GENESIS 1

 Peter Gabriel quitte Genesis en 1975, pour cause de disputes avec les autres membres du groupe, de divergences d'opinion. Il commence à se sentir à l'étroit dans le groupe, et la tournée du monumental double album de 1974 The Lamb Lies Down On Broadway sera épuisante, le groupe ne se contenant pas de jouer les morceaux de l'album sur scène, mais ayant organisé un vrai spectacle, avec décors, costumes, effets scéniques, pour l'intégralité de l'oeuvre. Bref, en 1975, Gabriel se barre, et il lancera sa remarquable carrière solo en 1977 (avec notamment Solsbury Hill, chanson tubesque admirable abordant avec pudeur et sobriété la fin de son histoire avec Genesis, sans rancune ni amertume ; Gabriel aura toujours de bons rapports avec les autres membres du groupe, notamment Phil Collins). Genesis, en 1975, cherche donc un chanteur. Tony Banks (claviers), Steve Hackett (guitare) et Mike Rutherford (basse, guitare) proposent à Phil Collins (batterie) de chanter, lui qui, à deux reprises par le passé (For Absent Friends en 1971, More Fool Me en 1973), a chanté dans le groupe. Collins ne veut pas trop, donc on organise des castings, qui seront longs et ne donneront rien. Phil est donc obligé d'accepter l'offre de ses compères du groupe, et devient, tout en restant batteur, le deuxième chanteur de Genesis, celui à la longévité la plus importante (jusqu'à 1992, et n'oublions pas le retour scénique de 2007).

GENESIS 2

Avec Bill Bruford (batterie sur scène en 1976), deuxième à partir de la gauche

Sorti en 1976, A Trick Of The Tail est le huitième album de Genesis, et leur septième album studio (From Genesis To Revelation, de 1969, le premier album, est inclus dedans). En 51 minutes, pour seulement 8 titres, il sera un gros, gros succès commercial, et sera même très bien accueilli par la presse. En 1976, Phil Collins n'est connu que pour ses capacités de batteur (qui sont énormes, ce mec est un batteur exceptionnel), au sein de Genesis et de Brand X (groupe de jazz/rock), il n'a pas encore commencé sa carrière solo, il faudra attendre 1981 pour ça. A l'époque, Collins est nettement plus apprécié que maintenant (moi, perso, j'aime beaucoup cet artiste) ! Notez ça, les jeunes... Enfin, attention, les anti-rock progressif chiaient sur Genesis, quel que soit le chanteur : Gabriel et ses tenus cheloues ou Collins et (à l'époque) ses cheveux bouclés et sa barbe de SDF... Bon, revenons à l'album. Il sort sous une sublime pochette jaune/orangée, ouvrante (les paroles, illustrées, à l'intérieur), le carton de pochette est, en tout cas en France, un peu vinylisé, comme certains papiers peints (pour salles d'eau), très original. La pochette représente, recto comme verso, une file de personnages symbolisant les chansons de l'album : le chasseur et le Squonk de Squonk, la vieille et son reflet de Ripples..., le voleur et le volé de Robbery, Assault And Battery, l'infirmière d'Entangled, la lune (Mad Man Moon), la créature cornue de la chanson-titre... Ces illustrations accompagnent l'imaginaire de l'auditeur durant l'écoute. Elles participent, pour moi en tout cas, à l'aventure !

