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 Les Deep Purple, en 1971, sont dans un meilleur état qu'en 1969. En 1969, le Concerto For Group And Orchestra (le groupe jouant en live, avec un orchestre philharmonique dirigé par Malcolm Arnold, au Royal Abert Hall de Londres ; la musique était signée ou arrangée par le claviériste du groupe, Jon Lord), bien que musicalement très bon, foirera totalement, se vendra encore moins bien qu'un baril de plutonium chez Green Peace. Le groupe est quasiment au bord de la faillite, mais heureusement, se ressaisit et enregistre In Rock en 1970. Gros succès, et un des meilleurs albums de hard-rock de son époque et en général. Un an plus tard, en 1971 donc, le groupe sort Fireball, plus recherché, dans un sens, qu'In Rock, et moins réussi, aussi, malgré de très bonnes chansons (Fireball, The Mule, No One Came, Fools). Et après Fireball, le groupe décide d'enregistrer son album suivant en Suisse, à Montreux, dans le Casino situé sur les bords du lac Léman (alias, en Suisse, le lac de Genève, car on ne l'appelle lac Léman que du côté français du lac). Le groupe est alors constitué de Ian Gillan (chant), Jon Lord (claviers), Ian Paice (batterie), Roger Glover (basse) et Ritchie Blackmore (guitare).

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Avec le studio mobile des Rolling Stones (que les Stones prêtaient à tout le monde afin de le rentabiliser), le Pourpre arrive à Montreux, ville du jazz, mais ville, aussi, de l'enregistrement d'albums tels que Lodger (Bowie), Jazz (Queen), Fly On The Wall (AC/DC), pour ne citer que ces groupes (Led Zeppelin aussi y a enregistré des chansons). Le groupe se rend compte que Frank Zappa & The Mothers (alors en pleine période 200 Motels et Flo & Eddie) s'y trouvent, afin de faire des concerts au Casino. Un soir, pendant un concert de Zappa, un connard fini anonyme qui, s'il est encore vivant, doit se dire qu'il est dans l'histoire du rock, un connard fini, donc, tire avec un flingue de détresse dans la salle. Incendie. Bordel généralisé. Avec l'aide de Claude Nobs (un organisateur de festivités), aucune victime ne sera à déplorer, mais Zappa et son groupe perdent du matos, et, évidemment, le Casino is on fire. Deep Purple se rend compte qu'enregistrer Machine Head (car tel sera l'album) dans des ruines fumantes ne serait pas une bonne idée. Le groupe se réfugie alors dans leur hôtel, le Grand Hôtel, afin d'enregistrer les 7 titres (pour 37 minutes ; mais plus de 7 titres furent sans doute faits, en fin de compte) de l'album. Dans les couloirs et suites. Ce fut apparemment encore plus rocambolesque qu'une aventure de Chéri-Bibi.

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Smoke on the water...fire in the sky

L'incident de l'incendie (ah ah ah) donnera, on le sait, lieu à la genèse d'une des plus fameuses chansons de l'histoire du rock : Smoke On The Water. 5,30 minutes au riff tellement monstrueux que ne pas l'aimer serait impardonnable. La chanson n'était pas prévue à la base, c'est l'incendie qui l'a causée : le lendemain de l'incendie, au matin, en se levant, le groupe voit la fumée noire des ruines qui semble flotter sur l'eau du lac de Genève/Léman. Hop, ça y est, le titre de la chanson, et son sujet, sont trouvés. La chanson parle de ce some stupid with a flare-gun qui burned the place to the ground, de funky Claude qui a assuré avec les sauveteurs, du groupe qui, avant ça, déboule à Montreux pour faire un disque, de Zappa qui s'y trouve déjà, et, une fois l'incendie, du groupe qui se réunit au Grand Hotel pour faire le disque. Un disque qui offre donc cette chanson monstrueuse, mais pas seulement. Enregistré difficilement, Machine Head, sorti en 1972 et suivi quelques mois plus tard par le double Made In Japan qui offre 4 de ses 7 titres en live, possède un son particulier, on sent bien que le groupe ne l'a pas enregistré dans des conditions normales. L'album offre une ribambelle de classiques : Highway Star, le long heavy-blues Lazy, Pictures Of Home, Maybe I'm A Leo. Seules deux chansons  ne me plaisent pas des masses : Never Before (qui sortira en single, avec When A Blind Man Cries, absente de l'album sauf sur les rééditions CD en bonus-track, chanson nettement meilleure que la face A ; ce single, Never Before, sera un échec commercial cinglant) et Space Truckin', avec ses paroles débiles (We've got music in our solar system...), chanson qui, sur le double live, dure la bagatelle de 20 minutes (à 10 secondes près) et qui m'est vraiment insupportable, je ne sais pas pourquoi, mais c'est le cas.

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Pochette dépliée, extérieure et intérieure, plus le disque et l'insert des paroles

Mais l'album, qui sera un succès monstrueux et s'impose comme un des meilleurs albums de hard-rock qui soient (sans être aussi grandiose qu'In Rock selon moi, cependant). Sous sa pochette étrange montrant le groupe se réfléchissant dans une sorte de plaque de métal (on apercevrait même le photographe : on distingue en effet six formes, et le groupe était constitué de cinq membres, alors à moins que l'un d'entre eux ait eu deux têtes...), et, à l'intérieur, plusieurs photos du groupe, de l'incendie et même une de Nobs (qui est crédité), sous cette pochette, donc, Machine Head est un classique du rock, un disque puissant, rempli de grandes chansons, dont notamment le méconnu Maybe I'm A Leo (ma préférée de l'album, sans doute). Remarquable, malgré les deux fins de face !

FACE A

Highway Star

Maybe I'm A Leo

Pictures Of Home

Never Before

FACE B

Smoke On The Water

Lazy

Space Truckin'