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Ce disque marque le début et la fin de tout pour les Eagles. Pour eux, il y à clairement un avant et un après cet album. L'avant fut très très bon, une collection de quatre albums studio sortis entre 1972 et 1975, un régal de country-rock avec ce qu'il faut de banjo (grâce à Bernie Leadon, qui fut membre avant ça des Flying Burrito Brothers de Gram Parsons, une des références des Eagles), des chansons remarquables comme Take It Easy, Witchy Woman, Desperado, Doolin'-Dalton, Tequila Sunrise, Already Gone, Train Leaves Here This Morning, After The Thrill Is Gone, One Of These Nights, l'instrumental Journey Of The Sorcerer ou Too Many Hands. Pour ne citer qu'elles. Des albums remarquablement efficaces (Desperado, One Of These Nights). Un certain succès, aussi. En 1975, après One Of These Nights, Bernie Leadon quitte le groupe. Et peu après, le groupe, qui recrute Joe Walsh (un guitariste issu de la scène hard-rock), commence, toujours avec leur producteur fétiche Bill Szymczyk - à vos souhaits -, à préparer le nouvel album, qui est prévu pour s'appeler Mexican Reggae. Il sortira en 1976, après avoir changé de titre : le groupe, tellement satisfait d'une de leurs nouvelles chansons (qu'ils estiment monumentale, et ils ont raison), ont décidé de l'appeler du même nom qu'elle : Hotel California. Autant être franc pour le coup : avec ce disque, les Eagles ont essayé à 100% de faire le disque ultime, et pas seulement un album. Non. Les Eagles sont entrés en studio les couilles en avant, bien gonflées, bien chargées, et avec comme unique prétention de faire LE/THE/EL/DAS (choisissez la langue) disque. La mission fut totalement réussie, malgré des critiques sévères de la part de la presse rock élitiste estimant le tout encore plus commercial et putassier qu'une publicité pour des barres chocolatées.

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Intérieur de pochette vinyle

Sorti en 1976, Hotel California, tout du long de ses 43 minutes/9 chansons, est en effet PARFAIT. No shit. C'est le disque qui a traumatisé les charts en 1976/1977, avec LA chanson qui a fait valser les slips durant les boums de l'époque. Cette chanson... 6,30 de bonheur ouvrant très efficacement l'album. Interprétée par le batteur Don Henley (les Aigles sont démocratiques : tous les membres du groupe, hormis le guitariste Don Felder, chantent ici ; Felder chantait une chanson sur le précédent opus, Visions, et ce n'était pas totalement concluant), Hotel California est le slow de la mort qui tue encore plus fatalement que le décès létal faisant crever de non-vie. Une chanson à double, voire triple sens : un homme, qui roule en plein cagnard et en plein désert, arrive dans un hotel paumé, étrange, duquel il ne pourra jamais plus partir. La chanson est une histoire de maison hantée, un conte sataniste ou une parabole sur la came ? La troisième réponse, mon général. Les conservateurs/puritains estimeront la chanson sataniste, il paraît qu'en passant le disque à l'envers, on entendrait une ode à Satan, mais qui sont les golios qui écoutent les disques à l'envers, hein, et la paréidolie, vous en avez entendu parler, de la paréidolie ? Cette capacité à entendre ou voir tout et portnawak dans un son ou une forme quelconque, ce qui nous fait voir une tortue dans un nuage ou Jean-Paul Belmondo (ou Jésus, je ne suis pas sectaire) sur un toast Wäsä, vous en avez entendu parler ? Hé bien, c'est pareil pour les sons, et s'il y à des ceusses qui entendent des hail Satan ou bien (et là, c'est pire) des j'vends des ch'mises pas cher place du Général Leclerc, c'est leur problème. Reste que la chanson, avec son solo de guitare prodigieux/fantastique/énormissime (faut encore choisir, mes p'tits pères), que cette chanson est juste immense. On notera une pique du groupe envers Steely Dan : They stabbed it with their steely knives but they just can't kill the Beast. La pique, c'est : Steely. Steely Dan, la même année, avait, dans leur chanson Everything You Did, lancé une petite pique au Eagles (Turn up the Eagles, the neighbors are listening), et les Eagles répondent ici.

