PF 1

 Le premier album de Pink Floyd ne ressemble à aucun autre de leurs albums. Déjà, parce que c'est le seul album studio du groupe à avoir été enregistré en totalité avec Syd Barrett en tant que leader du groupe et chanteur principal (et auteur) ; ensuite, c'est le seul album réellement psychédélique du groupe, qui passera au space-rock dès l'album suivant, A Saucerful Of Secrets en 1968. Ce premier opus s'appelle The Piper At The Gates Of Dawn, et, sorti en 1967, il porte le nom d'un des chapitres ("Le joueur de flûte aux portes de l'aube", mot pour mot) du roman culte Le Vent Dans Les Saules de Kenneth Grahame, un classique de la littérature britannique pour la jeunesse, et un des livres de chevet de Syd Barrett. C'est un disque qui, en 42 minutes quasiment tout rond, offre 11 titres, dont 2 instrumentaux (oeuvres collectives du groupe), et sur les 9 chansons, 6 sont interprétées par Barrett seul, une par Waters et Barrett, et 2 par Wright et Barrett. Non, ce n'est pas compliqué. Ce qui est compliqué, à la rigueur, c'est d'apprivoiser ce disque. Non pas que The Piper At The Gates Of Dawn soit l'album le plus complexe au monde (loin de là, même), mais il est assez trompeur, ce disque. J'ai d'ailleurs commencé par ne pas l'aimer comme il le devait. Au moment où je l'ai enfin écouté pour la première fois, je connaissais déjà par coeur sa réputation de monstre sacré, je savais que ce premier Pink Floyd était un des meilleurs et des plus cultes, etc... La première écoute fut cependant difficile, je me suis demandé, pendant quasiment toute l'écoute, si ce que j'écoutais était bien l'album et pas autre chose, ça ne me semblait, en effet, pas au niveau de sa réputation.

PF 3

Dos de pochette vinyle

Beaucoup de chansons ressemblent à des comptines, des nursery rhymes à l'anglaise : The Gnome, Bike, Scarecrow, Matilda Mother, Flaming, Lucifer Sam... Alors, oui, elles sont beaucoup plus que ça, beaucoup plus que des chansons en forme de comptines : Lucifer Sam (chanson sur un chat satanique) possède un jeu de guitare sensationnel et une partition d'orgue qui vous hantera pendant tout le reste de l'album ; Bike commence en vraie chanson d'enfants (I've got a bike, you can ride it if you like...), mais la dernière minute de la chanson (et de l'album, Bike étant le final) est un pur délire bruitiste qui survient juste après un ultime couplet parlant d'une pièce pleine de mélodies, de boîtes à musique... et c'est d'ailleurs ce qu'on entend dans ce final bruitiste. A noter que le titre de la chanson ('bicyclette') est une allusion voilée au LSD : l'inventeur du LSD, un chimiste suisse, a découvert cette drogue en manipulant, dans son laboratoire, de l'ergot de seigle. Il a décidé d'en prendre, a commencé à ne pas se sentir dans son assiette et a décidé de rentrer chez lui, à bicyclette. On imagine le joli trip qu'il a vécu sur son vélo, en pleine cambrousse helvétique... C'est grâce à ce Suisse (Albert Hoffmann) que Syd pouvait se tortorer son buvard avant chaque séance ou concert, et ainsi, commencer à progressivement perdre les pédales (non, c'est fini, l'allusion au vélo) et accélérer sa chute... On imagine les sessions d'enregistrement de l'album : dès qu'il fallait refaire une prise, Syd refusait de jouer à nouveau de la même manière, entre autres joyeusetés ! Précisons que les trois autres membres du groupe, eux, ne prenaient rien, mais ils n'en avait pas besoin, Syd prenait tout pour eux.

PF 2

Waters, Barrett, Mason, Wright

L'album est un alignement de pépites : Astronomy Dominé (l'accent aigu sur le 'e' est clairement indiqué sur la pochette vinyle), Lucifer Sam, Matilda Mother en partie chanté par Rick Wright, The Gnome sous influence Tolkien, Bike, l'enchanteur Flaming et ses Yippee ! exubérants... Citons aussi un Take Up Thy Stethoscope And Walk très tribal, interprété en partie par Waters (les Doctor, doctor ! sont de lui, c'est peu, comme participation, mais quand même !), un Chapter 24 inspiré par le I-Ching (recueil de poésie chinoise, autre livre de chevet de Syd), morceau qui m'a par ailleurs très longtemps résisté (je ne suis pas sûr, à l'heure actuelle, de dire si je l'aime ou si je le supporte, en fait !)... Citons, aussi, deux instrumentaux bien cintrés : Pow R. Toc H. (titre chelou), qui fait la part belle au piano free de Wright, un morceau qui inspirera vraisemblablement de futurs instrumentaux wrightiens du groupe tels Up The Khyber, Sysyphus ou une partie d'Alan's Psychedelic Breakfast ; et les 9,40 minutes bien grandioses de l'ouverture de la seconde face, Interstellar Overdrive, sur lequel Syd fait preuve de sa totale maîtrise de la guitare électrique. Il prouve aussi qu'il en jouait bizarrement, on se doute bien qu'il avait ingurgité une bonne dose de LSD avant d'enregistrer ce morceau ! Morceau qui se termine (quelques secondes avant sa fin, en fait) par des effets stroboscopiques musicaux (un peu comme des baisses irrégulières de son, assez irritant, il faut le dire), qui ne sont pas causés par un CD défectueux, mais sont bien partie intégrante du morceau.

PF 4

Totalement cintré sous ses aspects parfois très calmes (l'enchaînement Interstellar Overdrive/The Gnome est totalement loufdingue, passer d'un délire guitaristique total à de la folk acoustique, fallait oser, ils l'ont fait), The Piper At The Gates Of Dawn, sous sa sublime pochette kaléïdoscopique, est un chef d'oeuvre. Un des albums les plus parfaits du rock, du rock psychédélique, de 1967 et de Pink Floyd, c'est aussi un des premiers albums les plus incroyables qui soient, un disque qui reflète très bien son époque. Un album assez éloigné de ce que le groupe fera dès l'album suivant, qui verra arriver David Gilmour en remplacement définitif de Barrett, lequel joue quand même un peu sur ce deuxième album (le seul fait avec 5 membres dans le groupe, mais pour peu de temps). Disque culte et assez OMNIesque (OMNI : Objet Musical Non-Identifié), c'est un album essentiel, qui se savoure, et qui, toujours, recèle quelque chose de nouveau à découvrir ou redécouvrir. Tel jeu de basse, telle ruade de batterie, tel solo de claviers, telle envolée de guitare, sont autant d'éléments que l'on ne cesse de redécouvrir sur ce joyau musical absolu.

FACE A

Astronomy Dominé

Lucifer Sam

Matilda Mother

Flaming

Pow R. Toc H.

Take Up Thy Stethoscope And Walk

FACE B

Interstellar Overdrive

The Gnome

Chapter 24

Scarecrow

Bike