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Déjà la fin du cycle Nick Drake ? Bon Dieu, ça va trop vite, il va vraiment falloir que je les réaborde, ces albums...Non, je déconne. Mais mine de rien, c'est déjà la troisième chronique que j'en fais, de ces albums, les dernières remontant à 2013. Abordés à la suite, parce que Nick Drake, c'est typiquement l'artiste dont je ne peux penser à ses albums comme autrement qu'un ensemble, un tout. D'ailleurs, vous allez peut-être trouver ça con, mais je n'écoute jamais un album de Drake, j'écoute sa trilogie, toujours. Quand j'ai envie de me faire du Nick Drake, je sors Five Leaves Left, Bryter Layter et Pink Moon, je pose le premier vinyle sur la platine, puis j'écoute le deuxième, puis le dernier, ce qui me prend presque deux heures. Ca fait un sacré temps que je n'ai pas écouté un de ses albums, peu importe lequel, indépendamment des deux autres. Et évidemment, quand je les écoute, c'est dans l'ordre chronologique. Peut-être ne suis-je pas le seul à faire ça, et vous en conviendrez, il vaut mieux faire ça avec Nick Drake qu'avec Neil Young, sinon vous avez intérêt à poser des RTT et préparer des litres de café. Trève de conneries, on arrive ici au terminus de la ligne. Five Leaves Left était un triomphe absolu de folk campagnarde et mélancolique, Bryter Layter, lui, tentait en partie de faire autre chose (mais au final, la tentative est minime) tout en poursuivant l'atmosphère du précédent album. En plus mélancolique encore, si c'était possible. Deux albums de 40 minutes, qui s'écoutent avec une admiration non feinte.

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Sorti en février 1972, enregistré en deux jours fin octobre 1971, Pink Moon est donc le dernier album de Nick Drake. C'est celui dont la pochette est la plus folle, la plus originale, la plus recherchée : un assemblage de motifs qui vont d'une lune en fromage à une chaussure, une tulipe jaune, une tasse de thé, une photo de fusée en plein vol et dont le panache de feu dépasse des bords du cadre et un visage de clown blanc (de clown triste donc) en forme de larme, ou de virgule, ou de phylactère. Plus un petit cadre avec des bribes des paroles du morceau-titre. Paroles qui sont toutes imprimées dans l'intérieur de pochette, sur fond noir, en letres vertes, avec, sur l'autre pan, une photo du visage de Drake en négatif, l'air vaguement terrifiant par ce traitement apposé à sa photo. Pink Moon est un disque qui respire la solitude : Drake l'a enregistré sans aucun musicien, seul avec sa guitare et, de temps en temps, un petit peu de piano (sur le morceau-titre uniquement en fait). Selon la légende, une fois les 11 chansons mises sur bande, il aurait dit à Joe Boyd, le producteur, que ça y est, il avait fini l'album et qu'il n'écrirait plus d'autres chansons. Ces 11 chansons sont essentiellement des démos, et 7 d'entre elles font moins de 3 minutes (et même deux d'entre elles font moins de 2 minutes), la plus longue approche des 4 minutes (Things Behind The Sun) sans atteindre cette durée. Bref, l'album est putain de court : 28 minutes. Il est aussi, mais ça, vous vous en doutez vu le personnage, tout sauf joyeux.

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En fait, à côté, les deux précédents albums de Nick Drake semblent aussi joyeux que des albums du Collectif Métissé ou de Patrick Sébastien. C'est assez étonnant de se dire qu'en 1999, Volkswagen a utilisé Pink Moon pour, dans une publicité TV, vendre son cabriolet. Pas vraiment très commercial, comme choix. Mais tellement joli, aussi. Une chanson magnifique, comme toutes celles qui ornent les deux faces de l'album. Comme le sinistre, le dépressif Parasite, presque angoissant avec sa mélodie aussi minimaliste et cyclique que profondément triste (et je ne parle pas des paroles...). Comme Place To Be, Which Will, From The Morning ou le bluesy Know. Horn est, lui, instrumental, court (un des deux titres, l'autre est Harvest Breed, à ne pas atteindre les 2 minutes) et passionnant. Road est doté d'une partie de guitare aussi sublime que riche, bien qu'acoustique. Niveau chant, c'est du même acabit que les deux précédents opus, la voix de Drake est comme toujours totalement envoûtante, relaxante malgré les textes qui, souvent, sont d'une noirceur de tunnel mal éclairé en pleine nuit. On sent la mélancolie dans sa voix, sa dépression, son amertume de voir que malgré le niveau de ses compositions, et les critiques très positives, il ne vend pas ses albums, le grand public s'en fout. Il serait sans doute content d'apprendre qu'il est, depuis une trentaine d'années, devenu un artiste hype, important, culte, majeur. C'est de son vivant qu'il fallait le traiter ainsi, les mecs !

FACE A

Pink Moon

Place To Be

Road

Which Will

Horn

Things Behind The Sun

FACE B

Know

Parasite

Free Ride

Harvest Breed

From The Morning