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 Parlez d'un album culte. Dans la légende du rock, ce disque, double à sa sortie (tout tient sur un seul CD, mais l'édition des 25 ans propose un court disque supplémentaire de 21 minutes et 3 morceaux inédits), est à une place de choix. A la droite du Seigneur. Et pour certains même, carrément à la place du Seigneur ! Ce double live offre 76 minutes de pur bonheur hard-rock, et rock tout court, et était vendu, à l'époque, au prix d'un simple album, à la demande express du groupe, Deep Purple. Louable intention qui a permis à l'album d'encore mieux se vendre que s'il avait été vendu au prix fort, les double albums étant, normal, plus chers que les simples (de même que leur coût pour un groupe était plus élevé). Ce disque est live, donc, et a été enregistré en 1972 (année de la sortie de l'album, d'ailleurs), pendant la tournée Machine Head (même année pour l'album), au cours de plusieurs concerts donnés au Japon. Ce qui explique son titre, Made In Japan. Tout est culte ici : le lettrage utilisé, la couleur de pochette (dorée ; l'édition CD double des 25 ans a un code de couleurs inversé, lettrage doré sur fond noir, allez savoir pourquoi), les photos utilisées, l'intérieur de pochette en allusion au drapeau nippon (voir ci-dessous), le tracklisting, les versions des morceaux présentes ici... ainsi que le personnel de Deep Purple à l'époque, leur formation MkII, la plus réussie : Ian Gillan (chant), Ritchie Blackmore (guitare), Roger Glover (basse), Jon Lord (claviers), Ian Paice (batterie).

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Intérieur de pochette

Ce disque, le groupe l'a voulu afin de, selon eux, tuer le marché parallèle, les bootlegs du groupe commençaient en effet à fleurir. Deep Purple n'avait pas encore de live officiel dans leur discographie, or il est de notoriété commune qu'un groupe ne commence réellement à être important qu'à partir de son premier live officiel, qui est une sorte de passage obligé. Il ne fallait pas rater ce disque, surtout que les albums studios s'étaient bien vendus (In Rock, Fireball, Machine Head) et que la demande était forte chez les fans. Made In Japan va sortir en 1972 et sera immédiatement accueilli dans la liesse. Avec un disque de plus, la joie aurait confiné au délire. L'album sera immédiatement qualifié de meilleur live jamais sorti, c'était même clairement indiqué sur les affiches publicitaires (voir le livret de la réédition CD des 25 ans), We think it's the best live performance ever made, voilà de quoi mettre les choses au clair de lune à Maubeuge, pas vrai ? Qui plus est, ce live est sincère, tout comme Live/Dead du Grateful Dead : aucune modification studio, aucun réenregistrement, aucun overdub, pas de coupes brutales de passages mal foutus, non, c'est du pur jus pressé à la main avec amour par votre grand-mère, du live brut de décoffrage. Du producteur au consommateur, commerce équitable estampillé Max Havelaar. Par exemple, Ian Gillan estime sa performance ratée, il avait, selon lui, une bronchite, et ne peut pas supporter sa voix sur le live. Force est de constater qu'il déconne sévère, il chante bien puissamment ici, voir son impro vocale à la fin de Strange Kind Of Woman (ou plutôt, au début de Lazy ; enfin, entre les deux titres !). Mais n'aurait-il pas pu réenregistrer ses voix en studio, dans ce cas, s'il n'était pas content de lui ? Que t'chi, il n'a rien touché. De même, Ritchie Blackmore loupe un ou deux accords, il y à des pains assez gros par moments (Highway Star, par exemple, Space Truckin'), mais rien n'a été refait. Ca respire live, comme si on se trouvait sur place. En fait, Made In Japan sonne comme un enregistrement pirate de qualité sonore exemplaire, mais sorti officiellement (les albums pirates n'étaient pas refaits en studio, généralement, c'était rapidement pressé et vendu sous le manteau) !

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Verso de pochette

L'album possède un défaut selon moi : Space Truckin'. Je n'aime pas ce morceau originellement issu de Machine Head. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne l'aime pas, point barre ! Et ici, il occupe toute la dernière face, avec 19,55 minutes environ, quasiment 20 minutes quoi. Toutes les 20 minutes ne sont pas entièrement occupées par le morceau, en fait : on a une bonne grosse part d'improvisation collective dans les 2/3 du morceau. Mais je trouve que 20 minutes, c'est trop long pour ce morceau, ou alors, j'aurais préféré que cela soit Child In Time, Highway Star ou Lazy qui durent aussi longtemps plutôt que Space Truckin'. Mais c'est comme ça et on n'y peut rien... A noter quand même que ce dernier titre recèle de bons moments guitaristiques, et également un passage assez culte, la fausse fin. Le public croit que c'est fini, et applaudit, mais hop, ça repart un peu, et une fois que ça se finit vraiment, on a un temps de silence éberlué et un peu prudent de la part du public (du style bon, c'est la bonne, là, ou on va encore passer pour des cons ?) avant les applaudissements et clameurs achevant le disque avec une envie de le refoutre direct sur Highway Star, le fantastique premier morceau. Les 7 titres, même ce Space Truckin' final, détonnent vraiment. Qui n'a jamais entendu cette version époustouflante de 12 minutes de Child In Time, ou ce solo de batterie puissant de 9,30 minutes sur The Mule (on y entend un riff de guitare très proche de celui du Moby Dick de Led Zeppelin - leur solo de batterie attitré ! - en accéléré, à un moment donné), n'a rien entendu. Smoke On The Water, qui n'avait que quelques mois d'existence mais semblait déjà immortel et intemporel, Lazy (11 minutes, enfin quasiment, de blues heavy bien prenant), Strange Kind Of Woman (chanson sortie en single à l'époque de Fireball, absente des albums studio à l'époque), tout percute. Seul regret, l'absence de Flight Of The Rat, Hard Lovin Man, No One Came, Maybe I'm A Leo, Pictures Of Home, When A Blind Man Cries. Oui, il aurait fallu un troisième, et même un quatrième disque ! En supposant que le groupe avait joué ces morceaux au cours de leurs concerts 1972, ce qui n'est pas forcément sûr.

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Une affiche publicitaire d'époque

Puissant du début à la fin, malgré mon désamour pour Space Truckin' et ma frustration de savoir que c'est justement ce morceau qui dure le plus longtemps ici, Made In Japan est un disque important pour moi, et pour pas mal de fans de rock. Un album comptant parmi les meilleurs lives au monde, et même considéré, bien souvent, comme LE live par excellence, devant Live/Dead du Grateful Dead, At Fillmore East du Allman Brothers Band, Live At Leeds des Who, Live After Death d'Iron Maiden, Live And Dangerous de Thin Lizzy, Alive ! de Kiss, Live At The Star-Club de Jerry Lee Lewis et How The West Was Won de Led Zeppelin (le plus récent à la sortie, mais datant de la même année que le Deep Purple pour l'enregistrement). On le voit, ces disques sont vraiment les darons, c'est du lourd, mais Made In Japan, en partie grâce à sa production no shit (rien n'a été modifié, retiré ou ajouté) et en partie grâce à l'incroyable puissance de la musique présente sur ses quatre faces, est clairement celui qui se place au-dessus de tout le reste. C'est en tout cas mon opinion, et ce, même si je regrette vraiment la présence de Space Truckin', c'est dire si j'adore quand même l'album dans sa globalité et s'il est important pour moi !

FACE A

Highway Star

Child In Time

FACE B

Smoke On The Water

The Mule (Drum Solo)

FACE C

Strange Kind Of Woman

Lazy

FACE D

Space Truckin'