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 Le Clash a livré, en 1977, un premier album éponyme anthologique, mais s'est gaufré, un an plus tard, avec un Give 'Em Enough Rope (produit par le producteur de Blue Öyster Cult, chose bizarre) franchement mauvais, en dépit d'une ou deux bonnes chansons. Sous la houlette du producteur Guy Stevens, le groupe décide alors de se sortir les doigts, et enregistré un album qui, à sa sortie, fera parler de lui pour plusieurs raisons. D'abord, il est parfait de bout en bout, et ensuite, il est double (65 minutes ; tout tient sur un seul CD désormais). C'est le premier double album de l'histoire du mouvement punk, un genre musical qu'on n'aurait jamais imaginé sous ce format (vu que la grosse, grosse majorité des albums punk sont courts, et que les punks chiaient sur cette mode du double album, qu'ils réservaient aux dinosaures tels que les Who, Led Zeppelin, Pink Floyd ou les Rolling Stones) ! L'album sort en 1979 sous une sublime pochette parodiant celle du premier album RCA (1956) d'Elvis Presley. Même lettrage, même emplacement des lettres, mêmes couleurs utilisées, même utilisation d'une photo noir & blanc (ici, Paul Simonon fracassant sa basse sur scène, photo de Pennie Smith). L'album offre 19 titres, même si 18 seulement étaient crédités à l'époque (j'y reviendrai) et s'appelle London Calling. Même si The Clash est un chef d'oeuvre, même si le futur Sandinista ! de 1980 (un triple album, double en CD) est très réussi, c'est clairement London Calling le meilleur album du groupe.

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Une des deux sous-pochettes vinyle

J'ai dit que l'album possède 19 titres, mais que 18 seulement étaient crédités à l'époque (plus depuis le CD, qui crédite les 19 titres). Le dernier titre de l'album, Train In Vain, fut rajouté à la dernière minute, et à l'époque, la pochette était déjà faite, imprimée, le groupe a juste eu le temps de le rajouter sur la face D, en final, lors du pressage, mais on ne pouvait plus (ou alors, ça aurait coûté du pognon en plus et retardé la sortie de l'album) modifier la pochette. Voilà pourquoi, sur la pochette, on avait 18 titres (dont 10 sur le premier disque) d'indiqués, mais bel et bien 19 sur le produit fini ! Et quel produit fini, d'ailleurs... 19 titres, 19 chefs d'oeuvre, même si, je l'avoue, la première fois que j'ai écouté l'album, je l'ai détesté, hormis une poignée (très petite, la poignée !) de chansons. Si on excepte la chanson-titre, Rudie Can't Fail, Train In Vain et Death Or Glory, je n'aimais rien ici, mais vraiment rien. Au bout de quelques écoutes, le déclic m'est venu, et depuis, London Calling, je l'adore, et depuis une dizaine d'années environ. Un disque qui, tout comme Exile On Main St. des Stones (qui fait à peu près la même durée pour environ le même nombre de morceaux : 67 minutes, 18 titres), revisite le rock, dans un sens. The Clash était un groupe punk (et altermondialiste), mais London Calling n'est pas que punk. On a du rock pur et dur, du reggae, de la pop, du rock'n'roll, du hard-rock, des ballades, des pastiches... Le chant est alterné entre Joe Strummer et Mick Jones, et Paul Simonon aussi chante un titre, le faramineux The Guns Of Brixton qui achevait la face B (et, donc, le premier skeud) à la perfection : When they kick at your front door, how you gonna come ? With the hands on your head or on the trigger of your gun ? La chanson est un pur monument reggae/rock, avec ses allusions au film The Harder They Come et sa basse gironde, ses guitares inoubliables, son chant monolithique et méprisant de Simonon...

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Joe Strummer (chant, guitare), Topper Headon (batterie), Paul Simonon (basse, chant), Mick Jones (guitare lead, chant)

D'une manière générale, avec sa voix hargneuse et revendicative, le regretté (mort en 2002) Joe Strummer chante les titres les plus musclés, punk et engagés de l'album : (Working For The) Clampdown, Death Or Glory (qui semble bien se foutre de la tronche des groupes de hard de l'époque, type Kiss ou Thin Lizzy), London Calling. Mais aussi la reprise ultra bandante du Brand New Cadillac de Vince Taylor, le reggae/ska de Jimmy Jazz, le jazzy The Right Profile qui parle des dérives alcoolisées de l'acteur Montgomery Clift, le reggae Revolution Rock (morceau le plus long : 5,40 minutes), Wrong 'Em Boyo qui réutilise Stagger Lee (un morceau traditionnel) et le ska Hateful. Mick Jones, de son côté, avec sa voix plus pop et aiguë, livre des chansons plus pop, justement : Lover's Rock, Train In Vain, le rigolo et court Koka Kola, le dramatique The Card Cheat et son piano, Lost In The Supermarket, Spanish Bombs et ses accents altermondialistes et engagés (on y cite Federico Garcia Lorca, écrivain et poète engagé assassiné par les franquistes pendant la guerre civile), Four Horsemen, et les remarquables I'm Not Down et Rudie Can't Fail. Tout, absolument tout, est quintessentiel ici.

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Dos de pochette (ici, vinyle d'époque)

Au final, on a ici un disque majeur du rock, et pas seulement du mouvement punk. Un des double albums les plus parfaits qui soient, aussi, avec Electric Ladyland, Goodbye Yellow Brick Road et Something/Anything ?. Un album essentiel, quintessentiel, un régal qui place The Clash haut, très haut dans le patrimoine rock international. Rempli de classiques, fardé de grands moments, London Calling, sous sa pochette qui parodie le King (qui pourrit depuis deux ans en 1979), est le dernier grand moment de la carrière du groupe, la suite sera en effet moins forte. Sandinista !, ce triple album (vendu au prix d'un simple, tout comme London Calling était vendu au prix d'un simple lui aussi) au titre influencé par les révolutionnaires nicaraguiens sandinistes, sera en effet très très bon, mais beaucoup trop long (2h25 en tout !), surchargé, malgré des morceaux immenses comme Police On My Back, Something About England, Washington Bullets, Broadway et surtout The Magnificent Seven. Et ensuite, Combat Rock, avec les deux hits Should I Stay Or Should I Go ? et Rock The Casbah, sera une déception (et un disque simple, le groupe revenant à des fondamentaux), et scellera la fin du groupe. London Calling, long mais d'une durée parfaite malgré tout, 65 minutes ahurissantes, est donc, définitivement, le sommet du groupe, et un des sommets du rock. Puissant, fulgurant. London calling to the faraway towns, now war is declared, and battles come down...

FACE A

London Calling

Brand New Cadillac

Jimmy Jazz

Hateful

Rudie Can't Fail

FACE B

Spanish Bombs

The Right Profile

Lost In The Supermarket

(Working For The) Clampdown

The Guns Of Brixton

FACE C

Wrong 'Em Boyo

Death Or Glory

Koka Kola

The Card Cheat

FACE D

Lover's Rock

Four Horsemen

I'm Not Down

Revolution Rock

Train In Vain