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Je me souviens encore, comme si c'était hier (et on était quand même en 2005), de quand j'ai découvert cet album. La baffe monumentale, immense, hors de ce monde, que je me suis pris ! J'en ressens encore le contrecoup. Cet album est un de ceux que j'ai misérablement oublié dans ma 100 List effectuée en septembre dernier (avec le Forever Changes de Love, notamment), et je ne peux tout simplement pas expliquer cet oubli regrettable, parce qu'à chaque fois que j'écoute l'album, je me dis que c'est définitivement un de mes préférés. C'est, sinon, le deuxième album d'Amon Düül II, groupe allemand de krautrock fondé suite à une scission d'un groupe du nom d'Amon Düül (qui, en rajoutant un I, continuera rapidement sa carrière, jusque en 1970, sans grand succès), groupe qui est en fait une communauté artistique et politique (engagée à l'extrême de la gauche, certains membres étaient des sympathisants avec la Red Army Faction, alias la Bande à Baader). Amon Düül II est fondé en 1969 suite à cette scission, et il est constitué de Chris Karrer (violon, guitare, saxophone, chant), Renate Knaup (chant, percussions), Peter Leopold (batterie), John Weinzierl (guitare, basse, chant), Falk Rogner (claviers), Dave Anderson (basse) et Christian "Schrat" Thierfeld (percussions, chant, violon). Le premier album, Phallus Dei, sort en 1969. Avec les premiers albums de Can, Ash Ra Tempel et Tangerine Dream, c'est un des premiers disques de krautrock. Du rock expérimental, progressif, psychédélique, avantgardiste, allemand. 

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Le deuxième album du groupe sort en 1970 et est double (long de presque 68 minutes, tout tient sur un seul CD). Il s'appelle Yeti et sa pochette va marquer les esprits : on y voit un homme en robe de femme, brandissant, dans un brouillard jaunâtre et un ciel bleu, une faux. Cet homme, mort au moment de la sortie de l'album, c'est un roadie du groupe, Wolfgang Krischke, décédé d'overdose, qui fut pris en photo dans des conditions mal établies, sans doute au cours d'une soirée arrosée, ce genre. Cette photo a quelque chose de flippant, et correspond parfaitement au climat qui règne sur l'ensemble de cet album monumental. Un climat lugubre, bergmanien, irréel, souvent terrifiant. Cet album n'est pas commercial, il marchera cependant très bien (il sera, surtout, accueilli par des critiques assez positives), deviendra rapidement culte, et est probablement, avec un autre double album sorti l'année suivante (Tago Mago de Can, dont la structure en un disque de "chansons" et un disque expérimental et quasi intégralement instrumental doit sans doute beaucoup à Yeti), le sommet du krautrock. Yeti offre 8 titres...ou bien, il en offre 13. Le CD est sur 13 plages audio, mais on trouve, sur le disque, deux suites de morceaux. A vous de voir. Je vais commencer par le second disque (peu importe, après tout : ce disque n'est pas conceptuel), qui est celui des expérimentations. Trois morceaux essentiellement instrumentaux, qui totalisent 33 minutes de musique. Le morceau-titre, long de 18 minutes, occupe toute la face C, et contient quelques parties vocales (des vocalises sans paroles), c'est sinon un morceau hypnotique qui, malgré sa durée, ne lasse jamais (il se termine sur une boucle musicale hypnotique, une mélodie de guitare qui fouterait presque en transe). Yeti Talks To Yogi (6 minutes) est une autre improvisation, plus 'sage', très réussie, tandis que Sandoz In The Rain (9 minutes) est une chanson acoustique (le Bring Me Coffee Or Tea du Tago Mago de Can est vraiment sous son influence) ambiance coin du feu, enregistrée avec des musiciens d'Amon Düül I. Sympa pour achever le disque. 

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Le premier disque (entre 33 et 34 minutes), lui, est une autre paire de manches. Plus accessible (si on veut), il est surtout plus réussi (sans rien retirer au second disque non plus) et totalement rentre-dedans. Comment parler de Cerberus, instrumental absolument tétanisant, angoissant, terrifiant même, qui s'inspire d'un morceau traditionnel tzigane pour ensuite, plonger dans totalement autre chose ? Comment ignorer le très heavy Archangels Thunderbirds, interprété par la chanteuse Renate Knaup qui semble dans un état de total hystérie ? On a aussi le second mouvement de la suite The Return Of Rübezahl, Eye-Shaking King, qui semble reprendre les hostilités là où le Velvet Underground les avait laissées avec leur Venus In Furs. Le morceau du Düül en est une sorte de copie, en totalement heavy, avec voix déformée au point d'en être flippante, basse monumentale, rythmique insensée, bruits chelous... Et il y à la suite Soap Shop Rock, 13 minutes et 45 secondes de tuerie monumentale qui ouvre le disque. Description d'une pauvre jeune femme se faisant brûler vive sur un bûcher sous les yeux de son frère, ambiance inquisitoriale et médiévale (c'est cependant sur un terrain de football que se trouve le bûcher), vocalises opératiques totalement dingues de Renate (Gulp A Sonata), final dantesque qui ferait limite cramer les amplis, c'est absolument dingue, crevant de réussite, totalement indescriptible. Si avec tout ça, je ne vous ai pas donné envie d'écouter ou de réécouter ce monumental double album, je n'y comprends plus rien. Moi, j'y retourne, je ressors le vinyle...

FACE A

Soap Shop Rock :

a) Burning Sister

b) Halluzination Guillotine

c) Gulp A Sonata

d) Flesh-Coloured Anti-Aircraft Alarm

She Came Through The Chimney

FACE B

Archangels Thunderbirds

Cerberus

The Return Of Rübezahl :

a) The Return Of Rübezahl

b) Eye-Shaking King

c) Pale Gallery

FACE C

Yeti (Improvisation)

FACE D

Yeti Talks To Yogi (Improvisation)

Sandoz In The Rain (Improvisation)