeront pas mal à la radio, aux USA en tout cas. Ces deux morceaux sont, avec Hello It's Me (de Something/Anything ?) et Real Man (d'Initiation), les titres les plus connus de Todd Rundgren. Le reste de la face B est admirable aussi, entre les courts Does Anybody Love You ? et I Don't Want To Tie You Down, le très métallique Is It My Name ?, le popisant et amusant Hungry For Love... et, évidemment, les 10,35 minutes du Medley incluant quatre reprises de soul : I'm So Proud, Ooh Baby Baby, La La Means I Love You (le meilleur moment selon moi, du medley) et Cool Jerk. Véritable Léviathan de l'album en raison de sa durée monumentale (si on compare à tous ces titres de même pas 2 minutes... et il y en à deux sur la face B, encore !), ce Medley de soul/pop/glam est d'une beauté incomparable, c'est de loin un des plus grands moments de l'album et, évidemment, le sommet de la face B, laquelle est plus mainstream, dans un sens, que le délire absolu du gigantesque medley de morceaux de la A. Et là aussi, c'est littéralement indescriptible : la montée en puissance de Just One Victory (une des conclusions d'album les plus monumentales jamais faites avec Nineteen Hundred And Eighty-Five des Wings), la blue-eyed soul du Medley, la pop de Does Anybody Love You ?, le métal bruitiste d'Is It My Name ? ou le délicat I Don't Want To Tie You Down au piano...

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Avec l'album était glissé, dans la pochette, une carte postale de Todd, souriant, carte postale vert-de-gris que l'on pouvait renvoyer à Todd après avoir indiqué son nom, afin d'avoir son nom indiqué dans les crédits de pochette (dans les remerciements, quoi) du prochain album de Todd. Apparemment, Rundgren l'a fait, car Todd, son album suivant, possédait un poster avec une photo de lui, une image constituée de tous les noms, écrits serrés l'un contre l'autre, et faisant, si on se reculait suffisamment pour regarder le poster, une image de Todd (je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire...). On avait aussi un petit poster en forme de sparadrap, avec, dessus, un poème de Patti Smith, à l'époque encore rock-critic, et amie de Todd. Poème intitulé Star Fever. Si vous possédez le vinyle original ou la reproduction vinyl-replica, vous avez sans aucun doute ces artefacts avec l'album. J'ignore s'ils ont été imprimés dans le livret CD classique, mais j'ai de sérieux doutes à ce sujet. Et là aussi, je n'ai pas trouvé de photos sur le net, faudrait que je scanne mon exemplaire pour illustrer au mieux l'article. Article qui est par ailleurs fini, je rajouterai juste en final que, dans l'ensemble, A Wizard/A True Star est bel et bien le monument de Rundgren, et un disque inoubliable et qui vous proposera toujours quelque chose de nouveau à chaque écoute !

 FACE A

International Feel

Never Never Land

Tic Tic Tic, It Wears Off

You Need Your Head

Rock'n'Roll Pussy

Dogfight Jiggle

You Don't Have To Camp Around

Flamingo

Zen Archer

Just Another Onionhead/DaDA Dali

When The Shit Hits The Fan/Sunset Blvd.

Le Feel Internacionale

FACE B

Sometimes I Don't Know What To Feel

Does Anybody Love You ?

Medley : I'm So Proud/Ooh Baby Baby/La La Means I Love You/Cool Jerk

Hungry For Love

I Don't Want To Tie You Down

Is It My Name ?

Just One Victory