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Je vais être aussi clair que de l'eau de roche, ce disque est pour moi le plus grand live jamais sorti. Rien que pour son format vraiment imposant : il est quadruple. Du moins, à sa sortie en 1971, car désormais, tout tient sur 3 CDs (mais la plus récente réédition CD, de 2005, propose un quatrième CD de bonus-tracks live, ce qui fait que cet album reste, en CD, quadruple). Qui dit quadruple live dit huit faces, dit aussi, durée imposante : en tout et pour tout, ce live dure dans les 170 minutes ! C'est le premier album live de Chicago, et leur quatrième album en tout. Un groupe qui n'a jamais fait dans la demi-mesure, Chicago : leurs trois premiers albums (1969, 1970, 1971) sont tous doubles, et leur premier live est quadruple. Comme il était judicieusement dit sur l'affiche promotionnelle d'époque (voir plus bas) et sur un sticker posé sur le coffret (car ç'en est un), ce live est grosso modo un authentique best-of live. Certains pensent que l'ensemble des trois albums studios sy trouve, mais c'est faux. En revanche, on a une bonne grosse partie de ces trois albums, ça, c'est sûr ! Cet album s'appelle Chicago IV, mais porte aussi le nom de Chicago At Carnegie Hall. En effet, il a été enregistré, entre les 5 et 10 avril 1971, dans la mythique salle new-yorkaise du Carnegie Hall, salle dédiée à la musique classique et au jazz, et dans laquelle peu de groupes de rock se sont produits (les Beatles l'ont fait, Pink Floyd aussi, les Beach Boys aussi). Cette salle possède une acoustique apparemment remarquable, mais pas pour un enregistrement rock (même si Chicago faisait en fait du jazz-rock), et on peut dire que ce Chicago IV - At Carnegie Hall n'est pas le live le mieux enregistré au monde. James Pankow (joueur de trombone du groupe) n'aime pas ce live, et trouve sa qualité sonore moyenne, notamment pour les cuivres (dont les siens, hé hé) qui, selon lui, sonnent comme des kazoos plus que comme des cuivres dignes de ce nom.

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Un des trois posters qui étaient, avec un livret photos, glissé dans le coffret 4 disques (et se retrouve dans le coffret CD)

Bon, il est vrai que le son est un peu moyen, il n'est pas non plus mauvais, n'exagérons rien, mais on sent bien que ce live date de 1971, qu'il a, cette année, la bagatelle de 41 ans. Et il est vrai que les cuivres sonnent mieux sur les disques studio. On imagine cependant comment ça devait sonner sur place, au Carnegie Hall ! Avant de continuer de parler de l'album, parlons du groupe, citons les membres au nombre de sept. On a donc James Pankow (trombone) ; Walter Parazaider (instruments à vent, percussions) ; Lee Loughane (trompette) ; Danny Seraphine (batterie) ; Peter Cetera (basse, chant) ; Robert Lamm (chant, piano) ; et Terry Kath (chant, guitare). L'album est produit par le producteur attitré de Chicago, James William Guercio, et se vendra super bien, malgré un accueil critique un peu partagé, beaucoup trouveront le disque trop long et assez prétentieux (quand même, quatre disques live, ça ne s'était encore jamais vu à l'époque, et il faudra attendre le coffret 5 disques (depuis 3 CDs chargés à bloc) Live 1975/1985 de Springsteen en 1986 pour retrouver un coffret live aussi imposant). Le rock-critic américain Lester Bangs dira de l'album qu'il suffira d'une seule vente dans chaque boutique le commercialisant pour que l'album soit rentabilisé (allusion au fait que le coffret ne devait pas être donné, malgré le sticker special price qui était apposé dessus ; clairement, le groupe ne pouvait pas le vendre au prix d'un simple quand même pas) ! On a, en totalité, sur ces 4 vinyles, 32 titres (en séparant les différentes parties des suites It Better End Soon et Ballet For A Girl In Buchannon comme c'est le cas sur l'édition CD), ou bien 22 titres (si on prend pour un seul bloc ces deux suites). Et parmi ces 32 titres, franchement, de grands, grands moments.