GENESIS 4

Dos de pochette (première partie de la frise)

L'album est pour ainsi dire parfait, tout au plus Robbery, Assault And Battery me lasse un petit peu par moments (je chipote quand même). On commence divinement par un Dance On A Volcano anthologique. Une introduction qui laisse rêveur : guitare magnifique, petites ruades de batterie, synthés vaporeux... D'emblée, on est dans la chanson, emporté par cette mélodie, on est sur ce volcan, avec des tas de créatures, on danse (la vraie danse, c'est le final débridé, Let the dance begin, du morceau).  Le chant est juste parfait, Collins était vraiment le chanteur qu'il fallait pour remplacer le réputé irremplaçable Peter Gabriel. Chant énergique, voix sensationnelle... Et ce n'est que le début ! Car après ce grand moment de prog-rock bien balancé et débridé, place à Entangled, une pure merveille acoustique, folkeuse, douce comme un bébé, mélancolique aussi, une chanson interprétée à la perfection et se payant le luxe de s'achever en beauté : des synthés imitant des vocalises aiguës, effet à vous faire frissonner tellement c'est beau et étrange. Mon morceau préféré de l'album et un de mes morceaux préférés de Genesis. Squonk, lui, est aussi balancé que Dance On A Volcano, et est une histoire remarquable sur un chasseur traquant le Squonk, lequel est, comme il est dit sur la pochette, une petite créature fictive et fantastique, innoffensive, très craintive et laide. Le Squonk ne se laisse pas facilement attraper, même s'il laisse derrière lui des larmes (il est tellement moche qu'il ne cesse de pleurer sur son sort) qu'on peut suivre à la trace, et une fois chopé, se met à pleurer, pleurer tellement qu'il se désintègre en larmes (il meurt, donc, une fois chopé) ! Triste histoire (mais mélodie bien entraînante)... Enfin, la face A se finit en apothéose sur les 7 minutes et quelques de Mad Man Moon, une chanson sublimissime, à la mélodie inoubliable et au chant prenant.

GENESIS 3

Affiche promotionnelle d'époque (affiche américaine : il est indiqué le label ATCO, sur lequel les albums du groupe sortaient aux USA ; ailleurs, c'était Charisma)

La face B s'ouvre sur Robbery, Assault And Battery, chanson entraînante sur un voleur pris sur le fait par le propriétaire de la maison qu'il cambriole, et qu'il agresse et tue (apparemment). Une très bonne chanson, mais comme je l'ai dit, je m'en suis un petit peu lassé. La version live sur Seconds Out (qui offre aussi Dance On A Volcano, Squonk et Los Endos de ce disque) est remarquable. Puis Ripples... (les points de suspension sont dans le titre), chanson mémorable de 8 minutes (la plus longue ; elle fut jouée au Parc des Princes en 2007, et en général durant la tournée Turn It On Again 2007 du groupe), parle de la vieillesse, de la recherche de la jeunesse éternelle mais qui, hélas, ne reviendra jamais. Très mélancolique, et sublime. A Trick Of The Tail, chanson courte (dans les 4 minutes, elle sortira en single et il y aura même un clip à l'époque) donnant son titre à l'album, parle de créatures cornues, avec des queues fourchues, des pieds idem (en gros, soit des diablotins, soit des faunes), qui, un jour, découvrent l'existence d'un autre genre de créatures, sans queues, sans cornes, et plus grands qu'eux : en gros, nous, les Hommes !! Une chanson très entraînante, le piano est irrésistible, le chant est léger, c'est une chanson totalement attachante, pas le sommet de l'album, mais c'est un régal. Enfin, A Trick Of The Tail se finit par Los Endos, instrumental saisissant qui réutilise des bribes de Squonk, Dance On A Volcano, en une sorte de conclusion globale de l'album. En live, ce morceau sera souvent, si pas tout le temps, utilisé en clotûre, voir Seconds Out, par exemple. A noter que dans la toute fin, on entend Collins chanter quelque chose dans le lointain, mais je ne sais pas trop quoi. Une conclusion parfaite pour un album, on l'a vu, parfait, un des sommets de Genesis, un disque ensoleillé, de sa pochette à ses morceaux, qui sont pour beaucoup assez entraînants. Un vrai chef d'oeuvre de rock progressif !

FACE A

Dance On A Volcano

Entangled

Squonk

Mad Man Moon

FACE B

Robbery, Assault And Battery

Ripples...

A Trick Of The Tail

Los Endos