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Walsh, Felder, Frey, Meisner, Henley : le poster qui était glissé dans la pochette

Le reste de l'album est immense aussi. Henley nous régale d'un rock bien tenace et efficace avec le hit Life In The Fast Lane, assez speedé, et son Victim Of Love est une autre chanson très rythmée. Il offre aussi deux magnifiques ballades : Wasted Time, qui achève la face A (la face B s'ouvre sur une courte reprise instrumentale et symphonique de ce morceau, d'un peu plus d'une minute), est un régal de douceur, Henley chante magnifiquement bien. Et surtout le morceau le plus long de l'album (7,20 minutes), le final de l'album aussi, The Last Resort, chanson sur le sort que les Natives (Indiens d'Amérique) ont connu une fois que l'Homme Blanc est venu pour tout conquérir et coloniser. Cette chanson est douce comme la pluie, triste comme la même pluie, et malgré sa durée, n'est jamais, au grand jamais, ennuyeuse ou trop longue. Son final, qui est aussi le final de l'album évidemment, me fera toujours frissonner, et même limite pleurer (ce son de synthétiseur, un Moog ou un Mellotron, agrémenté de ces cordes, c'est juste inoubliable et puissant). They call it Paradise, I don't know why/You call some place Paradise, kiss it goodbye... Henley, leader des Eagles, et un des peu nombreux chanteur/batteurs avec Phil Collins et le mec d'Il Etait Une Fois, Henley, donc, livre cinq chansons sur les neuf (ou plutôt, huit plus un instrumental) de l'album. Les autres ? Comme je l'ai dit, les Aigles sont un groupe démocratique. New Kid In Town, un hit, est interprété par le guitariste Glenn Frey (celui-là même qui, en 1984, chantera The Heat Is On, chanson du générique du film Le Flic De Beverly Hills), et est une pure merveille douce-amère, un régal absolu, 5 minutes de bonheur, une sucrerie pop à la californienne. Joe Walsh (guitare) chante Pretty Maids All In A Row, chanson assez machiste sur les groupies, les nanas que le groupe a connues au cours de tournées (le titre signifie 'jolies nanas à la queue leu leu'), mais malgré son sujet rock'n'roll, la chanson est d'une douceur totale, piano, guitare sublime (un solo court et superbe), et le chant de Walsh est magnifique. Enfin, le bassiste Randy Meisner offre Try And Love Again, dernière chanson qu'il offre au sein des Eagles, lui qui, sur les précédents opus, chantait notamment Too Many Hands, Take It To The Limit ou Midnight Flyer. Là, c'est une chanson de 5 minutes, ahurissante, une des meilleures absolues d'Hotel California, un régal pop/country/rock avec guitare claironnante à la Byrds, chant efficace et enjoué, durée idéale, refrain classique mais instantanément inoubliable, un solo de guitare court mais remarquable... Un morceau rarement cité quand on parle de l'album, mais franchement, c'est un des plus réussis du groupe.

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Oui, Hotel California est un disque commercial. So fuckin' what ?, comme le chantaient les Red Hot Chili Peppers sur Pea. Disque commercial conçu pour un seul et unique but, conquérir l'ensemble des amateurs de musique de la Terre jusqu'à Alpha du Centaure, Hotel California est aussi un album parfait, rien à jeter, même le court Wasted Time (Reprise) symphonique semble totalement à sa place, il relance l'action en ouverture de la face B, et quand le riff de Victim Of Love surgit juste après, c'est génial. Je terminerai par parler de la pochette. Elle est belle, OK, et représente le Pink Palace, un hôtel de Los Angeles, en plein crépuscule. Pochette emblématique de la Californie. L'intérieur et le verso de pochette représentent l'intérieur de l'hôtel, le hall en forme d'hacienda (les arches, le balcon supérieur). Au recto, tout est vide, sauf, au fond, un nettoyeur, black. La légende affirme que lorsque la photo fut prise, il n'y avait personne, ce mec serait donc un fantôme. Et à l'intérieur, une foule de gens, parmi eux, au centre, le groupe. Au balcon, une forme apparemment féminine, une femme un peu vamp qui, penchée sur le balcon, étend ses bras par-dessus les gens. Une rumeur prétend qu'en fait, cette personne que l'on distingue très mal serait Anton Szabor LaVey, Grand Maître de la Church Of Satan (secte sataniste américaine) et auteur de la Bible de Satan, un grand prêtre sataniste. Quand on sait que le Pink Palace fut apparemment utilisé, de temps en temps, comme lieu de messes noires à l'époque et avant même la sortie de l'album... Tout ceci est évidemment aussi farfelu que la légende urbaine sur la mort de Paul McCartney, et renforce les rumeurs sur les messages satanistes de la chanson-titre. Ca en rajoute aussi au charme, quelque part ! En tout cas, qu'on le veuille ou non, ça fait partie intégrante de l'histoire d'Hotel California.

FACE A

Hotel California

New Kid In Town

Lif In The Fast Lane

Wasted Time

FACE B

Wasted Time (Reprise)

Victim Of Love

Pretty Maids All In A Row

Try And Love Again

The Last Resort