M1

 Ayant eu envie de reparler de Metallica, je me suis dit quel album je vais bien pouvoir réaborder (tous ont été faits ici) ? J'aurais pu rajouter ma chronique à celle que Buckley92 avait fait, en 2016, sur Hardwired...To Self-Destruct, leur dernier en date. Il avait été pour le moins assassin, le petit canaillou, classant le disque dans les ratages, ce que je n'aurais, je pense, pas fait si j'avais rédigé la chronique à l'époque. Mais en y réfléchissant bien, finalement, c'est pas plus mal, parce que tout en étant meilleur que St. Anger (mais faire pire que cette immonde merde de 2003 aurait été difficile, digne d'éloges même s'ils avaient réussi), et tout en offrant au final de meilleures chansons que la majeure partie de Load et ReLoad (1996 et 1997), ce dernier cru en date est tout de même épuisant. Et foutage de gueule : deux CDs alors que le total fait 77 minutes, tout tiendrait sur un seul CD. Mais ça, c'est un détail, même si, pour moi, ça a son importance (disque vendu plus cher que ce qui aurait du être). Alors, je réaborde quoi ? ...And Justice For All, ce fut le cas il y à quelques mois. Décidément, ce cru de 1988 offre de grandes, très grandes chansons, mais je ne peux plus l'écouter, sa production est définitivement épouvantable. Le Black Album de 1991 est un tueur, production monstrueuse (la batterie, si on écoute l'album au casque et à volume respectable, est capable de vous tabasser par la force du son, c'est physiquement douloureux), chansons qui suivent, rien à dire. Death Magnetic ? 10 ans que je ne l'ai pas réécouté, ou presque. Ca veut tout dire. S & M ? Je l'ai toujours trouvé aussi inégal (de grands moments, hein : One, For Whom The Bell Tolls, The Call Of Ktulu, c'est du grand art) que fondamentalement épuisant, aussi. Le premier opus, Kill 'Em All ? Sincèrement, je ne l'ai jamais aimé (il sent l'amateur, notamment dans la voix et la production), malgré une ou deux chansons qui tuent. 

M2

Alors, quoi ? Bon, ben, on va prendre mon préféré du groupe, hein. Ride The Lightning, leur album le plus court (l'EP Garage Days mis à part), avec seulement 47 minutes. Leur deuxième album, sorti en 1984 sous une pochette qui bute, album enregistré à Copenhague, Danemark, pays natal du batteur du groupe Lars Ulrich, album coproduit par le groupe et Flemming Rasmussen (l'album suivant, Master Of Puppets en 1986, sera fait aux mêmes studios, avec le même producteur). Que dire ? J'ai découvert Metalcaca (un ami à moi, vraiment pas fan du groupe de Hammett et Hetfield, les surnommait ainsi) avec le Black, comme pas mal de monde, mais pas à sa sortie, pardon, j'avais 9 ans. Je les ai découverts sur le gros tard : ils avaient sorti ReLoad à l'époque, mais pas encore S & M (que mon pote appelait M & M's...le con), c'était donc en 1997/98. Je suis à Londres, je visite. Je me rends à Harrods, et là, au rayon musique, j'achète du Metallica. On ne se refait pas : en visite en Perfide Albion, de passage dans ce qui est probablement le plus beau grand magasin généraliste au monde (le Printemps, à côté, c'est l'épicerie du coin de rue à Nogent-le-(g)Rotrou), qu'est-ce que j'achète, impayable que je suis, au lieu de boîtes de thé (bon, j'ai aussi acheté du thé, hein) ? Des CDs. Chers, d'ailleurs : 22 livres le Black. Pareil pour Exile On Main St. des Stones, écouté le soir dans la chambre d'hôtel (ce ne fut pas autant le kif que vous pourriez croire ; l'album ne se révèlera à moi qu'au bout de quelques écoutes ; mais ce fut cool quand même). Le Black ce fut dans l'Eurostar. J'ai aimé, et peu de temps après, j'ai acheté d'autres albums du groupe : les deux premiers. Suivi des deux suivants. Et les autres, ça a été plus tard (bien échaudé par les critiques de St. Anger, j'ai mis du temps avant de l'acheter, profitant d'une opération du type soldes pour le prendre à 6 euros), même que j'ai acheté les deux plus récents au moment de leurs sorties, je suis un ouf', n'est-ce pas ?

M3

Ride The Lightning, que je ne vais pas abréger en acronyme sinon ça ferait trop station de radio, est mon préféré du groupe en grande partie parce que c'est le plus court, le plus tassé ; j'ai bien conscience que dire ça signifie que j'assume pleinement ne pas être fan du groupe (ne plus en être fan, en fait), mais tu sais quoi ? Oui, tu le sais, ça tombe bien car ça m'évite de dire que je m'en fous comme de la première fois que j'ai mangé du thon à l'huile sur du pain tranché. L'album souffre peut-être encore un peu d'une production un petit peu écrasée (on est en 1984, après tout, la préhistoire du thrash metal), et surtout de deux morceaux moins grandioses que le reste : Trapped Under Ice et Escape, les deux premiers de la seconde face (c'est d'ailleurs bien con que les deux morceaux les moins bons se suivent, ça fait un beau petit ventre mou). Mais le reste est à se taper le cul sur une planche à clous. Que dire face à une telle brochette de classiques ? Le morceau-titre, sur un condamné à mort se faisant passer un coup au-dessus/un coup au-dessous sur la Grande Friteuse...Creeping Death, sur une des 10 Plaies d'Egypte (la mort des premiers-nés)...et surtout, sur-bon Dieu de-tout, trois morceaux qui rendent ce disque tout simplement mythique, et j'en ai déjà cité deux plus haut : For Whom The Bell Tolls, sur la guerre (le titre est aussi celui d'un roman d'Hemingway) avec son intro de malade (piquée sans doute à AC/DC ceci dit, l'idée des cloches de l'Enfer, voire à Lennon et son Mother), ses breaks de folie, ces ruades de batterie de dingue (He hears the silence so loud... RAM RAM RAM-PAN !!, ce passage...). Fade To Black, power-ballad déprimante comme un bulletin de salaire de gréviste non-syndiqué, chanson sur le suicide, qui donne l'impression que quand il l'a écrite (après que le groupe se soit fait piquer du matos), Hetfield semblait vraiment sur le point de se tuer (ça respire la haine de soi, mais d'une force...sa voix quand il dit Emptiness is filling me to the point of agony...frissons). Et The Call Of Ktulu, dont le titre est aussi celui d'une terrifiante nouvelle (mais terrifiantes, toutes le sont, de toute façon) de Lovecraft, un instrumental oppressant et grandiose de plus de 8 minutes qui s'achève, et achève le disque, sur une dinguerie de malade qui filerait la bandaison du siècle à une Mère Supérieure d'un couvent de carmélites creusoises : des giclées de guitare et ruades de batterie ultra synchronisées qui donnent une méchante et sale envie de refoutre tout le bouzin à zéro, 47 minutes (malgré deux temps vides en début de face B) démentielles, géniales, le sommet du groupe. Oui parce que même si Master Of Puppets est immense aussi, il est, je pense, un poil trop long (56 minutes) parfois. Là, c'est parfait, rien à dire. 

FACE A

Fight Fire With Fire

Ride The Lightning

For Whom The Bell Tolls

Fade To Black

FACE B

Trapped Under Ice

Escape

Creeping Death

The Call Of Ktulu