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 Quand Lou Reed a quitté le Velvet Underground, en 1970, à la fin des sessions de Loaded, il n'en menait pas large. Il sort, en début 1972, un premier album, éponyme, qui non seulement n'est pas génial du tout (trop daté en terme de production), mais ne se vendra pas. Heureusement, David Bowie, fan du Velvet depuis toujours (à l'époque, il reprend déjà White Light/White Heat ou I'm Waiting For The Man en live), arrive, et lui propose de lui produire son album suivant, sorti aussi en  1972, Transformer. Enregistré à Londres, l'album offre deux-trois immenses tubes (quiconque affirme, en 2021, n'avoir jamais entendu de sa vie Walk On The Wild Side perd définitivement toute crédibilité, on est bien d'accord ?) et une légion de classiques, sous production glam-rock luxueuse et génialement décadente, façon cabaret berlinois. Berlin, justement, en 1973, est son troisième opus, un disque produit de façon luxuriante par Bob Ezrin, un film pour les oreilles d'un sordide assumé, qui raconte l'histoire d'un couple d'Américains qui, dans le Berlin contemporain, se déchirent (drogue, violences conjugales, retrait des enfants par l'assistance sociale, tromperies, prostitution, suicide, rancoeur). 49 minutes de violence morale sous production chatoyante, avec quelques uns des meilleurs musiciens de l'époque (Jack Bruce, Tony Levin, Stevie Winwood, Steve Hunter, Dick Wagner, B.J. Cole, Aynsley Dunbar...). Un bide commercial retentissant, un bide critique d'une rare violence, le disque s'étant fait copieusement assassiner par la quasi totalité de la presse rock. En France, on a adoré, en bons précurseurs. Parce que l'album sera réhabilité, au final, et assez rapidement, on en parle aujourd'hui, souvent, comme de son meilleur album.

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Pour promouvoir Berlin, pour lui redorer le blason, Lou entame (il est alors dans un état épouvantable, bouffi, camé, alcoolo...) une tournée mondiale. A force d'abus divers et variés, il s'émacie, se blafardise. Il finira par avoir un look de rescapé des camps. Au cours de la tournée, destroy bien comme il faut (il y interprète des version totalement heavy de classiques du Velvet et de ses chansons solo, dont évidemment celles de Berlin), des bootlegs commencent à sortir. L'un d'entre eux s'appelle Rock'n'Roll Animal, le titre plaira tellement à Lou (qui tombera, en France, sur le disque dans un magasin) qu'il décidera d'appeler ainsi le live officiel de la tournée, qui sort en février 1974. Rock'n'Roll Animal, donc. 40 minutes (48 en CD remastérisé, qui offre deux bonus-tracks situés entre les deux faces) infernales de rock bien violent et décadent. Seulement 5 morceaux (et, donc, en CD remastérisé, 7), mais il faut voir lesquels : Heroin, White Light/White Heat, Lady Day, Rock'n'Roll... Faut voir les musiciens, aussi : les deux guitaristes Steve Hunter et Dick Wagner, qui ont officié chez Alice Cooper et continueront parfois de le faire, déjà présents sur Berlin ; le bassiste Prakash John, anciennement de Funkadelic ; Pentti "Whitey" Glan à la batterie ; Ray Colcord aux claviers. Le live a été enregistré en une seule nuit : le 21 décembre 1973, à l'Academy Of Music de Howard Stein, à New York, une salle qui n'existe plus depuis belle lurette. Le concert sera tellement réussi qu'un autre live, Lou Reed Live (ou, simplement, Live), sortira - sans l'accord de Lou, qui affirmera toujours détester ce disque - l'année suivante, avec 6 morceaux supplémentaires qui en sont tirés. Si on possède les deux albums en CD, on a, dans le désordre, tout le concert, les deux bonus-tracks de la réédition CD de Rock'n'Roll Animal étant issus du même show. 

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Géniale accroche publicitaire !

Pour une fois, on privilégiera le CD remastérisé plutôt que le vinyle d'époque (pourtant, déjà, remarquable), rapport aux deux bonus-tracks, How Do You Think It Feels et Caroline Says, 1, qui sont aussi bons que le reste. On entend, à ce propos, Lou Reed dire, froidement, shut up ! au public en délire au début du premier bonus-track. Lou était alors plus punk que les futurs punks, traitant ses fans comme de la merde (concerts démarrant en retard, attitude bien froide, insultes, pas de rappels...), ils n'attendaient que ça. Sur Heroin, qui dure ici 13 minutes, il transforme ce morceau déjà hypnotique et sulfureux à la base en, selon les termes d'un rock-critic de l'époque, une messe noire consacrant l'héroïne. Il mime même un shoot, avec seringue, reproduisant chaque geste, les futurs junkies n'auront qu'à prendre des notes en espérant être suffisamment bien placés pour tout voir. Le concert démarre par Intro/Sweet Jane, de folie pure, qui résume parfaitement l'album. Une longue intro guitaristique bien hard-rock, un duel de guitares juste jouissif sans thème particulièrement esquissé, puis, au bout de trois bonnes minutes, le riff cyclique de Sweet Jane retentit, et d'un coup, grosses clameurs de la foule, cris, applaudissements. On comprend que Lou arrive sur scène, d'ailleurs il commence à chanter. On n'a plus qu'à se laisser embarquer dans ce voyage tout de cuir et de métal, dans lequel l'ex-Velvet nous offre des versions hardos de ses anciennes chansons (les fans du Velvet gueuleront au manque de goût, il faut reconnaître que ce n'est pas de la plus grande subtilité) et des nouvelles (le vinyle original n'en offre qu'une, de nouvelle, Lady Day, les quatre autres étant du Velvet...), manière pour lui de chercher à se redorer le blason, à vendre un peu (mine de rien, il s'adapte aux nouvelles sonorités), et, si possible, à faire aimer Berlin aux masses. Le bilan sera positif, même si le Lou a perdu beaucoup de plumes (alcool, drogues, il a été à deux doigts de la folie). L'album suivant sera le très commercial Sally Can't Dance, qu'il essaiera de faire oublier peu de temps après. Pourtant, je l'aime bien, Sally, Can't Dance, malgré tout ce qui a été dit à son sujet, et malgré ses tares, car il en a...

FACE A

Intro/Sweet Jane

Heroin

FACE B

White Light/White Heat

Lady Day

Rock'n'Roll

Version CD :

Intro/Sweet Jane

Heroin

How Do You Think It Feels

Caroline Says, 1

White Light/White Heat

Lady Day

Rock'n'Roll