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Affiche promotionnelle d'époque

Chaque album studio est idéalement représenté : 6 titres pour le premier (sur les 12 qu'il contient) ; 15 pour le second, en comptant les morceaux des deux suites (sur 23 titres) ; 9 pour le troisième (sur 23 titres aussi), c'est l'album le moins bien représenté, mais le plus chiant à représenter, car il offre trois suites de plusieurs morceaux (dont une présente en bonus-track sur le CD supplémentaire). L'album (on reparle du live) offre un morceau inédit férocement politisé, A Song For Richard And His Friends, situé vers la fin du programme, un morceau fantastique que le groupe enregistrera en studio (sorti en single, pas en album) par la suite, et qui critique méchamment, qui vitupère, le gouvernement Nixon (et AVANT le Watergate). It Better End Soon contient un passage engagé aussi (Preach, le quatrième mouvement), et est une suite de morceaux assez politisée, elle aussi. Mais dans l'ensemble, la musique de Chicago est jazzy et pop : Mother, Lowdown, Does Anybody Really Know What Time It Is ? (et son intro Free Form), les 15 minutes dantesques de South California Purples, Beginnings, Sing A Mean Tune Kid, la reprise du I'm A Man du Spencer Davis Group, le fantastique 25 Or 6 To 4... On a un solo de batterie efficace sur Motorboat To Mars (morceau faisant originellement partie d'une suite, Travel Suite, tout comme Flight 602 et Free, suite se trouvant sur Chicago III), un fantastique solo de flûte sur It Better End Soon, et de guitare sur la même suite (Terry Kath, mort connement en 1978 en jouant et perdant à la roulette russe, avait impressionné Hendrix en 1969)... Le chant, alterné entre Kath (Introduction, I Don't Want Your Money), Lamm (Beginnings, Does Anybody Really Know What Time It Is ?) et Cetera (Lowdown, Where Do We Go From Here), est très varié et efficace, quel que soit le chanteur.

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Le livret (page des paroles de Preach)

Gros succès, malgré le scepticisme de Columbia Records qui rechignait à sortir un projet aussi imposant (ils pensaient que Chicago étaient des fous de vouloir sortir un pareil coffret, et devant le succès colossal, changèrent rapidement d'opinion !), Chicago At Carnegie Hall était commercialisé avec un livret de photos (qui incluait aussi les crédits et les paroles de la partie Preach d'It Better End Soon) et trois posters. Un représentait le groupe (voir plus haut), un autre, le Carnegie Hall (photo ancienne), et un dernier, king-size, le groupe en pleine performance. Plus, évidemment, les quatre vinyles, mais on s'en serait méchamment douté. En dépit d'une prise de son correcte mais pas extraordinaire (certains lives de la même époque, Made In Japan de Deep Purple ou Live/Dead du Grateful Dead, ou At Fillmore East du Allman Brothers Band, sonnent mieux, mais encore une fois, il y à mille fois pire, niveau rendu sonore, que ce quadruple live de Chicago), ce quadruple live est tout simplement monumental, quintessentiel, il force le respect, et je peux vous assurer qu'il en jette. Je me le suis d'ailleurs récemment procuré en vinyle, celui-là, rien que pour l'objet. Déjà en CD, il constitue un des fleurons de ma collection, alors en vinyle, vous pensez bien qu'il est, à mes yeux, limite à foutre en vitrine blindée !

FACE A

In The Country

Fancy Colours

Does Anybody Really Know What Time It Is ? (Free Form Intro)

Does Anybody Really Know What Time It Is ?

FACE B

South California Purples

Questions 67 And 68

FACE C

Sing A Mean Tune Kid

Beginnings

FACE D

It Better End Soon :

1st Movement

2nd Movement (Flute Solo)

3rd Movement (Guitar Solo)

4th Movement (Preach)

5th Movement

FACE E

Introduction

Mother

Lowdown

FACE F

Flight 602

Motorboat To Mars

Free

Where Do We Go From Here

I Don't Want Your Money

FACE G

Happy Cause I'm Going Home

Ballet For A Girl In Buchannon :

a) Make Me Smile

b) So Much To Say, So Much To Give

c) Anxiety's Moment

d) West Virginia Fantasies

e) Colour My World

f) To Be Free

g) Now More Than Ever

FACE H

A Song For Richard And His Friends

25 Or 6 To 4

I'm A Man