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Parallèlement à son annonce publique, dans la presse (dans un article en forme de questions/réponses signé d'un certain Clint Harrigan, lequel, il l'avouera bien plus tard, n'était autre que lui-même !), comme quoi il quittait les Beatles, Paul McCartney livra son premier opus solo (son premier 'vrai' album solo, en fait, car en 1966, il signera, seul, la bande-son d'un film oublié, The Family Way, album qui ne marchera pas), en 1970, en avril : McCartney. Sous sa pochette représentant un bol avec des cerises sur un rebord, l'album est vraiment solo, car il l'a enregistré tout seul comme un grand (bon, OK, sa lovely Linda l'accompagne aux choeurs), et il contient quelques sublimes chansons, comme Maybe I'm Amazed, Junk et sa version instrumentale Singalong Junk, Every Night ou l'instrumental Momma Miss America. Mais l'album sera critiqué dans la presse pour son côté trop fait à la maison, sa production qui n'en est pas une (ah ça, c'est sûr, ça change des orfèvreries à la Abbey Road !), ses chansons parfois trop 'démo' dans l'âme, sa surabondance (environ un titre sur deux !) d'instrumentaux... Sans doute aussi avait-on envie d'en vouloir à celui qui, en même temps que la sortie de son disque (qui ne fut pas le premier disque solo d'un Beatles en 1970, celui de Ringo étant sorti peu avant, mais celui de Macca fut, en revanche, le premier de 1970 avec des chansons inédites et signées du Beatles en question ; l'album de Ringo est un disque de reprises), annonçait qu'il quittait le groupe le plus mythique au monde, annonçant donc que c'était fini (ce que Lennon chantera quelques mois plus tard dans son God).Commercialement parlant, McCartney marchera correctement, et avec le temps, les fans ont beaucoup d'affection pour ce disque, il faut le dire, bien joli et culte. Mais un peu chabraque aussi, quand même.

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Un an après, 1971 donc. Macca part aux USA avec sa femme Linda, et le couple y enregistre, avec l'aide de David Spinozza et de Hugh McCracken (guitare tous deux, sur certains titres), ainsi que du batteur Denny Seiwell (là aussi, sur certains titres), un album qui sortira crédité au couple (cas unique dans la discographie de Paul), ce que certains jugeront être une pique aux albums du couple Lennon/Ono. L'album sortira en 1971, donc, et s'appelle Ram. Chef d'oeuvre, il sera incendié par la presse, et par les autres Beatles, qui trouveront énormément de piques contre eux dans les chansons (3 Legs, Too Many People, Dear Boy). Lennon, surtout, sera vénère, et répliquera avec Crippled Inside et How Do You Sleep ? En 1971 aussi, sur l'album Imagine. Parallèlement à la sortie de cet album de Lennon, Macca sortira son troisième album, lequel est en réalité son premier avec un groupe qu'il vient juste de fonder, Wings. Ce premier album, celui dont je vais parler dès à présent, sortira en fin d'année 71, et sera un bide critique absolu. On peut même dire que cet album fait partie de ceux qui, parmi les albums des ex-Beatles, obtinrent les pires critiques presse, avec le Dark Horse de Harrison, le Some Time In New York City de Lennon et Ono, et le Bad Boy de Ringo. Mais cet album de Macca, ou plutôt des Wings, fut le précurseur, car si on excepte les albums avant-gardistes du couple LennOno (ah ah ah), il fut le premier, parmi ceux cités, à sortir. Il s'appelle Wild Life, et possède une magnifique pochette assez forestière, montrant le groupe assis sur un tronc au-dessus de l'eau, pieds dans l'eau, entourés de verdure. Une pochette à la John Lennon/Plastic Ono Band (son album de 1970), ce que certains n'hésiteront sans doute pas à dire.

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Pourquoi Wild Life foirera-t-il autant à sa sortie ? Plusieurs raisons : tout d'abord, même si on distingue Macca sur la pochette, rien n'est indiqué qu'il s'agisse d'un de ses albums : aucune inscription sur le recto, et seulement deux petites mentions de son nom (dans les courtes notes de pochette signées Clint Harrigan, autrement dit, lui-même sous pseudo, et dans la mention McCartney Productions en bas de pochette) au verso. Le nom du groupe est Wings, pas Paul McCartney & Wings (ce qui sera le cas des deux albums suivants), et si on a un dessin représentant le groupe au verso, difficile de reconnaître Macca dans la caricature amusante mais rapidement dessinée. Bref, à moins d'avoir lu des articles dans la presse ou de bien regarder la pochette recto (on voit quand même bien Macca, c'est totalement visible), difficile de savoir que c'est un de ses disques en matant rapidement la pochette dans les bacs à disques. Autre raison : le disque a été enregistré rapidement, en 15 jours, sa production n'est pas clinquante, et le style des chansons est parfois très éloigné du Macca usuel. Ca fait parfois penser à du Lennon. Et aucun hit ici, aucun tube, aucun single ne sera tiré de l'album. Ca fait beaucoup de choses, et suffisamment de raisons pour expliquer l'insuccès commercial et surtout critique de ce coup d'essai des Wings. Difficile de se dire qu'on a affaire ici au groupe qui livrera, par la suite, Band On The Run, Venus And Mars et le single Live And Let Die !

