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 Après un premier album assez monstrueux (mais pas parfait à 100% non plus) en 1983, Metallica se doit, pour son deuxième album, de récidiver avec encore plus de panache, de monstruosité, de réussite. Ca sera fait avec ce qui restera comme leur album studio officiel le plus court (si on veut bien mettre de côté l'E.P. de 1987 The $5.98 E.P. Garage Days Re-Revisited, qui dure 25 minutes à la base avant d'avoir été, en CD, transformé en la double compilation Garage Inc. en 1998), avec une durée de 47 minutes tout de même (pour 8 titres) : Ride The Lightning. Un disque surpuissant, quasiment parfait, servi par une production efficace du groupe lui-même (assisté par celui qui co-produira, avec le groupe, l'album suivant, Fleming Rasmussen), un album enregistré au Danemark (pays de naissance du batteur du groupe, Lars Ulrich) au printemps 1984, sorti plus tard la même année, sous une pochette électrique et choc montrant à la fois un violent orage et une chaise électrique. Au verso, quatre photos individuelles du groupe en action, de gauche à droite et de haut en bas, James Hetfield (chant, guitare), Kirk Hammett (guitare),Lars Ulrich (batterie) et Cliff Burton (basse). On notera l'expression très bad boy d'Ulrich, à la limite de la caricature (et qui me fait bien marrer, ce mec a souvent posé, sur les photos du groupe, avec des mimiques impayables !) et l'expression rhââ putain, j'ai juté dans mon slip de Cliff Burton, qui décèdera hélas dans un accident de la circulation juste après la sortie de Master Of Puppets, en 1986 (le troisième album du groupe).

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Verso de pochette (ici une édition collector double vinyle)

S'il n'est pas le préféré, généralement, des fans de Metalloche, ni celui considéré comme leur sommet (Master Of Puppets, généralement, récolte le double honneur ; il faut dire qu'il y à de quoi, à l'écouter !), Ride The Lightning ne mérite cependant que du profond respect. Si on veut bien oublier deux chansons moins fortes que le reste (Trapped Under Ice et Escape, les deux courts - entre 4 et 4,30 minutes - titres ouvrant la face B), l'album est monumental. Il possède un thème récurrent à toutes les chansons ou presque, un thème bien gentillet, propre sur lui : la Mort. Hein, que c'est bien, comme thème d'album ! Fight Fire With Fire, chanson d'ouverture, parle du feu nucléaire (qui semble sortir de la bouche d'Hetfield, tant le chanteur semble vénère durant tout le disque ; il n'est pas encore totalement maître de sa voix, comme pour Kill 'Em All, on a overdubbé sa voix, rajouté de l'écho pour la rendre plus efficace) ; Ride The Lightning parle d'un condamné à mort qui passe sur la friteuse : Flash before my eyes, now it's time to die/Burning in my brain, I can feel the flame. For Whom The Bell Tolls est inpiré par le roman du même nom (Pour Qui Sonne Le Glas) d'Ernest Hemmingway, qui a dit que les thrash-metalleux de Metallica ne lisaient pas ? Un morceau époustouflant, sans aucun doute mon préféré de l'album, une chanson qui, tout comme Mother de Lennon et Hells Bells d'AC/DC, s'ouvre par un lourd et pesant tocsin de cloche... La chanson parle de la guerre. On notera un break de batterie tuant dans le second couplet, juste après la ligne He hears the silence so loud. Lars Ulrich a tout mon respect rien que pour ces roulements fantastiques ! Tout rikiki, le mec, mais maousse costaud ! On a Fade To Black en final de la face A, chanson désespérée écrite par Hetfield après que le groupe ait subi un coup du sort (vol d'une partie de leur matos). La chanson ne parle pas de ça, mais de suicide, d'un mec qui veut en finir, et qui, on le devine dans le final, a réussi son suicide. La chanson est la première power-ballad du groupe, avant The Unforgiven, Nothing Else Matters et One. D'abord d'une tristesse insondable (paroles très sombres, mélodie déchirante, chant habité et lourd de sens, pour moi, Hetfield aura rarement aussi bien chanté qu'ici), la chanson vire au délire thrash dans son final, un solo de guitare monumental.

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La suite de l'album est au départ moins forte : Trapped Under Ice, qui parle d'un homme se noyant dans un lac gelé, coincé sous la couche de glace, est pas mal, mais assez mineure quand même, et Escape, qui ne parle pas de mort, mais d'une évasion d'un taulard, est la moins forte de l'album, de loin. Le thème mortifère revient avec le monumental Creeping Death, qui parle d'une des Plaies d'Egypte (voir le film Les 10 Commandements), la mort des premiers-nés mâles égyptiens (dont le fils du Pharaon en première ligne). Terrible chanson. Et on a ensuite les 9 minutes instrumentales de The Call Of Ktulu, inspiré par l'oeuvre d'Howard Philips Lovecraft (le cycle de Cthuhullu, créature informe, païenne, terrifiante et tentaculaire). Une ambiance prenante, pesante, tout du long, et un final dévastateur qui, à chaque fois, me retourne les boules, me les fait changer de place, tellement c'est puissant. Je ne vous parle même pas de ce que ça donne en live, voir (ou plutôt, écouter, ah ah ah) S&M, sur lequel la version métallo-symphonique (comme tout le reste du double live) de ce morceau est à tomber à poil dans un buisson de sumac vénéneux et à en redemander. C'est un final anthologique pour le morceau, et sans doute la meilleure fin d'album de toute la carrière de Metallica, car si on prend les dernières chansons des autres albums, bien peu sont aussi quintessentielles (Metal Militia ? Sûrement pas ; Damage Inc. ? Oui, pas  mal, mais... ; Dyers Eve ? Idem ; The Struggle Within ? Idem ; je ne parle pas de la suite, ça me ferait mal, et à vous aussi). Pour finir, ce disque est une tuerie, et mon préféré de Metallica, à défaut d'être leur sommet absolu, Master Of Puppets étant, avec ses généreuses 54 minutes (pour autant de titres que Ride The Lightning), encore plus puissant. Mais, franchement, ce deuxième opus des Four Horsemen est à se payer absolument si vous aimez le hard-rock et le heavy-metal. Un des sommets absolus d'une année 1984 en règle générale assez moyenne (mais ayant quand même offert Born In The U.S.A. ou Powerslave).

FACE A

Fight Fire With Fire

Ride The Lightning

For Whom The Bell Tolls

Fade To Black

FACE B

Trapped Under Ice

Escape

Creeping Death

The Call Of Ktulu