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 J'ai des envies de reparler de Chicago. Pas la ville, hein, mais le groupe. Ca se soigne sans doute, les envies irrépressibles de parler de Chicago, mais je n'ai pas envie d'être vacciné contre ça, merci bien. Autant le dire, je suis raide dingue du début de carrière de ce groupe, les trois premières années (à partir de 1972, en revanche, et malgré quelques bons moments sur leur Chicago VII de 1974 et leur Chicago X de 1976, je ne suis plus très fan, je trouve qu'ils tournent un peu en rond), lesquelles sont les plus dingues, concernant ce groupe.

Déjà, ils ont enquillé trois double albums studio et un quadruple live, durant cette période 1969/1971. Direct, ça calme.

Ensuite, ces mecs étaient nombreux : sept en tout. Un seul guitariste (mais il faut voir lequel : Terry Kath, mort connement en 1978 en perdant à la roulette russe, était si bon que Jimi Hendrix, quand on lui demandera un jour quel effet ça faisait d'être le meilleur guitariste au monde, répondra je ne sais pas, demandez à Terry Kath), mais un saxophoniste, un tromboniste, un trompettiste en plus des rôles usuels.

Chicago était une sorte de big band de rock, un groupe de jazz-rock, en fait, produit par le grand James William Guercio, futur fondateur des Caribou Ranch Studios. Fondé en 1968, ce groupe s'appelait, à la base, Chicago Transit Authority, et c'est sous ce nom ronflant qu'ils sortent, en 1969, leur premier album, sans titre et qui, vous le savez si vous avez bien suivi ce début d'article, est donc double. 76 minutes, pour 12 titres (trois par face). Sous une pochette pas forcément super réussie (une sorte d'écusson bleu sur fond noir avec le nom du groupe, déjà sous leur fameux lettrage chiadé, visuel qui, au verso, est reproduit en tout petit), au passage, mais il faut voir les pochettes suivantes, aussi, et on relativise rapidement. 

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Après la sortie de ce disque, le groupe est sommé, par la Chicago Transit Authority (la compagnie des transports publics de Chicago), de changer leur nom. Ils optempèrent, et deviennent donc Chicago (la ville ne leur pas demandé de changer de nom, encore heureux). De toute façon, il y à fort à parier que si CTA (c'est plus court) avait continué de s'appeler ainsi, on les aurait renommés Chicago parce que ça fait plus court (Just call them Chicago, comme les notes de pochette le disent). Comme tous les albums du groupe, de leur premier à leur onzième, ne porte pas de titre, mais un simple numéro en chiffres romains, le deuxième album du groupe s'appelle Chicago et est surnommé Chicago II, et le troisième, Chicago III (officiellement, lui). Ce Chicago Transit Authority est donc aussi appelé, chez les fans, Chicago I. On s'y perd.

Musicalement parlant, ce premier cru de Chicago est une réussite majeure et incontestable à ranger à côté du premier Blood, Sweat & Tears (Child Is Father To The Man). Mais ici, c'est, double album oblige, en plus développé. L'album démarre par une Introduction de plus de 6 minutes qui permet à tous les membres de briller un peu, avec le chant de Kath entre chaque participation (il n'est pas le seul à chanter sur le disque). Does Anybody Really Know What Time It Is ? est, elle, interprétée par le claviériste Robert Lamm, et est un des singles promotionnels de l'album (il faut dire que sa structure, moins de 5 minutes, le permettait). La face A se termine sur les 8 minutes, aussi interprétées par Lamm, de Beginnings, qui se termine sur une atmosphère un peu latino/samba avant l'heure, de toute beauté.  

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La B s'ouvre sur Questions 67 And 68, interprétée par le bassiste Peter Cetera, une chanson remplie de cuivres (signés Walter Parazaider pour le saxo, Lee Loughane pour la trompette, James Pankow pour le trombone ; et la batterie est de Danny Seraphine, comme ça, j'aurai cité tout le monde) et très entraînante, avant de laisser la place à Listen, très court et un peu passe-partout. Rien qui ne puisse préparer au double choc qui suit, Poem 58 (plus de 8 minutes dotées d'un solo de guitare à tomber le cul par terre) qui achève la seconde face et Free Form Guitar, instrumental de presque 7 minutes rempli de feedback, qui ouvre la troisième face. Il fallait oser, même en 1969, faire un morceau de ce genre, aussi long et abrasif ! C'est du Lou Reed 1975 avec quelques années d'avance ! South California Purples et une reprise à tomber du I'm A Man du Spencer Davis Group (déjà un hit dans sa version originale, la reprise par CTA en sera un aussi) achèvent parfaitement la face C. La dernière face est quasi entièrement live et démarre par deux extraits d'un concert donné le 29 août 1968 à Chicago. Prologue dure moins d'une minute et on y entend la foule répéter le slogan The whole world watching, allusion à l'arrestation brutale, la veille, de manifestants anti-Vietnam, pendant la Convention Démocrate Nationale. Il me semble que dans le Revolution 9 des Beatles, des bribes de ce chant de la foule sont insérées. Someday, qui suit, est une chanson classique de 4 minutes, qui ne laisse pas l'auditeur se préparer au dernier choc, le quasi quart d'heure de Liberation, enregistré live en studio, qui force le respect (la guitare, encore). Voilà de quoi achever en fanfare un premier album certes long (mais rarement un double album semblera être aussi parfait), mais rigoureusement essentiel. Le meilleur du groupe, sans doute. 

FACE A

Introduction

Does Anybody Really Know What Time It Is ?

Beginnings

FACE B

Questions 67 and 68

Listen

Poem 58

FACE C

Free Form Guitar

South California Purples

I'm A Man

FACE D

Prologue, August 29, 1968

Someday (August 29, 1968)

Liberation