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 Pour Pink Floyd, il y à un avant et un après ce disque. The Dark Side Of The Moon, sous sa pochette noire représentant un prisme de couleurs, n'a pas été un succès à sa sortie en 1973, non ; il a été un traumatisme, une bombe lâchée sur la ville, un virus qui se répand, une date. Il était apparemment (je dis 'apparemment', car je suis né 9 ans après le disque) impossible, en 1973, de se balader dans un magasin, disquaire, supermarché, grand magasin type Galeries Lafayette, Printemps ou Harrods (pour Londres), sans tomber sur cette pochette emblématique. Impossible de se rendre chez quelqu'un sans tomber sur un exemplaire, vinyle ou K7 (ou cartouche, car ça existait encore à l'époque) de l'album. 43 minutes qui ont traumatisé le monde du rock, voilà ce que représente ce huitième album studio de Pink Floyd, enregistré à Abbey Road, en 1972, par un groupe qui venait alors de sortir Obscured By Clouds (musique du film La Vallée de Barbet Schroeder), album réussi mais sans grand retentissement commercial (comme le film), et qui ne pouvait pas vraiment prévoir que le disque serait aussi cartonneur et deviendrait aussi culte. Des sessions d'enregistrement de l'album furent filmées, et on les trouve à la fois sur le DVD de la série Classic Albums concernant The Dark Side Of The Moon et sur le DVD du Live At Pompeii, version Director's Cut, où ces extraits d'interviews et de recording sessions sont disséminés entre deux morceaux du live de Pompéi. On y voir Waters s'amuser à bidouiller des appareils électroniques pour On The Run, on y voit Gilmour répéter la guitare de Brain Damage, et Wright, le regretté Wright, faire de même au piano pour Us And Them. Et Mason emmerdailler tout le monde à la cantine pour une part de tarte sans croûte autour. Ce dernier détail est moins représentatif de l'album, je suis d'accord.

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Les deux stickers qui étaient dans la pochette

Commercialisé à l'époque avec deux autocollants représentant des pyramides stylisées (voir ci-dessus ; on les retrouvera collés sur la valise de l'homme dématérialisé de la pochette intérieure de l'album suivant, Wish You Were Here !) et deux posters (un représentant les Pyramides de Gizeh en bleuté, et l'autre, des photos individuelles des membres du groupe sur fond 'une photo de concert rosâtre), The Dark Side Of The Moon est un disque novateur, qui sera longtemps utilisé comme disque-test pour les chaînes hi-fi dans les magasins spécialisés. Soniquement, l'album est une date. Un album très sombre, vu comme le premier maillon d'une série de disques sur la paranoïa et la folie, avec, aussi, Wish You Were Here et The Wall (Animals, coincé entre ces deux autres albums, n'est pas paranoïaque). Effets sonores, mélodies inoubliables, l'album est de ceux qu'on n'oublie pas. Il démarre par Speak To Me, instrumental constitué de sourds battements de coeur, allant de plus en plus fort, avec des effets sonores divers (conversations, rires, un cri de femme), jusqu'à l'explosion musicale, Breathe, le morceau suivant (sur certaines éditions CD, les deux titres sont reliés en un seul, et parfois, restent séparés ; l'album a soit 9, soit 10 titres, donc), pas un morceau violent (au contraire, très planant, smooth) ceci dit. On The Run, lui, est un instrumental très électro et du genre à vous foutre en transe, techno avant l'heure ! Time, 7 minutes, suit, une chanson purement fantastique (qui se termine par une nouvelle partie de Breathe), démarrant par des sonneries de pendules, réveils, le groupe suit bien son concept. The Great Gig In The Sky, instrumental avec une partie vocale hallucinante de la choriste Clare Torry, achève la face A avec force et élégance. Ce morceau, selon Wright (son auteur), parle de la mort, et il a été demandé à Clare de pousser des vocalises terrifiées, pour symboliser ce qu'elle ressent au sujet de la mort. Le morceau est envoûtant, et ces vocalises sont sublimes, et assez space par moments !

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Les deux posters

Money, avec ses bruits de tiroir-caisse en intro, ouvre la face B. Un tube, qui sortira en single, vampirisera les charts et les ondes radio du monde entier et même de l'Aveyron (l'Aveyron ! Pour vous dire !). Et en live, j'en parle même pas, si jamais le groupe ne jouait pas Money au cours d'un de leurs concerts, leurs voitures se faisaient violer, et leurs chiens se faisaient crever leurs pneus... Une chanson démoniaque, fantastique, quoi qu'un peu trop entendue quand même, une chanson sur le succès qui déboulait alors sur le groupe (mais qu'ils attendent la sortie de l'album !). Culte. Us And Them, sur la guerre, une chanson qui, entre autres, parle, à mots couverts, du père de Waters, mort à Anzio (Italie, seconde guerre mondiale) et qu'il n'a jamais connu, est 7,40 minutes de splendeur, je ne sais pas ce qui est le plus beau entre le saxophone (de Dick Parry) et les claviers de Wright... Any Colour You Like est un instrumental saisissant, le solo de guitare final de Gilmour est sans aucun doute le plus grand moment de tout The Dark Side Of The Moon, je n'hésite pas un seul instant avant de l'affirmer haut et fort. Brain Damage, qui parle de la folie (on y parlerait de Syd Barrett que ça ne m'étonnerait pas), possède le titre de l'album dans ses paroles, et est encore une fois un pur régal, et l'album s'achève en fanfare avec le remarquable et court (2,05 minutes) Eclipse, une montée en puissance s'achevant dans le fade, par la voix du portier des studios d'Abbey Road, un vieux roublard à l'accent cockney déclamant There is no dark side of the moon, really : it's all dark. Et l'album de finir, aussi, comme il a commencé, dans le lointain...

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Intérieur de pochette vinyle

Album culte, The Dark Side Of The Moon est un essentiel, il fait partie des albums que tout le monde connaît et possède. Le seul reproche que je peux faire à ce disque musicalement bluffant est d'être l'arbre cachant la forêt floydienne. Trop souvent, quand on parle du groupe, c'est pour parler de ce disque (et de The Wall, aussi). C'est un peu rapidement oublier Meddle, Ummagumma, Animals, Obscured By Clouds, More Soundtrack, Atom Heart Mother, bref, les autres albums du groupe, qui sont aussi grandioses. Et même encore plus grandioses pour ce qui est d'Ummagumma et d' Atom Heart Mother. Ils sont différents, aussi (et surtout), et méritent tout autant que cet album de 1973 d'avoir une telle réputation. Pour ma part, The Dark Side Of The Moon est un disque que j'adore, mais pas autant que les albums de la période 1968/1972, et pas autant, non plus, que l'album suivant, Wish You Were Here de 1975. L'album est grandiose et surestimé, ce qui peut sembler paradoxal. Ceux qui pensent, aussi, que le groupe devient vraiment planant avec ce disque se trompent : qu'ils écoutent Meddle (1971), sans lequel The Dark Side Of The Moon n'existerait sans doute pas ! Enfin bon, dans l'ensemble, bien que surestimé et trop souvent mis en avant, cet album reste essentiel. Oui, c'est vraiment paradoxal, quelque part !

FACE A

Speak To Me

Breathe

On The Run

Time

The Great Gig In The Sky

FACE B

Money

Us & Them

Any Colour You Like

Brain Damage

Eclipse