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Youpi, on est le 1er juillet, il va sans aucun doute enfin commencer à faire beau, certains d'entre vous sont en vacances (moi, c'est en août), on vont l'être bientôt. Quoi de mieux que de parler d'un des disques les plus sauvagement dépressifs qui soient ? Bref, on va reparler de Nick Drake, vu qu'il s'agit ici d'aborder (de ré-aborder, cet article étant une nouvelle chronique remplaçant l'ancienne) son troisième et ultime album studio, et album tout court, sorti en 1972 et intitulé Pink Moon. Deux ans plus tard, Drake sera mort, overdosé. Ca ne rajoute pas à l'ambiance tristounette de l'album, mais ne fait rien pour l'améliorer, hein ? Drake n'aura pas eu de bol dans sa vie et sa carrière, trois albums, zéro succès de son vivant, un vrai Van Gogh musical. Après la publication, en 1970, de son deuxième opus (Bryter Layter, très bon, mais indéniablement le moins bon des trois albums que Drake a fait), opus qui, comme le premier (Five Leaves Left, 1969), n'aura pas de succès, Nick Drake désespère franchement. Quand connaîtra-t-il enfin la gloire, nom d'une pipe en merde ? Joe Boyd, son producteur (pour Witchseason Productions, sur Island Records), désespère aussi. Drake, en 1971, entre en studio pour y enregistrer une poignée de nouvelles chansons. Sentant qu'il va encore une fois connaître les affres d'un album sans grandes retombées médiatiques, Boyd délègue. Il ne produit pas le disque, mais laisse le poste à celui qui était ingénieur du son sur les précédents, John Wood.

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En même temps, il n'y à pas grand chose à produire : Pink Moon, disque ultra court (28 minutes, 11 titres !), est d'une austérité à faire peur à un moine franciscain du Moyen-Âge. La voix (toujours aussi belle, toujours aussi triste et atone) et la guitare acoustique de Nick Drake, et, éventuellement, discrètement, un peu de piano, de Drake aussi. C'est tout. Pas de basse, de batterie, d'orgue, de guitare électrique, d'arrangements orchestraux. Sober is better. Ca accentue le côté très intimiste de certaines des chansons, cet ascétisme. Une leçon, quelque part, après les arrangements parfois pompeux de certaines des chansons des deux précédents albums. Ici, on gagne en efficacité (Parasite, chanson bien triste, en est limite flippante), en clarté, et il n'est pas besoin de se demander longuement pourquoi Pink Moon est le préféré des fans de Drake. Avant, je préférais Five Leaves Left, mais je pense maintenant que c'est lui, mon chouchou. C'est pourquoi j'ai autant de mal à en parler, comme vous avez sûrement du vous en rendre compte, vous qui lisez ceci. L'album ne s'écoute pas, il se vit, on est habité par les chansons qu'il contient (10 chansons et un instrumental, Horn, très joli), on ne sort des 28 minutes que difficilement, rarement une durée aussi courte aura semblé aussi étendue et bien utilisée. L'album s'ouvre sur la chanson-titre, sublime, qui sera utilisée pour une publicité, je crois. Place To Be, Road, Which Will, la suite se passe de commentaires. Arrivé à Things Behind The Sun, le morceau le plus long (quasiment 4 minutes, une éternité !!!), on se dit qu'il faut retourner le disque, et Know, Parasite déboulent. Jusqu'à From The Morning, c'est un enchantement teinté de douleur, de tristesse, de mal-être et de mélancolie, de nostalgie. Pour couronner le tout, une pochette sublimissime.

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Intérieur de pochette vinyle

A l'arrivée, que dire d'autre ? Pink Moon est un sommet, tout simplement, un régal de folk dépressif, un disque touchant et intimiste, sobre jusqu'à l'épure, et offrant quelques unes des plus grandes chansons de Nick Drake : Road, Pink Moon, Parasite, From The Morning, Which Will, Place To Be, Things Behind The Sun. Le reste est d'un niveau extraordinaire (Harvest Breed, court mais magnifique), et malgré sa courte durée, ce disque ne contient aucun défaut, à aucun niveau. Sans doute sa courte durée, si frustrante parfois, est en fait une de ses plus grandes qualités. Si Five Leaves Left et Bryter Layter sont tous deux remarquables, et surtout le premier, Pink Moon est définitivement l'album majeur, culte de Nick Drake, celui qu'il faut le plus retenir (ça me fait cependant mal de dire ça, vu que les deux autres sont vraiment, vraiment à écouter et à posséder chez soi). Paradoxe : ce n'est cependant pas par lui qu'il faut commencer, son côté très austère et renfermé sur soi-même pouvant être un frein. Il vaut mieux connaître son Nick Drake avant de passer par Pink Moon, afin de mieux en savourer toute la gloire mélancolique et épurée. Mais au bout du compte, quel voyage !

FACE A

Pink Moon

Place To Be

Road

Which Will

Horn

Things Behind The Sun

FACE B

Know

Parasite

Free Ride

Harvest Breed

From The Morning