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On ne va pas se mentir : cet album mérite amplement de figurer, généralement en très bonne place, dans toutes les chiées de listes et classements 'discothèque idéale'/'meilleurs albums de tous les temps', pas vrai ? Ben tiens, bien entendu, qu'il le mérite. Ca fait bien 6 ou 7 ans depuis ma précédente chronique (désormais effacée, remplacée par celle-là), que je n'avais pas reparlé de Blonde On Blonde, sauf, un petit peu, en filigrane, lors de mon gros cycle dylanien en fin d'année dernière, le temps d'une chronique sur le Bootleg Series concernant cette période. Je suis un peu tétanisé à l'idée d'en reparler, je dois le dire. Comment aborder un tel disque, par quel angle ? C'est qu'il ne se laisse pas apprivoiser comme ça, ce gros zoziau. 73 minutes sous pochette volontairement floue (le photographe, Jerry Schatzberg, dira par la suite que parmi les photos de Dylan en manteau et écharpe prises ce jour-là, le Barde choisira la seule de mauvaise qualité), et en format portrait sur la pochette ouvrante. Septième album studio de Bob Dylan (et septième tout court, son premier live datant de 1974), Blonde On Blonde est sorti en 1966, en juin, et ses sessions, à New York et Nashville, dureront tout le premier semestre de 1966. A sa sortie, l'album fera parler de lui pour plein de raisons, l'une d'entre elles étant qu'il s'agit, roulement de tambour, petite trompette annonciatrice de l'information, attention attention : 

DU PREMIER DOUBLE ALBUM DE L'HISTOIRE DU ROCK.

Si, si. 

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Quelques semaines plus tard, Zappa et ses Mothers publieront leur premier album, Freak Out !, qui lui aussi est double (mais plus court), et pendant longtemps, on s'est demandé lequel était, en fait, le premier, officiellement. Le premier sorti (le Dylan), ou bien le Zappa, clairement envisagé comme un double album dès le départ (et ayant  été enregistré en partie avant le Dylan), alors que Dylan n'a sorti un double qu'en se rendant compte qu'il ne pouvait pas envisager de laisser de côté une seule des chansons enregistrées pour l'album. Non seulement l'album est double, mais il contient une chanson qui, à elle seule, occupe une face entière (le Zappa aussi, cependant), Sad Eyed Lady Of The Lowlands, qui ne dure que 11 minutes, soit autant que le Desolation Row du précédent opus, mais que sa place de final sur une face entière rend totalement éléphantesque. Ode lyrique, poétique et cryptique à sa femme Sara, la chanson est, il me semble, la première à avoir été enregistrée pour le disque. Elle est par conséquent en quatorzième et ultime position sur l'album, logique dylanienne absolue. Dylan était apparemment perché à 5 mille (lisez son livre Tarantula, c'est de la dinguerie irréaliste...) pendant les 6 mois de sessions (produites par Bob Johnston et faites avec notamment Al Kooper, Kenny Buttrey, Charlie McCoy, Joe South, et deux membres du futur Band, Rick Danko et Jaime Robbie Robertson), ce qui s'entend dans les paroles totalement en direct de la planète Mars de chansons telles que Visions Of Johanna, Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again ou l'ambiance générale, façon Fanfare de l'Armée du Salut après une troisième mi-temps bien arrosée, de Rainy Day Women #12 & 35, qui ouvre le disque. On y entend Dylan écorcher ses paroles en riant trop fort, et brailler, régulièrement, la phrase Eeeeev'rybody must get stoned ! ("tout le monde se doit d'être défoncé", ou "tout le monde se doit d'être lapidé", mais le sens à retenir est, je pense, le premier). En 1966, même avant l'interdiction du LSD, fallait oser.

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Triomphe de la volonté, Blonde On Blonde, sur la pochette duquel le nom de Dylan n'apparaît nulle part recto comme verso, est tellement immense qu'il ressemble à un best-of (best-of qui sortira l'année suivante, d'ailleurs, et on y trouve trois titres de l'album). Les chansons se suivent, sans se ressembler, malgré leur musicalité similaire, l'orgue du grand Al Kooper (vrai arrangeur dylanien) étant la force motrice de l'ensemble. Dernier volet de la "Thin Wild Mercury Sound Trilogy" (terme signé Dylan lui-même) qui a vu le Barde brancher sa guitare avec le brio qu'on lui connaît (s'aliénant ses premiers fans, mais en s'en chopant d'autres, plein d'autres, par la même occasion), l'album offre I Want You, que n'importe quel apprenti folkeux de mon dentier reprend aussi facilement que n'importe quel groupe de hard débutant reprend Paranoid ou que n'importe quel groupe punk débutant reprend White Riot. Vous vous souvenez de ce groupe français, Kaolin, et de leur Partons Vite qui a fait les ''beaux jours'' de RTL 2 il y à un peu moins de 10 ans ? Sans la chanson de Dylan, vous pouvez lui dire au revoir (sans regrets, d'ailleurs). On peut aussi citer Just Like A Woman, Leopard-Skin Pill-Box Hat, 4th Time Around, Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine ("casses-toi de ton côté, je fous le camp du mien"), Absolutely Sweet Marie... Et les chansons que j'ai cité plus haut. Tout est parfait sur ce cru 1966, un des meilleurs albums de tous les temps, tout le monde est d'accord, et c'est bien normal. 

FACE A

Rainy Day Women #12 & 35

Pledging My Time

Visions Of Johanna

One Of Us Must Know (Sooner Or Later)

FACE B

I Want You

Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again

Leopars-Skin Pill-Box Hat

Just Like A Woman

FACE C

Most Likely You Gor Your Way And I'll Go Mine

Temporary Like Achilles

Absolutely Sweet Mary

4th Time Around

Obviously 5 Believers

FACE D

Sad Eyed Lady Of The Lowlands