E4

Bernie Leadon (guitare, banjo, chant) quitte les Eagles juste après la sortie de One Of These Nights. D'obédience country à la base (il a joué avec Dillard & Clark, The Flying Burrito Brothers de Gram Parsons...), il en avait certainement plein le cul, et ça débordait, de la nouvelle direction prise par ce qui, à la base, était justement un groupe de country-rock. Les Eagles, qui ont de plus en plus le vent en poupe (mais attendez voir...), passent en effet à la direction supérieure, ils font de la pop-rock, du soft-rock. One Of These Nights va cartonner. Pour la tournée, le groupe engage un ami, qui satellisait pas mal autour d'eux (on retrouve des membres des Eagles sur certains de ses albums solo, comme Don Felder, son producteur, Bill Szymczyk, est aussi le leur...) : Joe Walsh. Guitare et chant. Les concerts de la tournée seront pour lui l'occasion de jouer certains de ses morceaux solo avec son nouveau groupe (Turn To StoneFunk #49, Help Me Through The Night, Rocky Mountain Way...). Entre mars et octobre 1976, le groupe va, entre la Floride et la Californie, enregistrer son cinquième album studio, qui sortira début décembre 1976 et va totalement casser la baraque à frites. Un album qui compte parmi les meilleurs de sa génération, considéré comme le magnum opus des Aigles, l'album insurpassable, et d'ailleurs, à la suite de ce disque, ils ne referont rien, ensemble, avant 1979 (il leur faudra un sacré temps pour accoucher, douloureusement, du successeur, The Long Run, que je ne réaborderai pas, vu que ce fut le cas l'an dernier).

E5

L'album insurpassable ? Mexican Reggae. Enfin, c'est ainsi que l'album devait, à la base, s'appeler. Une fois une certaine chanson enregistrée, l'évidence se fait : ils viennent d'enregistrer un tube en puissance nucléaire, un morceau du feu de Dieu, un classique instantané, alors autant renommer l'album en lui donnant le même titre que la chanson, autrement dit, au revoir Mexican Reggae, bonjour Hotel California. En plus, avec un tel titre, la pochette est toute tracée : une vue d'un des plus fameux hôtels de Californie : le Beverly Hills Hotel (en revanche, les photos du lobby sont prises dans un autre hôtel, le Lido Hotel, à Hollywood), qui intentera un procès au groupe, la photo ayant été prise sans accord. Une pochette qui symbolise parfaitement la Californie, coucher de soleil, palmiers, architecture hispanisante... La pochette, par la suite, fera parler d'elle pour une autre raison, non-musicale : on dira, légende urbaine, que la forme curieuse, humaine mais non définie (personne ne sait de qui il s'agit), serait Anton LaVey, sataniste, fondateur de la Church Of Satan. Des actes satanistes (messes noires) auraient été faits dans cet hôtel. Le nettoyeur visible, seul dans le lobby, au verso, serait un fantôme, personne n'aurait été en fait présent quand la photo a été prise... De belles histoires qui en rajoutent au mythe sur l'album. De même, la chanson-titre (chantée par Don Henley), de quoi parle-t-elle ? Un homme roule dans le désert californien (la fameuse Dark desert highway), il arrive à proximité d'un hôtel paumé en pleine pampa, on l'héberge. Il n'y manque de rien, va y mener la belle vie, mais on le prévient : une fois qu'on entre, on ne peut plus partir, juste un petit peu, mais on est obligé de tojours revenir. On a parlé d'histoire de maison hantée. En fait, la chanson parle tout simplement de l'addiction à la drogue : facile de démarrer, difficile de décrocher... 

E6

 

Poster glissé dans la pochette. De gauche à droite, Walsh, Felder, Frey, Meisner, Henley

L'album raconte le mode de vie à la californienne, celle des rock-stars comme les Eagles (Joe Walsh nous offre ici une chanson, Pretty Maids All In A Row, sublime complainte au piano, délicate, douce-amère, qui parle de groupies, "belles filles en file indienne"), celle de la vie de tous les jours. New Kid In Town parle apparemment de ces nouvelles stars du rock qui déboulent, promptes à faire chuter de leur piédestal les anciennes gloires. Les Eagles savent bien qu'un jour, ils seront remplacés, comme ils ont eux-même remplacé des ringards. Chantée par Glenn Frey, cette chanson, un tube (il y en aura trois sur le disque, les trois premières chansons), est sublime, douce, pop, sucrée, on ne s'en lasse pas. Life In The Fast Lane, très rock (au point d'en être peut-être un peu abrutissante à la longue, et encore...), chantée par Henley (batteur), parle d'un couple assez bien mal assorti, mais vivant quand même bien à la coule. L'album offre aussi la dernière chanson interprétée par Randy Meisner (basse) au sein du groupe, il partira en 1977 à la fin de la tournée, Try And Love Again, pure merveille méconnue. Wasted Time, d'Henley, est une autre merveille, triste comme un jour sans pain, orchestrale mais pas trop chargée. Elle achève la face A, et la B s'ouvre sur une reprise instrumentale, orchestrale, longue de 1,22 minute, du morceau, avant de passer à un morceau rock ssez lambda, mais sympa, Victim Of Love (de Henley aussi), sans doute le morceau un peu secondaire ici. Henley a décidément le beau rôle sur Hotel California : The Last Resort, 7 minutes et des poussières sur la conquête de la Californie et le sort réservé aux Indiens natives, achève le disque sur des notes de revenez-y insurpassables. Ces synthétiseurs... frissons. Avec le Nineteen Hundred And Eighty-Five des Wings et le Waiting On A Friend des Stones, c'est une des meilleures finales d'album qui soient. D'ailleurs, cette triplette de chansons finale, c'est du génie. Le morceau-titre et New Kid In Town aussi, évidemment. Superbe production de Bill Szymczyk, Joe Walsh s'est bien incorporé au groupe, qui est ici en état de grâce... Le sommet des Aigles, qui ne voleront plus jamais aussi haut. 

FACE A

Hotel California

New Kid In Town

Lif In The Fast Lane

Wasted Time

FACE B

Wasted Time (Reprise)

Victim Of Love

Pretty Maids All In A Row

Try And Love Again

The Last Resort