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Etrange, atypique, Wild Life l'est, assurément. Inexistant en CD depuis que les albums de Macca ont été retirés de la vente en attendant leur réédition dans la série des Archive Collection (pour le moment, cinq d'entre eux ont été réédités : McCartney, Ram, Band On The Run, Wings Over America et McCartney II, et le rythme des rééditions est pour le moins leeeeeeent, depuis son lancement en 2010), trouvable uniquement en occasion (CD ou vinyle ; je l'ai en vinyle, comme les autres Macca, solo et Wings), Wild Life est un disque assez frustrant par moments, et je dois dire qu'au départ, lors des premières écoutes, je n'en étais pas fan ; plus drôle encore, lors de la première écoute et ce, pendant l'écoute des trois premiers morceaux, je me suis vraiment demandé si c'était un disque de Macca ! Mumbo est en effet un rock solidement charpenté et interprété par un Macca survolté, limite hystéro, et gueulant comme un ravagé, difficile de reconnaître sa voix parfois. Le morceau a clairement été enregistré live en studio, le cri que pousse Macca au tout début (Take it, Tony !, destiné à l'ingénieur du son du studio, pour l'encourager à graver sur bande ce qui va être joué) en est la preuve, et l'ambiance survoltée aussi.  Bip Bop (dont la mélodie sera source d'inspiration pour Voulzy et Souchon pour le J'Ai Dix Ans de ce dernier, fait quelque trois/quatre ans plus tard) est, lui, un morceau acoustique, reposant, folkeux, mais là aussi, la voix de Macca, assez enfantine et nasillarde, est difficile à reconnaître (si on ne sait pas que c'est lui, on ne trouve pas de quil il s'agit en écoutant le morceau). Enfin, Love Is Strange (reprise, la seule du disque, de Bo Diddley) est un...reggae qui est instrumental durant au moins une bonne moitié de ses quasi 5 minutes. Une fois le chant (en duo avec Linda) qui déboule, pas de souci, on reconnaît Macca, mais en attendant, ce reggae instrumental, de la part de Macca, c'est pour le moins étonnant. Seul le dernier titre de la face A, Wild Life (quasiment 7 minutes), est typique, dans un sens, de Macca, une chanson sur les mauvais traitement subis par les animaux de la part des Hommes. Musicalement, c'est sublime. Pour le texte, c'est pas mal du tout, mais un journaliste estimera qu'avec cet album, Macca touche son nadir, niveau composition (mauvaise langue !).

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La face B est plus convenue, et débute avec le plutôt long (6 minutes) et sympathique (et doux) Some People Never Know, avant de passer au court I Am Your Singer, interprété en duo par le couple d'amoureux, morceau à la production un peu décalée (des effets grésillants, volontaires). Après ce titre, on a droit à un morceau non-crédité, instrumental et court (45 secondes environ) du nom de Bip Bop Link, sorte de petite reprise de la mélodie de Bip Bop. Malgré ce qui est dit sur certains sites web, ce morceau et un autre situé en toute fin d'album (Mumbo Link, reprise instrumentale et de 50 secondes d'un riff issu de Mumbo) ne sont pas des bonus-tracks de l'édition CD de 1993, mais se trouvaient bel et bien sur l'album vinyle de 1971. En possédant un exemplaire, j'en atteste solennellement. Mais rien, sur la pochette ni sur les étiquettes de face (les 'labels') ne les crédite. On les distingue seulement (et surtout le premier) grâce à la séparation des titres sur les sillons vinyle. Après, on a Tomorrow, sans doute le morceau le plus connu, une bien belle chanson, la plus McCartneyienne du lot. Et, enfin, en guise de conclusion, les quasi 6 minutes de Dear Friend, chanson écrite pour tendre la main à Lennon à une époque où les deux ex-Beatles étaient en froid polaire (et Lennon n'aura pas vraiment envie de répondre gentiment, pour le moment, à cette invitation à l'apaisement ; ce n'est que vers 1973 que ça se calmera). Dear Friend, une sorte de télégramme de Macca à Lennon, est une splendeur qui sera utilisée comme preuve par un journaliste pour clamer que Macca n'est pas qu'un chanteur/auteur-compositeur de chansons mièvres, gentillettes et sucrées ; entre la voix un peu triste, la mélodie déchirante et sobre et les paroles, il y à de la gravité, ici. Une magnifique manière d'achever l'album, et selon moi, le sommet de Wild Life.

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Mais il est clair qu'en dépit de contenir quelques chansons vraiment remarquables (Some People Never Know, Wild Life, Dear Friend, Tomorrow, Mumbo...en revanche, si Bip Bop est pas mal, je m'en suis un chouïa lassé), Wild Life est tout de même un disque atypique et un peu frustrant de Macca et de ses Wings (lesquels sont au nombre de 4, à l'époque, au fait : le couple McCartney, le batteur Denny Seiwell et le guitariste Denny Laine), leur album le moins réussi probablement, à égalité avec Back To The Egg (1979, leur dernier opus). Et je dois dire que je préfère un peu Back To The Egg à Wild Life, d'ailleurs, qui est donc l'album des Wings que j'aime le moins, tout en étant, cependant, très loin de le détester. Disque étrange, méconnu, sous-estimé, ce premier opus des Wings ne permet pas encore de se rendre compte à quel point ce groupe sera capable de surprendre par la suite, mais il offre quand même de très très bons moments, et si vous aimez McCartney et les Wings, c'est essentiel. Mais pas un disque recommandé pour découvrir son autre grand groupe après les Beatles (à moins d'avoir envie de découvrir les Wings de manière chronologique).

FACE A

Mumbo

Bip Bop

Love Is Strange

Wild Life

FACE B

Some People Never Know

I Am Your Singer

Bip Bop Link

Tomorrow

Dear Friend

Mumbo Link

Ce long clip offre tout le disque original, plus des bonus-tracks comme Give Ireland Back To The Irish. En gros, la version CD 1993 à l'heure actuelle épuisée !