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Berlin ne s'est pas bien vendu, et a été très mal reçu. Lou Reed, donc, pour essayer d'inverser les choses, et franchement mécontent d'un tel accueil pour ce qu'il estimait être le Sgt. Pepper des 70's, va organiser une tournée mondiale totalement destroy, au cours de laquelle il livrera des versions cataclysmiques, heavy, brutales, de ses nouvelles chansons, de ses classiques solo, et aussi des chansons du Velvet Underground. Un live officiel sortira en début 1974, Rock'n'Roll Animal (live qui reprend le titre d'un bootleg de la tournée, devenu culte avec le temps), sur lequel on peut notamment entendre un Heroin de presque un quart d'heure (13 minutes, en fait) totalement mystique, presque angoissant, au cours duquel, sur scène, il va jusqu'à mimer un fix d'héroïne, il s'y connaissait, à l'époque. Bien que critiqué par certains (les fans du Velvet, les réactionnaires musicaux) comme étant un disque putassier sur lequel il transforme les chansons de son ancien groupe en bêtes à clous et cuir, Lou Reed est content, parce que le live cartonne, et que Berlin va, lentement, mais sûrement, se faire réhabiliter (beaucoup de rock-critics qui ont dézingué l'album en 1973 l'encenseront quelques années plus tard, presque sans s'excuser de ce revirement d'opinion). Puis Lou, alors dans un sale état (drogué jusqu'à l'os, alcoolo en prime, il s'est presque rasé le crâne, s'est teint en blond/jaune ce qui restait, sculptera même, temporairement, une croix gammée dans les cheveux - rappelons qu'il était juif, tout comme son manager de l'époque, Steve Katz, donc on va éviter les conneries du style antisémite, hein ?), va enregistrer Sally Can't Dance, disque de funk/glam/rock sympa comme tout, mais un peu mineur. Il cartonnera (placé dans le Top 10 ricain) comme aucun autre album de Lou avant (ni après ?), au grand dam du principal intéressé, qui n'y pigera que pouic (il dira le pire je suis, le plus haut le disque se place dans les charts. Le prochain article, je ne jouerai pas dessus, et vous verrez, il sera numéro 1 !).

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Publicité d'époque ; la photo est aussi celle du verso de pochette

Pour surfer sur le succès de Rock'n'Roll Animal, RCA, la maison de disques de Lou, décide de sortir un autre live, qui propose 6 titres (pour 38 minutes ; contrairement à l'autre live, la réédition CD ne contient aucun bonus-track) issus du même concert que celui ayant donné le précédent album, à savoir le concert du 21 décembre 1973 à la Howard Stein's Academy Of Music de New York. Le disque sort sous une pochette noir & blanc prise par un photographe de l'édition italienne de Vogue, photos (recto et verso) prises au cours d'une interview donnée à ce magazine par Lou. L'album s'appelle Lou Reed Live, ou Live, et il ne valait mieux ne pas (trop) en parler au principal intéressé. Pourquoi ? Parce que si Rock'n'Roll Animal est sorti sur idée de Lou, Live, lui, a été fait sans son accord. Il ne cessera de gueuler vis-à-vis de RCA, qu'ils ont sorti ce disque pour essayer de se faire un peu plus de fric. Lui, de son côté, il me semble, préparait Metal Machine Music, qui sortira en juillet 1975, quatre mois après ce deuxième live. Metal Machine Music, on ne va pas revenir dessus, dont la pochette le montre sur scène, sur fond noir, tel un album live (il paraît que des gens ont confondu Live et MMM, faut quand même pas déconner, difficile de confondre...), et dont le contenu...j'ai dt qu'on n'allait pas revenir dessus, OK ? Bon, de là à dire que Lou a fait MMM pour se venger de RCA qui a cherché à se faire du fric sur son dos, je n'irai pas jusque là, mais en tout cas, en 1976, Lou passe sur Arista Records. 

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Mais le contenu musical de Lou Reed Live, il vaut quoi ? Qualité audio identique à celle du précédent live (on a juste une différence concernant les deux guitares : le mix propose Steve Hunter sur le canal de droite, et Dick Wagner sur celui de gauche, alors que sur Rock'n'Roll Animal, c'est l'inverse), qualité musicale identique, mais c'est normal : les sources sont les mêmes, le même concert que pour l'autre live. Comme je l'ai dit dans ma précédente chronique, si vous possédez les deux albums en CD (pour Rock'n'Roll Animal, il faut la réédition avec deux bonus-tracks, pas la première ni le vinyle d'époque, pour ça), vous avez, dans le désordre, tout le concert du 21 décembre 1973. Ici, on a trois extraits (tous sur la face A) de Transformer, un du Velvet (ouverture de la face B) et deux de Berlin (reste de la face B), dans des versions cloutées et heavy, qui dénaturent, il est vrai, quelque peu Satellite Of Love et Walk On The Wild Side (encore que pour ce dernier, la charge électrique soit nettement amoindrie) mais sont dans l'ensemble d'une redoutable efficacité (Sad Song, Vicious, I'm Waiting For The Man). En ce qui me concerne, ce Live est aussi rigoureusement essentiel que le précédent, dont il est le parfait complément. Je n'écoute jamais l'un sans l'autre, comme s'il s'agissait en fait d'un double album sorti en deux volumes séparés. C'est en fait, le cas, dans un sens. Alors, certes, RCA aurait pu demander son avis à Lou au moment de sortir ce disque, mais ce n'est pas un cas isolé (Genesis Live sortira sans la permission de Genesis, notamment), et ça n'empêche en rien ce live d'être excellent. Il est aussi, comparé à l'autre live issu du même show, très méconnu, presque oublié, donc, il faut réparer ce retard !

 FACE A

Vicious

Satellite Of Love

Walk On The Wild Side

FACE B

I'm Waiting For The Man

Oh, Jim

Sad Song