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 Allez, encore un petit peu de Neil Young. Il n'est pas exclu que dans les semaines à venir je reparle d'autres de ses albums (mais la programmation, entre Little Feat et prochainement, je peux le dire surtout que je l'ai déjà dit auparavant dans des commentaires, Uriah Heep et Rush, va être assez chargée, donc ce n'est peut-être pas pour tout de suite), mais pour le moment, on s'arrête là. On a reparlé récemment de After The Gold Rush, son excellentissime cru de 1970, non ? Dans cet article, je disais, rapidement, que je trouvais l'album nettement meilleur à son successeur, Harvest. C'est à dire cet album-ci. Je maintiens pleinement cette affirmation qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, tellement Harvest est considéré comme un jalon du rock. Mais, et je vais avoir toute une chronique pour m'étendre, je n'ai jamais trouvé en quoi Harvest était aussi monumental. Attention, je ne vais pas chier sur ce disque non plus, et d'ailleurs, notez bien (allez-y ! Notez ! Je ne veux pas que l'on m'intente un procès par la suite, je protège mes arrières, ah ah ah), je n'ai pas rangé l'album dans les ratages, il n'y à même pas le tag, et ce n'était déjà pas le cas de l'ancienne chronique en 2009. Mais cet album, qui fut mon premier du Loner (beaucoup sont dans ce même cas, et pour certains, c'est peut-être même le seul album du Loner), m'a toujours semblé un peu facile, un peu léger. Neil reprend la formule du précédent, et c'est tout. Alors qu'entre chacun des trois précédents (et premiers) albums, il y avait un monde de différence. 

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Pochette authentiquement de merde Label Rouge AOP, on ne va pas se mentir, mais aussi très connue, iconique. Harvest, aussi long (36 minutes) que le précédent opus, a été enregistré avec les Stray Gators, un groupe constitué de Ben Keith (pedal steel guitar), Jack Nitzsche (piano, arrangements), Tim Drummond (basse) et Kenny Buttrey (batterie), des musiciens essentiellement un peu country. On note, selon les morceaux, la participation vocale, aux choeurs, de Linda Ronstadt, James Taylor, David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash, et la participation, sur deux titres, du London Symphony Orchestra. Constitué de morceaux ayant pour beaucoup été testés en live avant l'enregistrement de l'album, Harvest ("moisson") sera un triomphe commercial absolu, une des plus grosses ventes de Neil Young, si ce n'est sa plus grosse. Classé N°1, il sera la plus grosse vente de disques aux USA en 1972, année de sa sortie. Il ne devait pas être rare de tomber sur un exemplaire de ce disque chez à peu près tout le monde, c'est le genre d'album que l'on trouve très facilement en vinyle sur le Net, en convention ou en brocante, et pour ce qui est du CD, on le trouve généralement vendu aux alentours de 7 euros, neuf, donc j'ai envie de dire que si vous ne l'avez pas chez vous, c'est que vraiment vous ne le voulez pas, sinon aucune excuse. Je ne l'adore pas autant que les précédents et suivants, ce cru 1972, mais je dois quand même dire qu'il est loin d'être foiré. 

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L'album est une enculade de classiques loneriens, en fait. On a Heart Of Gold, que tout le monde, même au Swaziland, même en Mongolie-Extérieure, même sur Ganymède, même à Barneville-Carteret, a entendu au moins 300 fois, si ce n'est 412. On a Alabama, qui irritera tant Lynyrd Skynyrd (voir la chronique précédente) ; on a l'intouchable The Needle And The Damage Done, court morceau capté live à l'UCLA, diatribe antidrogue douce-amère. Bientôt, deux relations du Loner mourront d'overdose : un roadie et le guitariste de son backing-band Crazy Horse, Danny Whitten, ce qui marquera à fond le Loner et lui occasionnera l'album Tonight's The Night. On a aussi Old Man, dédié à son père ; Harvest, belle à pleurer ; A Man Needs A Maid, surchargée (un des deux morceaux symphoniques, l'autre étant le super pompeux et niais There's A World, ratage de l'album, pire que la pire chanson de Disney des années 50) mais efficace ; Out On The Weekend, excellente ouverture ; Words (Between The Lines Of Age), mémorable conclusion... Oui, cet album est quasi intégralement rempli de classiques, plus encore que le précédent opus, c'est un fait, je le ne conteste pas, il faudrait être sacrément con pour le faire. C'est LE disque commercial du Loner, son breakout album comme on le dit en Espagne (ah ah ah), sa plus grosse vente, et comme il est très accessible, c'est totalement logique et normal. Mais le Loner ne se sentira pas à l'aise, placé ainsi au beau milieu de la route, et il se démerdera comme un grand chef pour se retrouver, rapidement, volontairement, dans le fossé, enregistrant coup sur coup, entre 1973 et 1974, trois albums considérés comme étant sa 'ditch trilogy' (trilogie du fossé), trois albums sombres comme un tunnel mal éclairé, et totalement réussis, qui montrent vraiment une autre facette, moins accessible, mais plus 'vivante', du Loner : Tonight's The Night (enregistré en 1973, il ne sortira qu'en 1975, il est si sombre que sa maison de disques renâclera pendant deux ans) ; Time Fades Away, un live tuant et virulent en 1974 ; On The Beach, mortifère et triste, en 1974 aussi. A côté de ces trois monstres, Harvest peut, vraiment, sembler trop facile. En cela, malgré qu'il soit réussi, je n'ai jamais réussi à pleinement l'aimer. Je ne le ressors que rarement, il me semble vraiment trop arbre qui cache la forêt.

Un si petit arbre, une si majestueuse forêt. 

Mon Dieu, mais quel poète je suis, mais c'esf pas vrai.

FACE A

Out On The Weekend

Harvest

A Man Needs A Maid

Heart Of Gold

Are You Ready For The Country ?

FACE B

Old Man

There's A World

Alabama

The Needle And The Damage Done

Words (Between The Lines Of Age)